Vive la France, vive le peuple, n’en déplaise à la « gauche de la gauche »

Publié le 27 mai 2008 - par
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La vie politique et démocratique de notre pays est marquée par une crise profonde, une crise de sens, qui se traduit par un rapport litigieux du citoyen avec elle. Il y a une perte de confiance dans la République, dans les valeurs communes, mais pourquoi ? Les dernières élections présidentielles ont montré combien le peuple de France s’est trouvé désemparé face à deux faux choix et encore plus particulièrement le peuple de gauche. Les dernières élections municipales ont montré un taux de participation le plus faible depuis 50 ans. Il manque aujourd’hui de façon criante, un projet politique cohérent de société qui fasse alternative au libéralisme. Mais ce projet est en mal de voir le jour, dans le contexte de tabous qui entoure les grandes questions que soulève celui-ci à la gauche de la gauche, du côté de ceux qui s’attribuent de représenter les intérêts du peuple.

Il existe à la gauche de la gauche aujourd’hui, des forces qui font pression en faveur d’une pensée unique toute aussi destructrice que celle de l’Europe fédérale qu’on veut nous imposer de la droite au PS. Une pensée unique côté gauche dite révolutionnaire qui entend faire taire certains débats capitaux, mais aussi empêche par là-même que s’expriment dans les milieux populaires les expériences et les idées essentielles qui fondent un nouveau projet de société opposable au libéralisme.

Un politiquement correct gauchiste tourné contre le peuple, la nation et la République

Alors que la nation, comme souveraineté du peuple, est l’entité résistante à partir de laquelle mettre en cause le libéralisme, le cadre où le peuple a ses repères et sa mémoire collective, celle de ses luttes et de ses acquis, là où il est le mieux à même donc de se défendre contre la logique de la mondialisation, on ne peut s’en réclamer sans être immédiatement accusé de nationalisme, sans être pointé du doigt comme suspect, voire dangereux.

Parler d’un modèle social à défendre passe encore, dire que c’est le modèle social français c’est encore aux yeux de certains faire du nationalisme, avec en arrière plan l’idée qu’on ne saurait plus défendre aujourd’hui une quelconque dimension nationale à l’heure de l’autre mondialisation, celle qui proclame que nous serions tous des citoyens du monde et que ce serait à cette échelle unique que les choses se joueraient.

On peut pourtant s’interroger de la capacité réelle à être citoyen du monde de l’habitant du Soudan, de religion animiste, qui est soumis au Darfour à l’arme de la faim et de la guerre pratiquée par les dirigeants de la République islamique de son pays, qui pratique une politique d’élimination systématique de tout ce qui n’est pas musulman ? Ou encore, de la condition de citoyen du monde de celui qui en Birmanie vit sous une dictature et dans des conditions de pauvreté qui ne lui laisse aucune place à penser la question de sa liberté à côté de l’obsession de survivre.

Il n’y aurait rien de plus ringard que de penser que la France comme pays indépendant serait encore une valeur d’avenir sur laquelle se mobiliser, qu’elle pourrait exister sans l’Europe. Pourtant, semble-t-il, la France, avec sa conception de la citoyenneté qui porte au-dessus des différences le bien commun, sa laïcité qui nous protège contre l’hégémonie d’une religion sur nos consciences tout en garantissant le libre exercice du culte, un système de solidarité le plus avancé au monde avec ses services publics uniques, une République fondée sur un socle de valeurs Liberté-Egalité-Fraternité qui n’a rien de comparable ailleurs, est bien un contre modèle à l’individualisme anglo-saxon. La France s’oppose à ce type de société fait d’une juxtaposition de communautés bien séparées limitant au maximum les mélanges entre populations d’origines différentes, et ayant comme valeur dominante la réussite pour quelques-uns et dieu pour tous.

Colonialisme, esclavage, immigration, intégration, vote des immigrés, régularisation des sans-papiers, sécurité, islam… un seul discours autorisé !

Les attaques les plus virulentes contre la République et la nation ne viennent pas de la droite mais d’une gauche de la gauche qui ne cesse de la dénigrer. Encore là, si on ne crie pas avec les loups sur la question de la mémoire de l’esclavage, pour dire que la France doit affronter son passé et que la République a des comptes ici à rendre, on risque les pires accusations de forfaiture. Pourtant, il est utile de rappeler que s’il y a une histoire de l’esclavage qui concerne la République, c’est celle de son abolition car jamais ni esclavage ni traite négrière n’ont été pratiquées sous le drapeau de la République. Rappelons que l’esclavage a été aboli deux fois, une fois sous Robespierre juste après la Révolution de 1789 une fois proclamée les Droits de l’Homme et du Citoyen en toute bonne cohérence, et une fois immédiatement après la proclamation de la Seconde République en 1848.

