Vous étiez de mèche avec eux, monsieur Poinsot !

Publié le 24 juin 2008 - par
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Si notre revue est « édifiante », parce que, selon vous, elle peut écrire « tant d’inepties en se drapant si maladroitement de nos plus beaux principes républicains », votre lettre l’est encore plus, car elle témoigne d’un faux attachement aux principes républicains qui se dissimule vaniteusement dans l’ineptie.

Vous démarrez très fort en affirmant avec la plus grande impudence avoir su si bien « agir » sans attendre nos « offuscations affectées », alors que vous n’avez pris, de votre propre aveu, des dispositions nécessaires qu’une fois avoir eu « connaissance de la communication faite sur internet de ce tournoi de basket féminin » ! Puisque vous n’avez veillé à rien du tout, vous tentez maladroitement d’inverser le cours du temps, pour vous attribuer une réaction opportune, qui ne fut déclenchée que par le tollé que nous avons soulevé ! Vous avez mis six jours pour réagir immédiatement à un problème que vous ignoriez, et vous omettez de répondre à toutes les questions que nous vous avons posées, notamment, sur les liens entre vos contribuables exotiques et le Comité de Bienfaisance et Secours palestinien, branche du mouvement notoirement pacifique Hamas. (1)

Ensuite, vous prenez la défense de l’Association culturelle de Musulmans de Vigneux, en prétendant que tout cela n’est qu’une erreur de « communication » de leur part. M. Ezdine Ould Mohamed, président de la dite association, dans un piteux exercice de manipulation qui ne trompe personne, prétendit aussi que la mention qui mit le feu aux poudres, « entrée du gymnase strictement réservée aux femmes » n’était qu’une mauvaise interprétation de l’intention initiale de réserver ce tournoi uniquement aux joueuses féminines.

Mais si cela n’était qu’une erreur de communication, s’il ne s’agissait au fond que d’une faute de frappe sur le tract, excusable peut-être au nom d’une supposée maîtrise approximative du français de ces nouveaux laïques vigneusiens, pourquoi annulez-vous donc l’événement ? Si l’information est mal passée, si le tract et seulement le tract ment, pourquoi ne maintenez-vous pas l’événement sportif, en autorisant l’accès des hommes dans ce gymnase républicain ? Car s’il n’y a eu qu’un malentendu, et si les braves citoyens laïques, dont vous êtes le représentant effarouché par notre extrémisme, n’avaient nullement l’intention de faire aucune ségrégation réelle en ce dimanche du 29 juin 2008, pourquoi annulez-vous cette tant attendue compétition de basket intermosquées ? Ainsi, votre piètre excuse, associée à la décision de suspendre cette rencontre, ne fait que prouver l’intention ségrégative initiale, et le mensonge patent des organisateurs de cet événement, dont vous vous faites honteusement le porte-voix. Que vous accréditiez la thèse maladroite du « problème de communication » ne peut que nous faire penser que vous étiez de mèche avec eux depuis le début, et que vous feignez à présent la surprise, tout aussi maladroitement.

Cependant, non content de dissimuler votre incompétence en vous attribuant les fruits de notre vigilance, vous nous faites un procès stalinien digne de l’ère de Brejnev. Du haut de votre tolérantisme outré, vous nous intimez de nous taire, et vous nous considérez comme des « délirants obsessionnels » en proie à des « phantasmes islamophobes », qui ne sont par ailleurs selon vous qu’« anachroniques ». A quand l’internement pour déviation de la ligne du Parti ?

Dans le style inimitable du lyrisme lyncheur, vous affirmez que le « prisme musulman nous chatouille », parce que nous pensons que « la charia avance ». Quel prisme ? Il nous chatouille où ? Comment un « prisme » pourrait-il « chatouiller » ? Pourquoi y aurait-il du mal à être chatouillé, d’ailleurs ? « Il est temps qu’on arrête avec ces anachronismes », nous dites-vous, ce qui est une brillante formule tautologique, car il est patent que le présent n’en finit pas d’en finir avec le passé à chaque instant.

Certes, dans le nouveau monde radieux dans lequel vous voulez nous faire croire que nous vivons, dans ce présent que vous nous sommez d’accepter sans concession, il n’y a plus la place pour l’inquiétude, pour la critique acerbe, tout cela n’est qu’un délire, une phobie, une déviance psycho-pathologique. Non, vraiment, quels imbéciles nous sommes, il suffirait « d’aller à la rencontre de l’Association Culturelle de Musulmans de Vigneux pour en mesurer la prétendue dangerosité. Les femmes et les hommes qui la composent seront, à n’en pas douter, ravis de (nous) expliquer leur attachement à la République et à ses valeurs. »

A Vigneux, grâce à votre action municipale, à votre police pour la répression du vice et la promotion de la vertu, on peut croire tout le monde sur parole, personne ne ment, il serait délirant de ne pas croire quelqu’un quand il vous dit qu’il vous aime ! Quelle idée folle que d’en douter ne serait-ce qu’une seconde ! Quelle extravagance d’oser supputer « un seul instant » qu’un « Maire de France » puisse être un opportuniste incompétent et clientéliste ! Non, vraiment, il faut être fou pour oser « se faire une idée » négative d’un tel parangon de vertu ! Il est Maire de France, sacrebleu !, de la France qui « se distille » !

