Vous êtes un homme dangereux pour la démocratie belge, Richard Miller

Publié le 8 mars 2010 - par - 472 vues
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Lettre ouverte à Richard Miller

Monsieur, vous êtes le Président de l’Intergroupe Parlementaire du MR (Mouvement Réformateur), le parti libéral belge. Je le précise pour nos lecteurs français peu au fait des subtilités de la politique belge.

Vous m’avez interpellé suite à la publication de mon article « Belgique : le parti ECOLO allié objectif des Frères Musulmans » paru dans Riposte Laïque (N°127 du 8 février 2010). Et vous me dites :

« Permettez-moi de vous demander de diffuser, de la même façon que le texte ci-dessous, le fait que vous avez mal lu le Rapport que j’ai présenté devant le Congrès du MR, et que le mot « laïcs » y est bien présent. Par ailleurs, la totalité du Rapport prône l’impartialité et la neutralité de l’Etat : vous ne le signalez pas. Enfin, vous reprochez beaucoup aux autres de manipuler les faits. Mais vous-même ne dites pas un mot de l’attitude du Parti Socialiste, présent à tous les niveaux de pouvoir, et qui a de plus choisi de ramener le CDH dans tous les gouvernements. Il faudrait peut-être apprendre à vous appliquer aussi l’honnêteté intellectuelle nécessaire au libre-examinisme. »

Vous avez en effet été choqué que j’écrive en fin de mon article :
« Le parti libéral MR (Mouvement Réformateur), dont le chef de groupe à la Chambre a interpellé la ministre compétente suite aux révélations de Claude Demelenne et du Collectif Vigilance Citoyenne, a une attitude contradictoire. Il proteste contre cette nomination mais semble oublier que Fatima Zibouh a été nommée par une décision gouvernementale, donc par les ministres MR au pouvoir. Personne dans leurs cabinets ministériels pléthoriques n’a semble-t-il pris la peine de « screener » son profil. Ce n’est pas la seule contradiction du MR. Certains de ses parlementaires (Denis Ducarme notamment) jurent, la main sur le cœur, que jamais ils n’accepteront l’adoption des « accommodements raisonnables », oubliant un peu vite que les Assises de l’Interculturalité chargées d’explorer et de faire des propositions en la matière ont été mises en place par le gouvernement auquel ils appartiennent. Et cela n’augure rien de bon lorsque l’on constate que le mot laïcité a purement et simplement disparu du nouveau programme politique de ce parti qui est l’héritier du Parti Libéral fondé par des libre-penseurs au 19ème siècle. »

Ancien membre de votre parti, auquel j’ai adhéré il y a 36 ans et où j’ai assumé des responsabilités, j’ai très bien lu le nouveau Manifeste du MR que vous avez rédigé. Un document porté par le seul mandataire MR présent lors d’une manifestation ouvertement antisémite. J’y reviendrai.
En fait, j’ai dû le lire à sept reprises, n’en croyant pas mes yeux. Oui, Monsieur Miller, le mot « laïcs » est cité ; mais à une seule et unique reprise : page 5 dans la phrase « Il (le MR) rassemble croyants et non-croyants, laïcs, catholiques, protestants, juifs, musulmans…, en vue de bâtir une société de justice, de prospérité et de solidarité. »

Comme si laïc était le fait d’appartenir à une religion.

Le mot « laïcité », quant-à-lui n’est pas cité une seule fois sur les trente-cinq pages, comme si c’était une nouvelle maladie honteuse. Incroyable, au moment où sa survie est mise en cause par les nouveaux bigots. Vous ne croyez manifestement plus en la laïcité dont dépend la paix et la concorde civile.

Comment expliquez-vous l’abandon manifeste d’une valeur fondatrice du Parti Libéral au 19ème siècle ?

Une laïcité définie comme active par Daniel Ducarme, ancien président du MR, dans un appel vibrant publié en mars 2009 (Appel humaniste à l’Europe : non à Durban II, oui à la laïcité active) et dont l’ensemble des propositions a été balayé d’un revers de main méprisant ; comme son appel au boycott de Durban II auquel vous avez expressément refusé, à l’époque, de vous joindre.

