Vivre sans Dieu, de Ronald Aronson

En compagnie d’Epicure et de Lucrèce, Ronald Aronson, professeur d’Histoire des Idées à l’Université Wayne au Michigan, met les dieux entre parenthèses. Pourquoi se préoccuper d’hypothèses inutiles qui nous tracassent et nous divisent ? Pourquoi perdre un temps précieux – nous ne disposons que d’une courte vie – alors que tant de tâches importantes nous requièrent ? À quoi sert de prier alors que, de toute façon, notre vie est totalement entre nos mains et qu’il s’agit, pour nous en sortir, d’être capables d’affronter la réalité ?
Spécialiste de Sartre et de Camus, Ronald Aronson analyse finement notre situation existentielle et nous rappelle avec force nos devoirs élémentaires de citoyens. Il décrit un art de vivre empreint du sens de la responsabilité, une sorte d’hédonisme lumineux, tellement nécessaire aujourd’hui pour résister à la morosité et au fatalisme comme à l’assaut des fanatismes religieux qui nous détournent de l’humain.

Car nous sommes les héritiers d’une double généalogie : sur le plan biologique, nous sommes redevables à toute la chaîne du vivant (Voyez Darwin !) ; sur le plan social, nous sommes les héritiers de tous ceux, même à l’échelle mondiale, qui ont construit le monde où nous vivons.
Dès lors, notre devoir est clair : nous nous devons, hic et nunc, de prolonger ce double héritage et surtout de le faire fructifier, pour nous-mêmes comme pour les générations futures.
La vie bonne est à bâtir et à rebâtir sans cesse, loin des querelles sectaires, vaines et dangereuses, loin d’une spiritualité dévoyée puisqu’elle nous arrache à notre tâche humaniste au nom d’un improbable surnaturel.
Vivons et mourons en hommes, apaisés par le sens du devoir accompli, du bonheur vécu et répandu, des joies de la culture. Ce faisant, régénérons le politique dont dépend surtout notre avenir. « Nous sommes à nous-mêmes notre providence et nos dieux », proclamait à juste titre Anatole France, trop oublié.
Ronald Aronson nous invite à une solidarité planétaire, instruite –il faut vouloir connaître-, vigilante –il faut oser penser– et agissante –il faut construire aujourd’hui et demain. Pour la concrétiser, il faut nous arracher aux marécages nauséabonds des superstitions ataviques et des traditions ignorantes et contraignantes. Il faut retrouver le dynamisme des Lumières.
Face à la marée montante des irrationalismes, source de barbarie, la leçon ferme, modeste mais essentielle de Ronald Aronson apparaît comme une mise en garde salutaire, mais surtout le chemin d’un avenir démocratique vraiment digne de ce nom, fait de citoyens conscients et de personnes libérées, épanouies, généreuses. Un livre de grand tonus laïque et qui serait fort utile pour inspirer une nécessaire éducation libératrice !
Nicole Decostre
Ronald ARONSON, Vivre sans Dieu, trad. Nicole Decostre, Ed. Mémogrames, Bruxelles, 2010, 235 pages, 22€ À l’É

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