Si on est anticolonialiste, on se doit de dire que la France à été l’auteur avec la colonisation d’un génocide à défaut de quoi, bien qu’elle n’ait jamais cherché à supprimer une quelconque population mais à l’exploiter, ce qui n’est absolument pas la même chose, on peut être traîné dans la boue. Et si l’on ose préciser que ce n’est pas la République qui s’est rendue responsable du colonialisme, que ses valeurs en sont tout le contraire, mais que c’est le capitalisme et des hommes politiques qui en étaient les alliés qui s’en sont rendus coupables, sans oublier que ce fut en héritant de ces colonies, pour l’essentiel des rois et de deux empereurs, on commet alors un crime de lèse majesté.

Si en plus on rajoute que le colonialisme n’a enrichi personne du côté du peuple, de ce peuple de France qui est celui qui s’est le plus mobilisé pour les indépendances, que celui-ci n’a en conséquence aucune raison de se culpabiliser et demander pardon à ceux des pays ex-colonisés qui ont choisi la France, on ne nous le pardonne pas. Pourtant, ceux qui défendent ce que nous dénonçons ici et disent être du côté du peuple, à travers combien d’amalgames l’affaiblissent, le démobilisent, le démoralisent…

Il l’empêche de prendre conscience de ce qu’il a à faire valoir, de ce dont il est porteur dans la continuité de ses acquis qui sont un modèle pour le monde.

N’aller pas plus critiquer le principe acquis, pour ces bien-pensants de la gauche dite révolutionnaire, de la libre installation des immigrés en France, et dire en plus que le principe de la nationalité aurait encore du sens. N’aller pas dire que notre pays ne peut pas accueillir sans limite et que les personnes d’origine immigrées rencontre des problèmes d’intégration parfois très importants, par exemple lorsqu’ils sont d’origine sub-saharienne, immigration qui n’a cessé de croître depuis trente ans, où la notion de famille nombreuse rime fréquemment avec une absence de conscience des enjeux éducatifs qui accompagnent ce genre de situation, qui commencent à poser des problèmes croissant dans nos cités populaires, dans l’école publique, dans la société.

Ne dites pas qu’un changement de culture entre un ailleurs et un ici, nécessiterait un passage complexe qui ne va pas de soi, que la polygamie et le mariage forcé qui connaissent un regain dans notre société sont liés à l’immigration et au développement en France de pratiques portées par ces populations auxquelles il faudrait faire une place limitée à la mesure du chemin qu’elles ont à parcourir pour acquérir d’autres références. Ne rajoutez pas de façon incorrigible que, « l’égalité entre tous » n’a pas de sens si la liberté en tant que responsabilité politique commune n’est pas placée à la même hauteur d’exigence, et qu’en dehors de ce rapport il n’y a pas de fraternité possible entre égaux.

N’allez pas dire qu’en donnant le droit de vote à toutes les élections aux étrangers on saborde toute notion d’appartenance à une communauté nationale qui a pour sens des valeurs que l’on acquière pas sans un minimum d’acculturation, de prises de conscience contenues à minima dans le processus d’acquisition de la nationalité. Là, attention, vous risquez de vous faire traiter rien de moins que d’ethniciste, de Maurrassien…

Si vous vous laissez aller à dire que la régularisation de tous les sans-papiers vous paraît un problème, parce que la France atteindrait les limites du possible en matière d’accueil des étrangers sur son sol, constatant que l’on voit fleurir un communautarisme de plus en plus revendicatif en rapport avec cette situation, attention, vous allez être accusé d’être favorable à un nouveau Vel d’Hiv prenant pour cible les étrangers, de collaborer ainsi à les faire déporter. Tout un vocabulaire historiquement daté est ici merveilleusement remis au goût du jour, pour intimider la moindre critique de ce politiquement correct à la gauche de la gauche qui mine notre capacité de penser.

L’instrumentalisation de l’immigré

Ne vous autorisez pas à expliquer que les jeunes casseurs de nos banlieues ne seraient pas des révolutionnaires de nouvelles génération mais une minorité en rupture avec la société, ne représentant nullement la banlieue et qu’il n’y a rien de glorieux à brûler les voitures des familles de la même cité parmi lesquels il n’y a aucun nanti, ou vous serez désigné d’anti-jeune, ou de Sarkoziste.