Au-delà de la lutte pour la laïcité, il y a le combat à mener contre le communautarisme de la société et vous ne le proposez pas. L’Europe est influencée par la conception anglo-saxonne des rapports entre la religion et l’Etat, ainsi que par le multiculturalisme. Or il faut imposer la conception universaliste des Lumières qui consiste à faire passer la notion de citoyen avant celle de juif, de noir, de maghrébin, d’homosexuel, d’hétérosexuel, etc. Il faut arriver à faire comprendre que ce qui nous réunit est l’idée que notre civilisation a de l’homme.

J’ai relu votre rapport jusqu’à en avoir mal aux yeux à force de chercher le mot libéralisme qui n’apparaît qu’à trois reprises : une fois dans un titre et deux fois dans le texte.

Pour le reste, le document que vous avez rédigé est d’une banalité affligeante, si j’avais du remettre ce type de travail, en première année de Science Politique, j’aurais été busé à la vitesse de la lumière.

Votre brillante idée de mettre « l’humain » au centre des préoccupations est un gadget sans signification. Cela veut dire quoi « s’occuper de l’humain » ? On le fait tous, non? Tous les partis s’occupent de l’humain et non des chiens ou des chats.

La référence à une société interculturelle est encore plus affligeante, personne ne parviendra à me démontrer qu’il s’agit d’une définition différente d’une société multiculturelle. Car si la notion de l’interculturalité laisse entendre qu’on puisse atteindre une société dans laquelle plusieurs cultures coexistent sur pied d’égalité, sans aucune intégration à une culture dominante, il faut repousser ce concept comme inconsistant et dangereux pour notre civilisation.

Mais vous êtes un grand spécialiste des cultures. Ainsi pour justifier votre militantisme en faveur de l’adhésion de la Turquie islamiste à l’Union Européenne vous écriviez dans une Carte Blanche parue dans le journal bruxellois Le Soir (13 février 2008) :

« Notre philosophie, notre façon de penser le monde et la vie est née dans cette partie du monde. Après Thalès, ce furent, toujours à Milet, Anaximandre et Anaximène. Ensuite, après un déplacement de la philosophie vers l’Italie et la Sicile, c’est à nouveau dans l’actuelle Turquie qu’apparaissent Héraclite d’Ephèse et Anaxagore, qui vint séjourner à Athènes et fut un proche de Périclès, fondateur de la démocratie. »

Quel beau raccourci intellectuel pour faire avaler la pilule. Oui Monsieur Miller, notre civilisation a pris naissance dans les cités grecques situées dans l’actuelle Turquie. Les Grecs y ont vécus jusqu’au début du siècle passé qui a vu leur massacre méconnu (350.000 grecs exterminés par les Turcs dans les 20 premières années du siècle), la spoliation de leurs biens et pour finir leur expulsion définitive des terres de leurs ancêtres par la barbarie de ceux dont vous voulez faire des Européens. Depuis le génocide de ses minorités européennes, la Turquie démontre que si elle a effectivement adopté les outils de notre modernité, elle en rejette depuis toujours les fondements ontologiques. Elle n’a jamais présenté d’excuses, jamais reconnu la faute, jamais indemnisé les descendants. Et elle ne le fera jamais.

Votre fascination pour l’islam est évidente et vous êtes le compagnon de route de son expansion.

C’est Henri Goldman, directeur de Politique, la revue des bobos de gauche, qui le rappelle sur son blog : « … le député wallon Richard Miller terminait ainsi sa lettre à la rédactrice en chef du Vif/l’Express après la publication du numéro controversé du 29 août 2008 titré Comment l’islam menace l’école? : « Les Québécois, notamment, développent une pratique appelée accommodements raisonnables qui pourrait, plus utilement, faire l’objet d’une enquête par le Vif/l’express, magazine de qualité. » ajoutant « Richard Miller, qui s’est toujours montré intéressé par l’expérience québécoise comme d’autres libéraux, sait bien que les valeurs fondamentales ne sont nullement en cause dans la plupart des demandes susceptibles d’accommodements. » et plus loin « Il n’est donc nullement étonnant que le premier groupe politique à avoir découvert les accommodements raisonnables ne soit pas un groupe de gauche : il s’agit de la Fédération des étudiants libéraux qui organisa, dès octobre 2007, la première (et à ma connaissance la seule) mission d’études au Québec pour s’inspirer des politiques d’intégration des communautés culturelles à l’œuvre dans ce pays ».

