Un rapport tout en émotion avec une Taslimania avouée

Publié le 6 avril 2009 - par
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Il m’a été demandé d’exprimer mon « ressenti » sur les 2e Rencontres Laïques Internationales auxquelles j’ai pu assister le samedi 4 avril 2009 à la Bourse du travail de St-Denis.

Je ne vous parlerai pas du fond. D’autres seront mieux qualifiés que moi pour vous raconter en détail la teneur de chaque exposé.

J’ai passé quelques heures de pur bonheur. Quelle bouffée d’oxygène de sortir des problèmes franco-français pour écouter les témoignages souvent poignants d’outre-hexagone !
Comme cela réchauffe le coeur de voir des militants se battre pour défendre ou introduire la laïcité dans des pays où l’évocation de ce seul mot peut entraîner la mort !

Sont intervenus dans cette table ronde deux représentants du MDSL algérien. (Mouvement Démocratique Social et Laïque) : Moulay CHENTOUF et Aouicha BEKHTI.
Cette dernière notamment nous a bouleversé – et nous a fait éclater de rire également – par son éloquence naturelle à pointer les pressions théocratiques qui oppriment son peuple.

Il y a eu également Marieme HELIE-LUCAS, Algérienne fondatrice du WLUML (femmes sous la loi musulmane) qui nous a fait un historique d’une grande clarté sur l’infiltration progressive du bloc des fondamentalistes dans les instances internationales. Elle a conclu son discours en nous prévenant contre toute essentialisation de l’Islam, soulignant que ce n’est pas cette religion qui est à combattre mais son instrumentalisation politique.

Il y a eu la brillante intervention de l’Indien Harsh KAPOOR qui nous a beaucoup appris sur le noyautage des intégristes dans tous les milieux, y compris au sein de l’armée.

La philosophe Catherine KINTZLER nous a donné une définition limpide, teintée d’humour, de la laïcité, marquant bien la différence entre un régime de laïcité et un régime de tolérance.

Christian TERRAS, rédacteur en chef de la revue des catholiques de gauche « Golias », nous a exprimé ses prises de position laïques. Des croyants ouverts comme cela, on en redemande !….Surtout dans cette conjoncture où un pape d’extrême-droite commet ses méfaits à travers la planète !

Intervenante non prévue au programme, la Polonaise Nina SANKARI (qu’elle m’excuse si j’écorche son nom) nous a informé des derniers assauts des extrémistes catholiques dans son pays.

La sociologue sénégalaise Fatou SOW nous a brossé un tableau éloquent des compromis passés entre les politiques et les religieux, concernant notamment le Code de la famille au Sénégal… Passionnant !

Azar MAJEDI, Iranienne de l’Organisation for Women’s Liberation, a fait le seul discours controversé, car elle l’a orienté vers des prises de position politiques (Obama, le conflit israélo-palestinien…) qui ne pouvaient que diviser un auditoire jusque là consensuel.

Vibrante intervention de l’Anglo-iranienne Maryam NAMAZIE, qui a publiquement apostasié sa religion et qui milite activement contre la Charia en Grande-Bretagne, le pays d’Europe le plus gangrené par les fondamentalistes.
(Dommage : traduction cafouilleuse phrase par phrase, qui a amoindri l’éclat de son talent oratoire)

Et enfin l’apothéose, le frisson intégral : la belle Bengalie condamnée à mort il y a 15 ans, par une fatwa des fous d’Allah, Taslima NASREEN, qui, du fond de son exil, continue à dénoncer les conditions des femmes musulmanes et le fanatisme religieux.

Quand elle a pris le micro, et que sa voix mélodieuse, légèrement voilée, dans un anglais parfaitement articulé, a fendu l’espace, une ferveur quasi-religieuse (si j’ose dire !) a saisi la salle.

Les silences émus qui ponctuaient ses phrases et aéraient son discours, apportaient à l’assistance, une intense charge émotionnelle.
Elle a raconté ses luttes, avec calme et dignité. Et puis il faut bien le dire, elle a déploré que la gauche européenne l’ait si peu soutenue….
A elle toute seule, elle réunissait le charisme d’Obama, l’aura d’un Gandhi et la beauté rebelle du Che !

Merci Taslima, Maryam, Harsh, Fatou, Aouicha, Marieme et les autres… Quand on rêve tout seul, il ne s’agit que d’un rêve. Quand on rêve ensemble, c’est le commencement de la réalité.

Peut-être que cette vision affective et positive que je vous ai donnée, en agacera certains, prompts à la critique et âpres dans la contradiction….Mais voilà, c’est mon ressenti. Je n’y peux rien, personne ne peut me l’enlever.

Morgana

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