Un verdict lourd de conséquences

Publié le 14 octobre 2008 - par
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Fanny Truchelut vient d’être condamnée en appel par le tribunal de Nancy à deux mois de prison avec sursis et 4000 euros d’amende. Voilà qui confirme en partie la lourde peine qui l’avait frappée, pour discrimination religieuse, en octobre 2007.

De quel crime est donc coupable Fanny ?
Fanny Truchelut est cette propriétaire de gîte dans les Vosges, qui en août 2006, a demandé aux deux femmes voilées qui se présentaient avec leur famille pour occuper une partie du gîte, de retirer leur voile dans les parties communes de l’établissement. Elle l’a fait par respect pour un principe : la laicité, qui implique de ne pas arborer dans l’espace public des signes ostentatoires. Elle l’a fait par respect pour les autres occupants du gîte. Les femmes voilées, furieuses, sont parties en menaçant de ne pas en rester là..

Et en effet elles ont porté plainte pour discrimination raciale et religieuse. Le MRAP La LDH et la Licra locale les ont soutenues. Le tribunal d’Epinal a, une première fois lourdement condamné Fanny Truchelut. Pour discrimination religieuse. J’ai été citée comme témoin de la défense, dans ce procès. J’ai dit mon sentiment d’injustice, devant ce monde à l’envers. Voilà traînée devant un tribunal cette femme, fille d’ouvrier, mère de quatre enfants, qui n’appartenait à aucun parti, et pour qui l’ouverture de ce gîte représentait la réalisation d’un rêve, pour avoir simplement exprimé une demande conforme à la loi de ce pays. Et on la poursuivait pour « discrimination religieuse » ? Où était la discrimination ? Dans le fait de demander poliment de retirer dans les parties communes du gîte, la partie d’un vêtement qui pouvait choquer les autres occupants du gîte ? La provocation n’était elle pas du côté de ces femmes qui imposaient aux autres un signe discriminatoire dans un pays où l’égalité des sexes est un principe ? En outre, le gîte étant un lieu semi privé, semi public, Fanny Truchelut avait en tant que propriétaire, le droit d’y imposer ses règles. Quant au motif « religieux » de la condamnation, il était en l’occurrence hors de propos. Le voile n’est pas un signe d’appartenance religieux, sinon de façon dérivée. Il est avant tout le symbole clair d’une ségrégation sexuelle. Celle qui cache aux yeux d’autrui le corps et le visage des femmes, considérées comme des êtres inférieurs et tentateurs.

F . T espérait beaucoup du jugement en appel. Entre temps, elle a été obligée de vendre son gîte. Ses ressources sont précaires. Mais elle va devoir payer 4000 euros à celles qui l’ont poursuivie, soutenues par les défenseurs patentés de l’antiracisme, peu soucieux de demander de lourds dommages et intérêts à une femme en situation économique difficile. En d’autres circonstances, les magistrats ont fait preuve de discernement. Ils ont su refuser l’octroi de la nationalité française à une femme portant la burqa ; ils ont su refuser la présence d’une femme voilée dans un jury ; ils ont su refuser l’annulation d’un mariage civil parce que le mari musulman n’acceptait pas la non virginité de sa femme.

Ce verdict est lourd de conséquences. Il suscite plusieurs interrogations.

Pourquoi la laïcité et la dignité des femmes sont-elles défendues et préservées par certains magistrats et pas par tous ?

Pourquoi le voile est-il interdit uniquement dans les écoles et dans certaines institutions de l’Etat et pas partout ailleurs ?

Ce verdict est la porte ouverte à un islamisme qui avance de moins en moins masqué. Il peut conforter ceux qui un peu partout, tentent d’imposer leurs coutumes d’un autre âge, au mépris de la loi et des institutions de la République.

Ce verdict confirme donc la nécessité de légiférer au sujet du voile islamique . Celui ci représente une offense pour toutes celles qui se sont battues ici et là bas pour que la moitié de l’humanité accède à l’égalité et à la dignité d’être humain. Il les renvoie à des temps considérés ici comme révolus, mais encore tristement actuels dans certains pays de la planète. Il est grand temps que l’Etat français ose limiter le port du voile, et en interdise les formes les plus extrêmes, telles que la burqua, dans les lieux publics.

Anne Zelensky

Article proposé aux rédactions du « Monde » et de « Libération »

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