Une semaine d’actu en vrac : rire et pleurer avec l’Eglise

Publié le 16 mars 2009 - par
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C’est le jour du cinquantième anniversaire de la poupée Barbie, lendemain de la Journée internationale de la femme, il y a des jours décidément maudits, que l’Eglise vaticane a décidé de faire à nouveau parler d’elle et de qu’elle façon, et à la suite, toute cette semaine !

Le viol moins grave que l’avortement

Il se trouve qu’au Brésil, une enfant de neuf ans enceinte de doublés de son beau-père qui la violait depuis l’âge de six ans, obtient le droit d’avorter alors que cette pratique est interdite dans ce pays et réservée aux cas de viol ou de mise en danger de la mère, sachant que la jeune brésilienne risquait de ne pas supporter cet accouchement de deux bébés.

A la suite de cet avortement, l’Eglise catholique brésilienne par la voix de son archevêque condamnant ce geste pour poser que « la loi de dieu est au-dessus de la loi humaine », a décidé d’excommunier la petite brésilienne, sa mère ainsi que toute l’équipe médicale ayant participé à l’avortement, soutenant que “les jumeaux qu’elle portait avaient le droit de vivre”. Le Vatican n’a pas hésité à emboiter le pas de l’Eglise moyenâgeuse de ce pays en approuvant sans mesure cette décision incroyable. Le violeur, quant à lui, ne semble pas faire partie du lot d’excommuniés, puisqu’il semblerait que le viol soit moins grave que l’avortement…

Si l’Eglise une fois de plus ici s’est déshonorée, l’honneur du Brésil a été sauvé, Le président, Luiz Inacio Lula da Silva, dont le gouvernement cherche à dépénaliser l’avortement, s’est révolté contre une telle action. Selon lui dans un cas tel que celui de la fillette “les lois de la médecine sont au-dessus des lois de l’Eglise”. Ne nous moquons pas trop ici en effet, car nous avons nous-mêmes du grain à moudre, Mgr Lefebvre, catholique intégriste chef de file de la pire engeance dans le genre, qui n’a rien a envié à l’archevêque en cause, vient d’être réintégré grâce à l’œuvre papale en cours à l’Eglise régulière. Et comme l’exprime le grand Rabin de Nice, « le médecin soigne et seul dieu guérit ». Amen ! Guérit-t-il de l’archaïsme et de la bêtise ? Ça, la bible ne le dit pas.

Même Jean-Paul II, sans évoquer ô! grand dieu, la légalisation religieuse de l’avortement, avançait que le pardon pouvait être donné sous condition que les femmes l’ayant pratiqué reconnaissent la mauvaise influence de certains conditionnements, les écervelées, vis-à-vis desquels l’Eglise tente bien de réformer la société… : Evangelium vitae (Jean-Paul II) : « Je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu recours à l’avortement. L’Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre âme n’est pas encore refermée. En réalité, ce qui s’est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l’espérance. (…) : le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. » (n° 99).

Devant la levée générale de boucliers qui s’est manifestée dans le monde cette semaine, on apprenait que finalement la hiérarchie catholique brésilienne avait décidé de désavouer son archevêque… Ouf ! Diront certains qui ont encore envie de croire dans une résurrection modernisée de l’Eglise ! D’après des experts en questions religieuses, l’Eglise catholique perd chaque année 1% de ses fidèles. Comme quoi tout ne va pas si mal et qu’il y a toujours un espoir quelque part…

Vibrant hommage de l’Eglise vaticane à la machine à laver : on n’arrête pas le progrès !

Le quotidien du Vatican, l’Osservatore romano, rend un vibrant hommage au lave-linge à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Et oui ! Plus que la pilule, et on s’en serait douté, la machine à laver a représenté une véritable émancipation pour la femme du XXe siècle, estime le quotidien. Car si elle interdit aux femmes d’avorter, elle entend les soulager quant aux nombreuses lessives que génère une pieuse maisonnée remplie de bambins.

Remontant aux origines de la machine à laver – l’invention supposée en 1767 par le théologien allemand Jacob Christian Schaffern d’un premier modèle rudimentaire croit-on pouvoir affirmer du côté de Rome – le journal en fait l’éloge et évoque “la sublime mystique de pouvoir changer les draps deux fois par semaine au lieu d’une”… La mère Denis doit se retourner dans sa tombe ! Pour l’Eglise, la vedette…c est la machine…la belle affaire !

Si l’Eglise est soudainement devenue prompte à soulager le sort domestique des femmes, il en faudra plus pour qu’elle puisse passer pour moderne, il lui reste à faire un « petit effort » pour accepter la contraception et l’avortement en reconnaissant le droit des femmes à disposer librement de leur corps autrement dit, de leurs reconnaître la simple condition de liberté individuelle. Car comme le souligne un internaute sur le sujet, « ça fait plus que soulager, ça sauve des vies, auxquelles, parait-il, l’Eglise est très attachée… » Mais il y aura-t-il des hommes seulement un jour pour le voir ?

Pour le Vatican, il faut prendre exemple sur la finance islamique pour moraliser le capitalisme

Une nouvelle occasion a été donnée récemment au Vatican de confirmer la façon dont l’Eglise utilise l’islam comme un cheval de Troie en faveur du retour de l’influence des religions dans l’espace public, et au cœur des grands choix de société.

