Une ONG lance, à Strasbourg, le concours photographique du plus beau minaret d’Europe !

Publié le 1 mars 2010 - par
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Le concours photographique «du plus beau minaret d’Europe» vient d’être lancé à Strasbourg, a indiqué Veysel Filiz, vice-président du COJEP International (1), une ONG (2) qui a un statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et qui est partenaire de l’OSCE (3). Le British Council et l’IMCOSE (4) sont, avec le COJEP, les coordonnateurs de ce concours. Un jury multi-confessionnel et multi-ethnique aura pour tâche de déterminer les lauréats lors d’une réunion qui se tiendra à Strasbourg le 19 avril 2010. Le lendemain, les lauréats seront reçus au Parlement européen.

Heureuse initiative ? Sûrement, pour peu que l’on s’en tienne à la finalité «officielle» du concours.

C’est beaucoup moins sûr, en revanche, si l’on s’arrête à sa finalité latente – qui n’est ni esthétique, ni artistique, ni photographique, ni même technique, mais islamique (!), les organisateurs ayant précisé qu’ils voulaient témoigner ainsi «de la présence pacifique et universelle de l’Islam (5)», autrement dit «lutter contre les peurs et les préjugés qui minent la société européenne et ses valeurs fondamentales en accusant les musulmans et l’Islam (5) de saper la culture occidentale». Et d’ajouter : «Nous ne sommes pas dans une démarche de provocation, bien au contraire, mais dans la recherche de cohésion sociale et d’intégration».

N’eût-il pas été tout de même plus normal qu’ils fussent dans la recherche exclusive d’authentiques talents ?

Cette subordination du «normal» à l’«anormal» me dérange ! Organiser un concours photographique, c’est organiser un concours de photographies ! Ce qui compte, donc, c’est la photographie. Ce qui est photographié n’est que secondaire. Toute l’essence artistique est là. L’artiste ne «représente» pas quelque chose : il «présente» quelque chose – qui est l’œuvre d’art elle-même. Or, de quoi nous parle-t-on en l’occurrence ? De «paix», d’«universalité», de «peurs», de «préjugés», de «valeurs», de «culture», de «provocation», de «cohésion sociale», d’«intégration» et d’ «islam». Qu’est donc devenue la photographie ? Un prétexte à l’affirmation de l’islam en Europe ! L’islam est le point d’orgue de toutes les photographies de ce concours ! Et pourquoi ? Parce que l’islam entend être la référence festive et fraternelle de l’Europe !

Que le festif soit le bienvenu est une évidence : qui n’aime pas se réjouir ? Mais quid du fraternel ? S’il est nécessaire de «témoigner de la présence pacifique et universelle de l’islam», n’est-ce pas parce que cette présence n’apparaît pas d’emblée comme telle ? Les violences dont l’Europe fut le théâtre lors de l’affaire des caricatures ne tempèrent-elles pas le terme «pacifique» mis en avant par les organisateurs du concours ? Ces mêmes organisateurs ignorent-ils la célèbre formule du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan selon laquelle les minarets sont les baïonnettes de l’islam ? Il est vrai que le COJEP est né en 1985 sous le nom de… Jeunes Turcs, avant de se muer, en 1992, en Conseil de la Jeunesse Pluriculturelle de France ! Avouez que certaines coïncidences sont troublantes !

Quant à l’«universalité» de la présence islamique en Europe, qu’on sache une bonne fois pour toutes qu’elle se heurte à celle des Droits de l’Homme, et que ces deux universalités ne peuvent cohabiter, faute d’avoir les mêmes valeurs : pour l’islam, l’universel est religieux ; pour les Droits de l’Homme, l’universel est politique. Il faut donc choisir : ou l’on veut la charia (et dans ce cas, il faut le dire clairement !), ou l’on veut les Droits de l’Homme !

En conséquence, les «peurs» risquent d’être fondées, et les «préjugés» qui les nourrissent également, à moins que ces derniers ne soient jamais que la marque de ceux qui pensent qu’il s’agit là de préjugés ! En effet, le préjugé majeur consiste à croire que toutes les valeurs se valent. Or, c’est le contraire qui est vrai, car il est impossible d’égaliser la peine de mort et son abolition, la violence et la non-violence, ou encore l’égalité des sexes et leur inégalité. Là aussi, il faut choisir !

Partant, si les organisateurs de ce concours estiment primordial de souligner qu’ils ne se situent point «dans une démarche de provocation» mais «dans la recherche de cohésion sociale et d’intégration», c’est que la «provocation» est en filigrane (qui aurait oublié la récente votation suisse ?) et qu’il n’y a, en outre, ni «cohésion sociale» ni «intégration», puisque ce concours les recherche !

Je sais bien que s’il n’y a ni «cohésion sociale» ni «intégration», c’est parce que les Suisses sont «racistes» et les Européens «islamophobes» ! Mais à vouloir s’enfermer dans cette double imposture, on fait fausse route, car on favorise l’ascension de l’islam militant. Or, ce «on» n’est pas anonyme : c’est le Parlement européen lui-même dans son soutien direct à l’initiative de Veysel Filiz !

Au XIXème siècle, Kierkegaard écrivait ceci : «Il arriva que le feu prit dans les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint avertir le public. On pensa qu’il faisait de l’esprit et on l’applaudit. Il insista : on rit de plus belle ! C’est ainsi, je crois, que périra le monde : dans la joie générale de gens spirituels qui croiront à une farce».

Changeons deux ou trois mots, et nous aurons sous nos yeux la vérité de notre temps !

Voici : «Il arriva que le feu prit dans les coulisses de l’Europe. Le pompier de service vint avertir le public. Les bienpensants estimèrent qu’il faisait de l’esprit et l’applaudirent. Il insista : ils rirent de plus belle ! C’est ainsi que périra l’Europe : dans la joie générale de gens spirituels qui croiront à une farce» !

Maurice Vidal

(1) Conseil de la jeunesse pluriculturelle

(2) Organisation Non Gouvernementale

(3) Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe

(4) Initiative musulmane pour la cohésion sociale européenne

(5) On remarquera ici la majuscule à «Islam» qui, ainsi orthographié, désigne non la religion mais la terre d’Islam, c’est-à-dire «l’ensemble des peuples qui professent cette religion, et la civilisation qui les caractérise» (Petit Robert) !

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