Un voile peut en cacher bien d’autres

Publié le 15 juillet 2008 - par
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A Riposte Laïque, nous ne pouvons que nous réjouir de la dernière décision du Conseil d’Etat. Il a rejeté la requête de la Marocaine Feiza M. « qui lui avait demandé d’annuler un décret de 2005 refusant sa demande de nationalité française pour « défaut d’assimilation. » »

D’après Le Monde du 11 juillet 2008, à trois reprises, l’intéressée se serait présentée devant « les services sociaux et la police recouverte du vêtement des femmes de la péninsule arabique, longue robe tombant jusqu’aux pieds, voile masquant les cheveux, le front et le menton et une pièce de tissu masquant le visage et ne laissant voir les yeux que par une fente ».

Dans son arrêt du 27 juin 2008, dont l’agence Reuters aurait obtenu une copie, le Conseil d’Etat prend en compte, pour la première fois, le niveau de pratique religieuse pour se prononcer sur le degré d’assimilation d’une personne étrangère. En voilà l’argumentaire, tel que rapporté par Reuters : la plaignante aurait « adopté, au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d’égalité des sexes ».

Dans ses Vosges paisibles, Fanny Truchelut a dû sauter de joie à la lecture de cette décision. Elle, qui a osé exprimer la même opinion et qui est poursuivie par des voilées, dont une est marocaine, soutenues par une flopée d’organisations qui se voilent la face.

Mais, par expérience, j’ai appris à être extrêmement prudent et à ne jamais me réjouir si vite, en cette France du XXIe siècle où l’hypocrisie généralisée et le théologiquement correct, empruntent bien des méandres pour ne pas aller droit au but. Nous sommes loin du langage direct de nos ancêtres à la veille de 1905 et des revendications féministes qui ont tant contribué à l’émancipation de toute la société.

Face à toute décision du Conseil d’Etat, qui a valeur de jurisprudence, il est important de mesurer la portée de chaque mot.

Ainsi, pour la première fois, les valeurs essentielles de la communauté française sont mises en regard d’une pratique religieuse. Jusque là, pas de problèmes. Mais, comme disent les Allemands, le diable se dissimule toujours dans les détails.

Et c’est justement certains détails, très troublants, qui semblent gêner tout le monde, aussi bien au Conseil d’Etat que les rédacteurs de Reuters et du quotidien Le Monde.

Il est tout de même curieux de constater que tout ce beau monde évite de nommer « la chose » par son vrai nom ; celui qui est sur toutes les langues mais que personne n’ose prononcer :

Le Monde choisit comme titre à son édito : « La Burqa, symbole ». Comprendra qui voudra ce nouveau charabia mondesque !

• Le Conseil d’Etat parle de « pratique radicale »

• Et le vêtement de notre Marocaine est rapproché par l’experte de la justice de celui que portent « des femmes de la péninsule arabique »

Avant d’avaler ces subtils calmants et de vous endormir, j’aimerais vous livrer quelques questions dérangeantes ; à méditer. Faites-le éventuellement demain au réveil ou bien en plein milieu de la nuit, en cas d’insomnies :

– Est-il vraiment nécessaire aujourd’hui d’expliquer à des journalistes d’un grand quotidien que la burqa est cette horreur grillagée que portent les Afghanes depuis l’arrivée des talibans au pouvoir ?

– Sachant que l’habit traditionnel des Marocaines voilées, depuis des générations et des générations, est justement celui que porte Mme Feiza M., ne serions-nous pas face à une subtile illusion distillée par le Conseil d’Etat en personne ? Ne cherche-t-il pas à nous expliquer, cahin-caha, que seule la pratique salafiste, wahhabite, de la péninsule arabique est ici remise en cause, pour dédouaner les pratiques les plus élémentaires et les plus courantes qui nous viennent du Maroc, grand pourvoyeur d’épouses voilées ?

– Les intellos et progressistes à si bon compte n’ont-ils pas réussi leur travail de sape, pour n’attirer notre attention, jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat, que sur le bouc émissaire nommé wahhabisme, salafisme, intégrisme et je ne sais quel autre isme soi-disant déviant, alors qu’il ne fait que s’abreuver à la source-même de nos ennuis ?

– Toutes ces subtiles manœuvres intellectuelles ne débouchent-elles pas finalement sur l’endormissement du peuple français, mais aussi d’autres peuples, surtout musulmans ?

Il est grand temps de dire clairement que le voile, cette prescription coranique et paulinienne, est tout simplement incompatible avec le principe d’égalité entre hommes et femmes. Un principe acquis de haute lutte et qui doit rester un des piliers de la société française et européenne actuelle, tout en luttant pour le faire adopter à toute l’humanité dont la douce moitié a toujours été écrasée.

Le voile marocain qui ne laisse qu’une fente au regard de la femme est un voile islamique, tout à fait classique : ma mère marocaine l’a porté bien avant que les mots « islamistes » et « intégristes » ne soient inventés ; entre autres, par les régimes islamiques du Maroc et d’Algérie qui ne veulent toujours pas oser l’alternance à la Turque, c’est à dire sous surveillance armée. Cette pratique islamique était bien là et elle est toujours là, devant les yeux de tous ceux qui ont un cœur pour y voir clair à travers ces voiles linguistiques qui ont fini par être adoptés, convoyés, endossés, divulgués par tant d’idiots utiles, soi-disant progressistes, mais qui sont au fond atteints d’hypocrisie, de trouille ou bien du syndrome de Stockholm. Bon nombre de nos amis en font aujourd’hui partie et réussissent une belle audience en France. On ne peut que constater qu’ils ont réussi à contaminer même le discours de notre Conseil d’Etat qui parle de « pratique radicale » et cherche à rapprocher cette pratique islamique, très classique, du fameux bouc émissaire qu’est devenue l’Arabie péninsulaire.

Nos grands éditorialistes du Monde, qui ont toujours considéré le Maroc et surtout l’Algérie comme progressistes, font de la surenchère en feignant d’être plus idiots et plus utiles que les autres : ils finisent pas renvoyer le voile traditionnel marocain au lointain Afghanistan en le nommant burqa ! Faites de beaux rêves les petits : il s’agit d’une pratique radicale, d’un groupuscule très circoncis, que nous situons dans de sombres contrées d’Arabie ou de Burqasie ; très d’ici !

Mais la chose que tout le monde évite de nommer s’appelle tout simplement « islam classique » et ses prescriptions les plus basiques qui sont ouvertement ségrégationnistes.

Chers concitoyens français, musulmans et non musulmans, il est grand temps de regarder la réalité en face et de ne plus vous voiler la face !

En paraphrasant Camus, je me permets aussi de m’adresser au grand quotidien que j’ai toujours lu : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du Monde ».

Pascal Hilout

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