Dans un discours du 7 octobre 2008, le pape Benoît XVI réagissant à la chute des marchés financiers avait avancé que si « l’argent disparaît, ce n’est rien» l’essentiel restant ailleurs puisqu’il concluait en affirmant que « la seule réalité qui vaille, c’est la parole de Dieu». L’Eglise avait limité sa critique de la financiarisation du capitalisme et de ses dégâts au seul reproche fait au modèle de l’économie de marché « de s’être développé trop et mal au cours des deux dernières décennies. »
Mais quelle n’a pas été la surprise des observateurs quand le Vatican, poussant sa volonté de rapprocher Dieu de plus d’influence sur notre destinée, d’avoir avancé que, les banques devraient prêter attention aux règles de la finance islamique pour restaurer la confiance chez leurs clients en ces temps de crise économique mondiale.

« Les principes éthiques sur lesquels est basée la finance islamique rapprochent les banques de leurs clients et du véritable esprit qui devrait caractériser tous services financiers. » a écrit le journal officiel du Vatican, l’Osservatore Romano, début mars (3/03/09). Un exemple dont les principes pourraient inspirer le financement de « l’industrie automobile ou les prochains jeux olympiques de Londres » selon le journal. L’éditeur de l’Osservatore, Giovanni Maria Vian, a dit que « les grandes religions ont toujours eu une attention commune à l’égard de la dimension humaine de l’économie », selon le Corriere della Sera (4/03.09).

Ces déclarations font une belle jambe aux licenciés de la semaine de chez Total ou de Continental qui ne partagent jamais les bénéfices lorsque les sociétés en font, pas plus qu’ils ne verront la couleur des 58 milliards de bénéfices des entreprises du CAC 40 en 2008, mais paient toujours le prix fort de la logique de la mondialisation qui autorise tout. Il ne faut pas attendre du côté du Vatican autre chose, en dehors de ces fameux conseils, qu’un soutien indéfectible à l’ordre donné des choses, celui du plus riche, qui promet au plus pauvre la première place au paradis pour lui faire accepter sa condition terrestre.

Sur le fond, on ne fait que revenir à cette bonne vieille conception de la religion comme opium des peuples, qui veut que la place de la religion est proportionnelle au degré de pauvreté pour aboutir à ce constat qui se fait jour en France et en Europe et qui veut que, comme dans les pays islamiques, plus il y a de pauvreté, plus on construit de mosquées. Nos dirigeants politiques invitent ni plus ni moins la religion, en ces temps de crise où on nous propose de régresser pour durer en reniant nos acquis, à prendre une place qui est celle des citoyens qu’ils veulent à tout prix dessaisir du pouvoir qui leur revient de choisir leur destin.

Rions un peu : L’Eglise prête à tout pour endiguer son érosion fait irruption dans la “Nouvelle star” sur M6…

En participant au télé-crochet de M6 pour l’émission La « Nouvelle star », Jérémie Guneau, un jeune rockeur chrétien a fait sensation selon le journal La Croix du 11 mars dernier.

La « Nouvelle star » met en scène un jury de quatre personnalités qui sillonne le pays à la recherche des talents de demain. Les candidats retenus sont ensuite convoqués à Paris. Les meilleurs d’entre eux accèdent à la scène du pavillon Baltard pour une série de soirées en « prime time ». Ce télé-crochet très populaire révèle parfois quelques « ovnis » médiatiques,

Selon le journal « les téléspectateurs sont tombés sous le charme de ce chanteur sans grande voix, mais doué d’un humour contagieux et d’une foi décomplexée. » Il est vrai que côté voix, seules celles de dieu peuvent le sauver ! Le jury lui a reproché sa « voix abominable » et l’a recalé. Comme quoi la foi ne suffit pas…

Arborant un tee-shirt à l’effigie de la Vierge, l’intéressé jouait dans un groupe de « rock’n’roll garage » chrétien baptisé « The Catholix », un rockeur qui peut dire lui être arrivé d’aller tous les jours à la messe (sic) ! Sur le site Internet Myspace, le garçon annonce la couleur : « Faire un concert pour des damnés, des mendiants et le peuple des pécheurs, telle est notre vocation ! Comme a dit Jésus devant le tombeau de Lazare : Lève-toi, et swingue ! » Fervent catholique s’il en est, aîné d’une fratrie de cinq, issu « d’une famille catholique modeste » proche des Amis de l’Arche de Lanza del Vasto, il a suivi sa scolarité dans des établissements jésuite et mariste, a fréquenté les Focolari, et ne s’est jamais vraiment éloigné de l’Église, tout un programme…

La religion, rien que des paroles qui s’envolent…vers le passé !

Ce rockeur des Saintes Evangiles remarqué par le journal « la Croix » compte, croit-il, “Dépoussiérer un peu l’image des cathos”. Il faudra, à la lecture des derniers événements plus que chanter des psaumes, mêmes en rock ou en rap, pour convaincre quiconque que le progrès est du côté de cette Eglise moyenâgeuse toujours égale à elle-même et repliée sur le passé, qui ne distingue dans les grands progrès de l’homme, pardon de la femme, que la machine à laver, préfère le viol à l’avortement, et pour tous, les bienfaits de la religion en économie via la finance islamique.

* Merci aux internautes qui ont, peu ou prou, par leur apports contribué à cette semaine d’actu pas catholique !

Guylain Chevrier

Historien

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