N’allez pas dire que la religion musulmane tend vers le communautarisme alors que le port du voile, pire, de la burka tendent à se banaliser au pays des droits de l’homme et du MLF, que ses représentants qui sont pour la limitation du droit d’expression, comme cela a été montré lors de l’affaire des caricatures dont ils demandaient l’interdiction, défendent une volonté d’influer de façon flagrante sur les choix politiques de notre pays, pour nous faire rompre avec une tradition de séparation des Eglises et de l’Etat mise à mal de tous bords. N’allez surtout pas dire que cette religion n’a pas fait son aggiornamento, sa modernisation, et qu’elle contient quelques archaïsmes extrêmement dangereux pour nos libertés et la démocratie et plus particulièrement encore pour le statut des femmes que le Coran déclare juridiquement inférieures… Cela est trop, c’est du racisme, de la xénophobie, du néo-colonialisme ! Vous risquez, si vous pensez tout cela, d’être tout simplement mis au banc de la gauche, que dis-je, de la société !

Ce qui ressort de ce petit examen, c’est que l’immigré est devenu l’homme nouveau à partir duquel décliner la réalité, celui qui symbolise toutes les injustices d’un Nord opposé au Sud, faisant ainsi un amalgame qui oppose le peuple des exploités de France additionné de façon indifférenciée aux riches qui vivent sur leurs dos, à ceux venus d’ailleurs. L’immigré est ainsi propulsé en lieu et place de l’ouvrier, mettant malheureusement dans cette analyse simpliste un point final à la lutte des classes, livrant ainsi Français et immigrés à la même exploitation…

L’immigré est aussi l’instrument de ceux qui vivent du système et ont besoin de se fabriquer une bonne conscience à peu de frais à travers sa défense inconditionnelle. Il est le cheval de Troie d’une attaque contre la nation qui est le propre de la haine que voue à cette dernière les gauchismes par dogmatisme internationaliste. Le gauchisme et le libéralisme s’entendent ici fort bien contre la nation sur le dos du peuple, en déroulant ainsi ensemble le tapis rouge à la mondialisation.

Le peuple agent de l’histoire, contre les censeurs du gauchisme bien-pensant

Ce que l’on veut nous faire oublier, du côté de la nouvelle bourgeoisie pseudo-révolutionnaire humanitariste, c’est qu’en France, à travers plusieurs révolutions, c’est le peuple qui a imposé un sens de l’histoire qui est celui de la nation, qui a édifié une possibilité nouvelle dans l’histoire donnant aux hommes la maîtrise de leur destin, c’est lui qui a poussé à ce que notre pays sache faire que les contradictions qu’il a pu rencontrer, nourrir, soient dépassées par toujours plus d’égalité, de liberté et de fraternité.

Ce que l’on veut du côté des tenants du libéralisme, c’est lui reprendre l’initiative, ce à quoi, ces faux soutiens des opprimés qui font de la morale contre la République, prêtent la main. Mais n’en déplaise à ces faiseurs, c’est le peuple qui fait l’histoire, un peuple qui a une mémoire, celle des révolutions de 1789 et de 1830, de 1848 et de la Commune de Paris, du Front populaire au programme du Conseil National de la Résistance à mai 68. Ce peuple qui est le nôtre a un pays, une identité, qui a apporté au monde des lumières nouvelles qui continuent d’être l’enjeu principal de notre temps, comme modèle de société, contenu dans l’essence d’une République laïque et sociale qui est notre bien et est encore à ses balbutiements, mais qui est la voie de toute libération. Voilà le cadre que nous devons faire fructifier en en défendant les valeurs sans complexe et contre toutes les dérives qui puissent en détruire la référence qui demeure une chance pour le monde.

Vive la France, vive le peuple, vive la nation, vive la République

Tous ces gens pour lesquels le mot France ou Français est un tabou, ne veulent surtout pas d’une nouvelle révolution qui remettrait en cause leur situation dans ce système où ils trouvent leur compte, bon en mal an, voire grâce à lui, vivent pour certains de leurs rentes. Ils concourent à travers une démarche essentiellement humanitaire à donner une place à chacun dans ce monde d’injustice, les uns à côté des autres sans rien résoudre sur le fond, sans rien proposer pour changer le système dans sa nature, jusqu’à donner des leçons de politique et de morale à un peuple que profondément ils méprisent.

Ils voudraient nous empêcher de penser par l’invective, l’intimidation, par l’opprobre, par la diffamation opposés à toute critique, sans jamais répondre sur le fond. Ce n’est de leur part qu’aveu de faiblesse. Ils voudraient nous faire abandonner le peuple pour qu’ils puissent vivre l’illusion de prendre sa place tout en confortant leur situation dans le système, à l’aune d’un politiquement correct brouillant les cartes à tout changement de société. Rien d’étonnant ici, car il n’y a pas de changement possible qui ne mette le peuple au cœur du projet d’un autre monde qui commence ici et maintenant, un peuple qui ne craint d’affronter aucune question, et pas n’importe quel peuple, le peuple de France, aux couleurs de sa République.

Guylain Chevrier

historien

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