Vaut-il mieux être mort et pleuré, ou vivant et en prison ?

Publié le 19 août 2010 - par
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Ce titre, volontairement provocateur, est merveilleusement illustré par un film inoubliable de Sacha Guitry, « La poison », interprété par Michel Simon. Un homme et une femme ne se supportent plus. L’homme décide de tuer sa femme. Il écoute, à la radio, un célèbre avocat qui vient de remporter son centième procès, en défendant des causes qui paraissent désespérées. Il va le voir, et lui avoue avoir tué sa femme, en inventant un scenario. L’avocat lui dit qu’il sera difficile à défendre, et lui indique ce qu’il aurait dû faire pour une plaidoirie plus aisée. L’homme rentre chez lui, et met en pratique les conseils de l’avocat. Il tue sa femme d’un coup de couteau, en disant qu’elle a tenté de l’assassiner. Puis il réalise la mise en scène suggérée par l’avocat. Ce que l’époux ne sait pas, c’est que son épouse avait, elle aussi, décidé de le tuer, en l’empoisonnant. Le malheureux pharmacien, qui boit le verre destiné à Michel Simon, tombe raide mort.

Michel Simon se retrouve donc en prison, et fait chanter le célèbre avocat – qui, dans un premier temps, n’est pas content d’avoir été ainsi manipulé – pour qu’il assure sa défense. Le procès est le clou du film. Michel Simon, avec un cynisme extraordinaire, bien dans la lignée de l’oeuvre de Guitry, plaide la légitime défense, et explique aux juges et aux jurés (tribunal populaire), que s’il n’avait pas tué sa femme, c’est elle qui l’aurait tué, et que finalement, on lui reproche d’être vivant, et de ne pas s’être laissé faire !

Le public est avec lui, les juges sont ridiculisés, Michel Simon est acquitté, et a droit à un retour triomphal dans le village. Ce dernier prospère, grâce à la commercialisation de la maison du crime, qui est devenue un haut lieu du tourisme français ! Et naturellement, l’époux assassin coule de vieux jours heureux …

http://www…cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=1956

On imagine l’accueil de la critique de Libération, des Inrocktubtibles, du Monde, du Nouvel Obs, de Rue 89, de MediaPart et de toute la bien-pensance, si, 60 ans plus tard, un nouveau Sacha Guitry osait commettre un tel film… dans le contexte où notre justice vient de décider de maintenir en détention René Galinier, coupable d’avoir tiré sur deux cambrioleuses – par ailleurs des roms – qui s’étaient introduites chez lui. Précisons que cet homme de 73 ans a déjà été victime de deux cambriolages.

Dans les années 1980, en plein débat sur la peine de mort, une affaire m’avait particulièrement troublée. Un homme, qui avait le malheur d’être un ancien d’Algérie – donc forcément raciste, faciste, violeur et tortionnaire – se retrouvait devant le tribunal, défendu par Jean-Marc Varaut, père d’Alexandre Varaut. Son crime ? Ce garagiste avait un terrain de campagne, qu’il entretenait avec amour, durant ses loisirs. Il avait construit une cabane de jardinage, où il entreposait tous ses outils, et tout ce qu’il ne pouvait pas stocker chez lui. Il avait déjà été victime de 12 cambriolages ! Excédé, il avait installé un dispositif où quiconque, en dehors de lui, rentrerait dans sa cabane déclencherait une violente explosion. Il avait disposé des grands panneaux, visibles par tous, alertant les éventuels cambrioleurs des risques qu’ils prendraient. Il se croyait tranquille. Il n’avait pas prévu une chose : son treizième cambrioleur sera allemand, et ne savait pas lire le Français. Quand il entrera par effraction, il déclenchera une explosion qui lui sera fatale.

Ce garagiste avait été lynché par toute la presse, considéré comme une ordure, un assassin. Sa vie était foutue. Cela m’avait mis mal à l’aise. Cet homme n’était absolument pas une ordure, mais tout simplement un citoyen qui en avait marre. Je ne sais pas manier les armes, mais je crois que mon mari ou moi n’aurions pas accepté qu’on continue de nous cambrioler – douze fois, vous vous rendez compte de la colère que cela peut susciter – sans réagir.

Dans les années 1990, j’habitais, avec mon époux, une région assez exposée. Nous avions déjà été victimes de deux cambriolages complets de notre maison, on nous avait dérobé deux fois notre voiture, incendié une troisième, et mon mari en était au troisième vol de sa moto. Je ne vous parle pas des vélos. Un jour, il surprit, dans la cave, deux gamins de dix ans – par ailleurs de couleur – qui se sont enfui en courant à sa vue. Je l’ai vu ramasser une grosse pierre, et se retenir de ne pas la jeter dans leur direction.

Le sommet fut atteint quand, un après-midi, laissant la moto devant la maison (il devait repartir peu après) il vit un voleur partir avec (il avait cassé l’antivol). Il se précipita, hors de lui, dehors, sauta dans ma voiture, et engagea la poursuite. Je le vis revenir, une demi heure plus tard, calmé, me disant que c’était bien qu’il n’ait retrouvé le voleur, car il était dans l’état d’esprit de lui rouler dessus avec ma voiture. Il m’a avoué qu’il avait été, dans sa tête, un meurtrier, dix minutes durant. Il en était à son quatrième vol de moto. Pourtant, mon époux est un homme calme, maître de ses nerfs, qui perdait très rarement son sang-froid, c’est dire le degré d’exaspération dans lequel il était arrivé.