Il est clair que sous votre influence votre parti, le MR, prépare ses électeurs à l’acceptation des « accommodements raisonnables » qui seront rebaptisés d’un autre nom pour faire passer la pilule. D’ailleurs le MR a approuvé et soutenu la création de ces pseudos « Assises de l’Interculturalité » lors de l’actuel accord de gouvernement. Or ces assises ont pour objet « la définition d’une politique d’ « accommodements raisonnables » en matière d’interculturalité ».

Votre parti ment à l’électeur lorsqu’il affirme la bouche en cœur qu’il n’acceptera jamais ces « accommodements raisonnables » et vous êtes partie prenante dans ce mensonge ! Comme tous vos camarades qui jurent leurs grands dieux qu’ils renforceront l’interdiction du voile islamique dans la fonction publique et qui mentent. A preuve cette femme voilée (N.M.), expert financier, qui travaille au ministère de la politique scientifique, rue de la Science à Bruxelles, dans l’entourage immédiat de votre ministre MR Sabine Laruelle. Une voilée qui n’a jamais fait l’objet de la moindre sanction (je vous fournis son nom, son téléphone et son mail sans problème). N’est ce pas votre parti qui a adopté en septembre 2009 « dix propositions pour favoriser le vivre ensemble » ? Et qui précisent « Ces propositions incluent l’interdiction du port de tout signe «convictionnel», c’est-à-dire évocateur d’une religion, quelle qu’elle soit, d’une appartenance politique ou philosophique par les personnes employées dans les administrations, les entreprises publiques, l’enseignement, les assemblées élues, ainsi que par tous les élèves de l’enseignement officiel, garçons et filles ».

Vous mentez honteusement à vos électeurs. Entre ce que l’on dit et ce que l’on fait il y a une marge qui s’appelle la trahison.

Cette pratique des « accommodements raisonnables » est la gestion communautariste des revendications religieuses musulmanes. Elle consiste à négocier, de façon quasi systématique, un assouplissement de la règle ou de la loi afin de rencontrer les exigences d’un individu ou d’un groupe minoritaire. Dès qu’un de ceux-ci se sent discriminé, il peut enclencher un processus de négociation avec l’institution ou l’entreprise concernée, qui aboutit soit à un accord à l’amiable, soit à un recours devant les tribunaux. La discrimination présumée portera systématiquement sur la religion dans un contexte où les musulmans font le forcing pour réintroduire le religieux dans l’espace public. Et traitent d’islamophobes ceux qui tentent d’endiguer leur offensive.

Les accommodements raisonnables sont une aubaine pour ceux qui sont davantage soucieux d’islamiser notre mode de vie que de s’intégrer dans une société laïque. Tous les fondamentalistes exercent ce chantage sur les démocrates : « Assouplissez les lois et les règlements pour que nos prescrits religieux aient partout droit de cité. Si vous refusez, vous êtes des intolérants et nous vous traînerons devant le tribunal. ».

Les accommodements raisonnables c’est la séparation entre les « purs » (eux) et les « impurs » (nous), c’est le développement séparé, ce qui en d’autres temps s’appelait l’apartheid, une pratique condamnée par l’ONU à une époque où cette dernière n’était pas inféodée aux pays islamiques. Déjà la Chambre de Commerce de Bruxelles, dirigée par des membres MR, certifie des chambres d’hôtel « hallal » c’est-à-dire des chambres non-utilisée par des impurs ! Une honte payée par le contribuable.