Un seul mot suffira pour démonter votre bel optimisme intéressé quant à l’attachement à la République de vos contribuables, et ce mot, c’est le président malheureux de vos musulmans locaux qui l’a prononcé : « On respecte les lois de ce pays, on les connaît très bien. » (2) Les lois de CE pays, a-t-il dit, non pas de NOTRE pays. Tout le problème de l’intégration est dans l’emploi de ce pronom démonstratif au lieu d’un pronom possessif !

Pour tout argument, vous nous ordonnez d’une manière péremptoire de nous comporter en enfants stupides et crédules, et vous vous permettez d’adopter envers nous le ton malvenu d’un père goguenard, en disant « N’ayez pas peur, la banlieue, ce n’est pas aussi terrible que cela… ». Comme si on vivait sur la Lune et que l’on ne les connaissait pas, ces banlieues-là ! Puis, essayant de montrer que vous n’êtes point sot, vous avancez un début d’explication cataclysmique de votre optimisme béat, opposé à notre affreux « manichéisme » désuet : « L’individu-citoyen, coupé de ses allégeances primaires n’existe plus. C’est un mythe qui n’est plus opératoire de la Nation France. La construction de l’identité nationale ne se décrète pas, elle se construit au travers d’un processus de socialisation plus complexe que par le passé. »

Le voilà donc, le fond du problème: nous sommes des fossiles vivants, les restes non éliminés par votre tolérantisme niais, nous existons encore, nous les individus-citoyens, qui croyons encore à ce « mythe » de la Nation France. La preuve : vous nous avez rencontrés ! Quand aux « allégeances primaires », vous êtes-vous demandé quelles étaient celles de vos gentils basketteurs du dimanche ? Vous êtes vous demandé si ces allégeances primaires à Allah, à la Oumma, au Hamas, au Coran étaient compatibles avec l’allégeance « secondaire » à la République ? Quel terrible aveu d’ailleurs, pour un élu du peuple, qui est censé veiller au bien commun, de faire passer l’allégeance républicaine après l’allégeance religieuse ! Et pensez-vous réellement que les « liens particuliers » avec les fanatiques qui contrôlent la bande de Gaza puissent « fortifier le lien général » avec la communauté nationale ? Par quelle ruse de l’ineptie êtes-vous arrivé à cette fantastique conclusion ?

Vous le dites très bien, M. Poinsot, la République entre vos mains est devenue une pédagogie, « elle s’enseigne, elle se distille, elle se fait comprendre mais elle ne se décrète plus. » C’est-à-dire, dans votre novlangue doucereuse et maternaliste, elle ne se fait plus respecter. La République se distille, en effet, elle est de plus en plus éthérée, un effluve qui plane sur des ruines, une volonté sublimée, une volonté de sublime, de tolérance, de paix, de vivre-ensemble. Il suffirait d’imaginer De Gaulle en train de dire « la République se distille » pour comprendre dans un éclat de rire quel saut acrobatique dans le néant a accompli depuis le 18 juin 1940 la sottise poinsotte, qui n’en finit pas de ronger glorieusement les os du gaullisme. (3)

Cependant, M. le Maire, vous n’êtes tolérantiste que pour mieux exclure toute attitude contradictoire et tranchée. Vous achevez votre piteuse missive en vous vantant de ne tolérer aucune leçon de morale républicaine, tout en nous proposant de nous enseigner le respect et le dialogue. La pédagogie point sotte, c’est une néo-rééducation stalinienne. Cher Monsieur, nous ne sommes pas vos élèves, et vous avez tort de chercher à nous infantiliser. Si vous pratiquiez véritablement le respect, vous ne nous parleriez pas comme à des enfants débiles. Si vous saviez encore ce qu’est le dialogue vous ne traiteriez pas comme des manifestations de folie nos propos dérangeants. Votre respect et votre dialogue ne sont que les oripeaux dans lesquels se drapent votre démission et votre intolérance souriantes, aussi sommes-nous particulièrement fiers de n’en rien comprendre.

Radu Stoenescu

www.philo-conseil.fr

(1) http://www.cicad.ch/index.php?id=45&tx_ttnews%5Btt_news%5D=27&tx_ttnews%5BbackPid%5D=29&cHash=4c1eac049b

(2) http://fr.news.yahoo.com/afp/20080619/tfr-religion-sport-collectivites-f56f567.html

(3) http://www.mairie-vigneux-sur-seine.fr/spip.php?article467

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