J’avoue que ces dernières années, plusieurs affaires m’ont beaucoup touchée. Le 16 mai 1999, un citoyen, Joel Elie, avait tué, depuis sa fenêtre, d’une balle en pleine tête un jeune homme, Mounir Oubajja. Immédiatement, sous l’impulsion de SOS Racisme, le meurtrier fut accusé de racisme. La bien-pensance avait tranchée, c’était donc forcément un crime raciste. SOS Racisme et son vice-président de l’époque, Samuel Thomas – celui qui dit que le racisme anti-blanc n’existe pas – fut pris la main dans le sac de bidonnages de témoignages, et confondu devant le tribunal… sans que ce dirigeant ne soit inculpé pour autant.

http://www.liberation.fr/societe/0101356123-proces-vauvert-le-zele-de-sos-racisme

Dans les faits, cela s’avéra plus compliqué que cette version simpliste… On apprit qu’à Vauvert, les jeunes de la cité, essentiellement issus de la diversité, avaient pris l’habitude de squatter la place principale de la ville, et de mettre la pagaille dans les bars et les commerces, de manière souvent provocatrice. Les voitures étaient souvent l’objet de dégradations. Voyant, de sa fenêtre, ce jeune homme commencer à vandaliser sa voiture, l’homme a pris son fusil, et a tiré. Ce n’est pas bien, diront les gens, on ne tue pas quelqu’un pour une voiture. Certes, mais alors, quand la police n’est plus en état d’assurer l’ordre, que faut-il faire ? Descendre parlementer, et se faire casser la tête par une dizaine de racailles ? Regarder, la rage au corps, votre voiture se faire bousiller, et appeler la police, qui arrivera quand elle sera brûlée ? Continuer à subir, et à baisser les yeux ? S’organiser en groupes d’auto-défense ? Déménager, et aller vivre ailleurs, ou cela coûte plus cher ?

http://www.lexpress.fr/region/16-mai-1999-meurtre-raciste-a-vauvert_476268.html

Une autre affaire m’avait bouleversée, celle de Gaston Malafosse. Le 21 juillet 2005, les dépêches d’agence, souvent rédigées par l’AFP, nous apprennent que près de Béziers, un homme, qu’on a appelé immédiatement « le fou de Bessan » avait tiré sur une bande de jeunes, dans un accès de démance. Mis en prison, ce retraité se pendra deux jours après, dans sa cellule. Bénédicte Charles, de Marianne, quinze jours plus tard, se livra à une remarquable enquête, qui prend le contre-pied de la version officielle. On y apprend que depuis des années, des petites terreurs menaient la vie impossible au maire, Robert Raluy, et à Gaston Malafosse, qui étaient les deux seuls habitants à refuser de baisser la tête et les yeux devant leurs insultes, leurs provocations et leurs agressions.

http://www.marianne2.fr/LA-VERITABLE-HISTOIRE-DU-FOU-DE-BESSAN_a111208.html

Gaston Malafosse avait déposé plainte à plusieurs reprises, sans que cela ne change rien. A bout de nerfs, au bout de six années de ce régime, un soir, à l’issue de la provocation de trop, ce paisible joueur de boules leur a tiré dessus, s’est retrouvé en prison, et s’est pendu. Certes, ce n’est pas bien de tirer sur les gens dans la rue, mais que faut-il faire quand les délinquants et les racailles pourrissent la vie des habitants, bénéficient d’une impunité totale, et que l’Etat ne protège plus les citoyens ? Qui a réfléchi à ce qu’a enduré cet homme, pendant des années, et tout ce qui a pu lui passer par la tête ?

J’ai le souvenir d’un ami, aujourd’hui disparu. Un soir, nous l’avions invité à manger, avec son épouse et leur fils. Nous avions abordé cette question. Il était un militant de la Fédération Anarchiste, et un syndicaliste CGT reconnu. A notre grande stupéfaction, il nous avait dit qu’il était armé, et que s’il trouvait quelqu’un chez lui, en pleine nuit, il n’hésiterait pas une seconde, il tirerait. « J’ai une femme, j’ai un gosse, je n’ai pas le droit de prendre le moindre risque, ni pour moi, ni pour eux. Ils entrent chez moi, ils prennent leurs responsabilités, et je prendrai les miennes ». C’était exceptionnel qu’un homme de gauche ose dire cela aussi crûment.

C’était pourtant loin d’être un facho, notre copain anar… Il préférait tout simplement être vivant, et en prison, que de risquer la mort, et de se faire pleurer, comme ce couple de retraités de 76 ans, Jacques et Thérèse, torturés sauvagement et assassinés à coups de couteau, dans l’Oise, lors d’un cambriolage.

double-meurtre-de-retraites-dans-l-oise-un-cambriolage-qui-a-mal-tourne.html

Martine Chapouton

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