Je pense, comme l’a admirablement exprimé Willy Wolsztajn, que « Les accommodements dits “raisonnables” sont une fumisterie. Ils visent à séduire une population conservatrice et dévote. Tout un courant politico-intellectuel (de manière absurde, principalement athée) de gauche mais aussi libéral se sent pétri de mansuétude à son égard. Féru du téléprédicateur islamiste pseudo moderne Tariq Ramadan, à grandes giclées de sociologisme sirupeux, il s’abstient de la contrer, sous prétexte que, fragilisée, elle se trouve en butte au racisme, aux discriminations et à la pauvreté – condition sociale certes bien réelle et révoltante. Faut-il pour autant baisser pavillon devant un puritanisme rance, un traditionalisme prétendument religieux, un patriarcat oppressant ? Saisissante façon de tirer son épingle du jeu ! Eloquente illustration du paternalisme, du mépris et de l’insulte parfois contenus dans le mot “tolérance”! “Mais mon bon monsieur, mais ma bonne dame, ces gens sont des immigrés. Ils s’accrochent à des mœurs d’un autre âge ? Il faut les comprendre, voyoooons. Et, de vous à moi, laissons-les se débrouiller entre eux.” On hume comme un fumet de trahison envers les grands héritages libérateurs, ceux de Victor Hugo, Emile Zola, Jean Jaurès, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir,… »

La bigoterie en marche aspire à recléricaliser la société. A Bruxelles comme à Paris ou à Londres, la mouvance islamiste est dans la démonstration de sa force et de son arrogance et vous, Richard Miller, faites partie des idiots utiles de service.

Au contraire de votre action, il y a lieu de réfléchir au type de société dans laquelle nous voulons vivre, une juxtaposition de communautés ne se mélangeant pas ou une société fondée sur la reconnaissance de valeurs qui transcendent les particularismes, fussent-ils religieux.

Mais vous êtes comme beaucoup d’hommes politiques plus intéressé par le racolage électoraliste que par la défense des valeurs fondamentales. Et votre parti, le MR, est devenu à votre image : un mouvement racoleur. Comme vous, plus intéressé par les maroquins ministériels que par la défense des valeurs de notre civilisation. Vous nous le démontrez vous-même en me disant « Mais vous-même ne dites pas un mot de l’attitude du Parti Socialiste, présent à tous les niveaux de pouvoir, et qui a de plus choisi de ramener le CDH dans tous les gouvernements. ». Vous êtes pathétique Monsieur Miller et je me contrefiche comme calembredaine que vous et vos amis ne soyez pas ministres !

Ce qui m’intéresse c’est de savoir à quel moment vous avez protesté lorsque Mahinur Ozdemir a pénétré dans une assemblée parlementaire avec son voile islamique. La présidence de cette assemblée était assurée par une député MR qui avait seule le pouvoir de police de l’assemblée propre à empêcher cette forfaiture. La contraindre à enlever son foulard serait-ce la forcer à renoncer à ses convictions religieuses ? Faibles convictions que celles qui tiennent à un bout de tissu.

Vous ai-je entendu protester lorsque la néo-réactionnaire voilée Fatima Zibouh fut nommée au conseil d’administration du Centre pour l’Egalité des Chances présidé par votre ami le MR Hervé Hasquin ?

Vous ai-je entendu protester lorsqu’un jeune rappeur hurle dans un clip « J’épouserai le Maroc après avoir baisé la Belgique » ? De même lorsque ce Centre pour l’Egalité des Chances, présidé par le pseudo-libéral Hasquin, rejette une plainte sur cette chanson en arguant qu’il s’agirait de paroles « entrant dans le cadre de la liberté d’expression » ?

En réalité votre principal fait d’armes s’est déroulé le 11 janvier 2009 lorsque, dans les rues de Bruxelles, vous vous êtes joint aux courants islamiques les plus extrêmes dont les slogans à la gloire du Hamas et du Hezbollah transpiraient la haine de l’Occident et de ses valeurs. Une manifestation ouvertement antisémite que vous avez accompagnée jusqu’au bout et qui fut une journée noire pour la démocratie. Un an après vous n’avez toujours pas expliqué pourquoi vous êtes resté impassible lorsque l’on criait à vos côtés « les juifs au four ».

Honte à vous Richard Miller.

Honte à vous pour avoir qualifié les démocrates du nouveau Parti Populaire, créé par Mischaël Modrikamen, d’extrémistes de droite parce qu’ils s’opposent à vos amis islamistes. En bon démagogue que vous êtes, vous avez ouvert la porte à toutes les dérives verbales. C’est vous qui avez permis à Mahinur Ozdemir, la passionaria islamiste du parlement bruxellois, de nazifier dans une interview les adversaires de l’islamisation et d’Eurabia.

On ne m’enlèvera pas l’idée que vous êtes un homme dangereux pour la démocratie.

Aldo-Michel Mungo

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