Université de Ni Putes Ni Soumises à Dourdan

Publié le 1 décembre 2007 - par
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Marraine de ni putes ni soumises depuis la première marche, j’étais présente comme tous les ans à l’université d’automne de Dourdan.
Cette année, face aux attaques très médiatisées, il était indispensable de s’y rendre. Même si j’avais un engagement antérieur le vendredi auprès des « Femmes prévoyantes socialistes » belges, lorsque Sihem Habchi m’a invité j’ai répondu évidemment par l’affirmative.

Arrivée à Dourdan le vendredi soir, j’ai retrouvé avec autant de plaisir mes ami-e-s jeunes et moins jeunes, responsables, militants et sympathisants, de la région parisienne et de province. Ainsi que de nouvelles personnes qui rejoignent le mouvement, comme Diaryatou Bah à qui « On a volé [son] enfance » (Anne Carrère éditions). Elle s’épanouit de plus en plus. C’est visible à chacune de nos rencontres depuis que je l’ai connu, en 2004, lors du tournage du film « Blessures de femmes » de Catherine Cabrol.

Le samedi matin, j’intervenais lors de l’atelier sur la laïcité. Il m’avait été demandé de définir le principe, sa construction et sa nécessité pour organiser l’espace politique. La laïcité est le moyen de faire coexister des femmes et des hommes qui ne partagent pas forcément les mêmes convictions, mais émancipés par une éducation à l’autonomie rationnelle de jugement. L’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. Le lien civique a la prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités domestiques locales ou claniques.

« La laïcité est un instrument critique de tout ordre qui se fige dans l’invocation d’une transcendance « divine » ou « civile ». Refus de sacraliser toute doctrine qui serait érigée en absolu échappant à la critique de l’esprit humain, d’essentialiser toute différence entre citoyens. » Georges Corm, Orient-Occident, la fracture imaginaire, 2002.

Alain Seksig, responsable de la Licra, a présenté le rapport Obin, les difficultés de le rendre public en raison de l’omertà sur la situation concrète dans les établissements scolaires. Les discussions entre les enseignants et des élèves, porte-paroles d’idéologies familiale, religieuse ou politique, empêchent, dans trop d’établissement, l’enseignement de se pratiquer dans de bonnes conditions. Pour apprendre il faut avoir l’esprit libre !

Julie Coudry, présidente de la Confédération étudiante signalait la même stratégie que celle utilisée par les islamistes en Egypte dans les années 70 et décrite par Yolande Geadah, québécoise d’origine égyptienne dans son livre « Femmes voilées intégrismes démasqués ».

En France, aujourd’hui, en raison du peu d’étudiants qui votent aux élections universitaires ou au Crous, les associations militantes d’étudiants islamistes ont des élus. Fortes de cette représentativité, elles réclament des salles de réunion qui leur servent de salles de prière, y font du prosélytisme actif, sans aucun contrôle des autorités de tutelle. Celles-ci se retranchent derrière l’alibi de la non-intervention par rapport aux libertés.

Bernard Teper, président de l’Ufal, a fait une longue distinction entre la sphère publique, dans laquelle la laïcité s’applique, et l’espace privé, où elle ne s’applique pas. J’avoue ne pas avoir compris.

Lors du débat, la condamnation de Fanny Truchelut à 4 mois de prison et près de 9000 euros d’amendes et dommages et intérêts pour diffamation religieuse parce qu’elle avait demandé à une activiste du port du voile d’ôter son signe discriminant dans le salon où elle invite les hôtes de son gite a été soulevée.

Si une personne qui se discrimine volontairement peut pervertir la loi concernant les discriminations subie, il est indispensable de modifier la loi. C’est l’objet de l’adresse au Président de la République et aux parlementaires que nous faisons circuler.

Parmi les interventions, un étudiant de la Confédération étudiante a insisté fortement sur la nécessité d’agir aux cotés des modernistes et contre les obscurantistes dans les pays où les droits fondamentaux universels des individus ne sont pas respectés. Avec humour, il a rappelé que les enfants ne sont pas obligés de reproduire les traditions de leurs parents, en particulier ce n’est pas parce que son père est polygame qu’il doit l’imiter.

Une femme qui tente d’agir au sein de la mosquée de sa ville pour obtenir une salle de réunion pour les femmes, nous a dit les difficultés et l’agressivité subie. Il faudrait que les femmes soient invisibles.

Nous avons retrouvé au moment du déjeuner des marraines l’ambiance amicale habituelle, le plaisir d’échanger avec toutes les femmes étrangères, de discuter avec Fadéla. Seul changement par rapport aux années précédentes, l’absence des médias.

Lors du débat de l’après-midi, les deux interventions les plus remarquables étaient celles de Wafa sultan aussi percutante que sur les vidéos et celle de la Maroco-italienne Saib Sba. Sba vit en Italie et a raconté l’oppression religieuse subie par les jeunes filles et femmes de confession ou de filiation musulmane, avec le soutien des autorités politiques italiennes. Nous avons appris que des imams somaliens, financés par le gouvernement, expliquaient aux fillettes d’origine marocaine qu’il fallait qu’elles soient « coupées » pour être de bonnes musulmanes. Alors que la tradition néfaste des mutilations sexuelles féminines n’existe pas au Maroc.

D’où l’importance de s’opposer aux violences physiques, morales ou d’ordre religieux et des pratiques traditionnelles subies par les femmes dans les pays d’origine et dans les pays d’accueil.

Gageons que la présence de Ni putes ni soumises au sein des ONG des droits des femmes accréditées en 2007 par l’ONU et la Cedaw (Commission de lutte contre toutes les formes de discriminations envers les femmes) permettra d’entendre les voix des femmes et fillettes qui refusent l’instrumentalisation des religions par les fondamentalistes et revendiquent l’accès aux droits universels fondamentaux.

Condorcet, le grand féministe, soulignait déjà en 1794 « Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritable droit, ou tous ont les mêmes droits. Et celui qui vote contre le droit d’un autre, quel que soient sa religion, sa couleur ou son sexe a dès lors abjuré les siens. »

Michèle Vianès

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