Xavier Raufer, criminologue : « La culture de l’excuse est une idéologie transcourant »

Publié le 13 septembre 2010 - par - 1 196 vues
Share

Riposte Laïque : Vous êtes un criminologue reconnu, on vous voit parfois sur les plateaux de télévision, où vous jouez souvent le rôle du méchant, refusant l’angélisme et le discours de l’excuse. Vous ne croyez vraiment pas que la situation sociale puisse expliquer la délinquance ?

Xavier Raufer : ce n’est pas une question de croyance, mais de comparaison entre données objectives. Améliorer la situation sociale des gens (notamment, réduire le chômage) est en soi fort souhaitable – mais cela ne change pas d’un iota les situations criminelles. Je cite ici Lionel Jospin, qui avoua en mars 2002 : « “Sur la question de l’insécurité, j’ai pêché par naïveté. Je me disais pendant un certain temps que si on fait reculer le chômage, on fera reculer l’insécurité. Or 928.000 personnes ont retrouvé un emploi et cela n’a pas eu d’effet direct sur l’insécurité ».

RL: Voyez-vous une grande différence, depuis trente ans, entre la politique de la gauche et de la droite, sur les questions de sécurité ?

Xavier Raufer : La culture de l’excuse n’est pas l’apanage d’un seul parti politique. On trouve au PS des réalistes et des rêveurs, idem à l’UMP. C’est une idéologie “transcourants”, elle existe dans les deux grands partis de gouvernement.

RL : Certains de vos détracteurs s’appuient sur votre passé d’extrême droite – que nous ne cachez pas – pour discréditer votre discours actuel. Que leur répondez-vous ?

Xavier Raufer : j’adore – il est toujours préférable d’avoir des adversaires gâteux que malins. Car ces mêmes hérauts de la « culture de l’excuse » dénoncent chaque mois à grand cris le “viol du droit à l’oubli”, par exemple pour le voyou Cesare Battesti, pour M. Soumaré et autres – j’ai une amusante collection d’articles s’indignant des rappels du passé de tout un pittoresque lot de braqueurs, dealers, etc., les coqueluches du journalisme-bobo. Ainsi, même le pire assassin a droit à l’oubli – mais pas Raufer, qui milita dans un mouvement dissous voici 42 (quarante deux) ans et ne fut jamais condamné à rien. Comme je ne conduis pas les voitures, je n’ai même jamais eu une seule contravention – ma virginité est exemplaire ! Je suis une sorte de rosière du casier judiciaire. Si j’avais occis une vieille dame et purgé vingt-deux ans de prison, j’aurais payé ma dette à la société depuis vingt ans et nul ne pourrait rappeler l’homicide. Or nos exigeants défenseurs des droits de l’homme et contempteurs des longues peines bêlent encore sur Occident. Dans les faits, l’appartenance à Occident est désormais la seule réelle “perpète”. Mais tant mieux ! Ca prouve que finalement, les bobos-gagas n’ont rien de sérieux à dire.

Riposte Laïque : Comment expliquez-vous que le président de la
République, Nicolas Sarkozy, qui paraît avoir pris ce dossier à bras le corps depuis huit ans, se retrouve en situation d’échec, alors qu’il est à la tête de l’Etat depuis trois ans ? Cela signifie-t-il qu’il n’y ait plus rien à faire, si même un homme déterminé comme lui n’y arrive pas ?

Xavier Raufer : Je ne suis pas de ceux qui critiquent l’administration et l’appareil d’Etat. Je les vois fonctionner et franchement, si on les compare à ceux des autres pays d’Europe, leur travail est honorable. Il y a juste une rigidité qui les empêche de détecter à temps les problèmes sérieux, donc ceux-ci s’enkystent et traînent interminablement ; et une certaine difficulté pour des dirigeants politiques à imposer leur volonté à de hauts fonctionnaires issus de la même caste qu’eux, avec lesquels ils sont trop en connivence.

Riposte Laïque : Quand un homme politique vous demande conseil (ce qui doit arriver), que lui répondez-vous ? Quelles mesures d’urgence faudrait-il prendre ?

Xavier Raufer : je n’ai pas deux discours, un pour les dirigeants politiques et un autre pour le public. Je ne conseille rien d’autre que ce que j’écris. Voyez mes articles sur mon site www.xavier-raufer.com. Là est l’essence de ce que je dis et répète aux politiciens.

Riposte Laïque : Vous avez eu quelques malheurs avec ceux que nous appelons les petits commissaires politiques de l’anti-racisme. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs les tracasseries qu’ils vous ont fait subir ?

Xavier Raufer : Ceux que Philippe Muray qualifiait génialement de “matons de Panurge” ont fait exprès (car on ne peut être idiot à ce point, vraiment) de croire qu’une émission décrivant la criminalité de certains nomades balkaniques, salissait en fait délibérément tous ces nomades. Ce qui est l’exact inverse de la vérité – dénoncer les mafieux en Sicile, n’est bien sûr pas dénigrer tous les Siciliens mais au contraire révéler la situation dramatique de la population, et susciter ensuite une réaction anti-mafia ! Cela, la justice l’a bien compris, dommage pour les matons.

Riposte Laïque : Pensez-vous que la construction de mosquées, présentées souvent comme l’antidote de la délinquance, et justifiant des accommodements raisonnables avec la laïcité, soit la bonne solution, pour freiner la délinquance juvénile ?

Xavier Raufer : comme criminologue, je ne possède nulles données vérifiées et plausibles dans un sens ou dans l’autre – comme quoi la présence d’un édifice cultuel aurait quelque effet positif ou négatif sur la délinquance ou la criminalité. Donc dans l’état actuel du dossier, je ne puis vous répondre.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.