Votre libre pensée disserte sur le doigt qui lui montre le croissant de lune

Cher M. Blondel,
Nous vous remercions d’être intervenu dans le débat que nous avons avec M. Pena-Ruiz en disant que vous n’allez pas intervenir. Votre libre pensée est férue non seulement de prétéritions, mais aussi de contradictions, qui prouvent qu’elle s’est totalement affranchie, non seulement de l’aliénation religieuse, mais aussi de toute prise en considération de la réalité.
Battant la campagne avec bonne conscience, votre libre pensée s’effarouche à l’idée que quelqu’un pourrait lui montrer le croissant de lune, et disserte sur le doigt qui le lui montre. Ne se référant plus à quelque chose de commun, à un objet autour duquel votre pensée pourrait tourner librement, elle ne peut que faire des procès d’intentions. Ainsi, vous nous accusez de jouer « les procureurs publics », d’avoir un « ego surdimensionné », et de « flatter la xénophobie ». C’est d’un comique tout stalinien : vous êtes ce procureur à l’ego tellement surdimensionné qu’il sait par avance quels débats « nous aident dans le combat nécessaire et permanent pour la laïcité de l’Etat » et lesquels non, et qu’il entend par conséquent interdire.

De toute façon, il n’y a pas encore de débat, car vous ne voulez pas voir la réalité. Comme pour M. Pena-Ruiz, la réalité est un scandale pour votre pensée rebelle, car elle exige soumission et humilité ! La réalité est terriblement monarchique : il n’y en a qu’une seule, et elle règne sans partage. De plus, elle ne permet le dialogue sensé entre les hommes qu’une fois que tous se sont prosternés devant elle, et qu’ils l’ont reconnue.
Si notre ton vous paraît péremptoire, c’est parce que nous essayons de nous faire les porte-parole de cette réalité. La violence et l’intransigeance de nos propos ne sont que le reflet de la violence et de l’intransigeance du monde qui nous entoure. Nous sommes fidèles à ce que nous voyons, c’est pourquoi nos discours se teintent de l’insupportable intolérance de l’unique réalité. Nous vous laissons tout le loisir de ne pas la voir et de chanter avec Florent Pagny : « vous n’aurez pas ma liberté de penser » !
Vous pouvez vous prendre en toute impunité pour Napoléon – je ne parle ni du Grand, ni du Petit, mais du cochon de La ferme aux animaux de George Orwell – et décréter que « Toutes les religions sont égales, mais certaines sont plus égales que d’autres ». Continuez à dire que toutes les religions se valent, mais que le christianisme est tout de même la « pire ». Méfiez-vous de la réalité, et poursuivez votre lutte « sur tous les fronts, au niveau international, européen, national et local, pour les grandes et petites choses. » Moins il y a de concret, plus on peut s’attribuer de « divisions », de légions d’anges libres penseurs, et de batailles fantasmatiques.
Délirer dans l’idéel, c’es ce que vous appelez d’une manière flatteuse « la recherche de la raison ». Dans cette sphère abstraite, vous pouvez à votre guise combattre, souffrir et vaincre, cela importe finalement très peu à quiconque. Mais, comme disait un certain Trotsky, que vous avez sans doute fréquenté dans votre jeunesse, tôt ou tard, on entend « le bruit de bottes du réel » à l’horizon. A ce moment-là, il sera trop tard pour se réveiller de sa liberté de penser.
Cordialement,
Radu Stoenescu
un donneur de leçons
http://librepenseefrance.ouvaton.org/spip.php?article358

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