A celles qui ont toujours eu la chance de vivre dans une société désacralisée…

APPRENDRE DU PASSE POUR COMPRENDRE LE PRESENT

Tous les spécialistes de l’esprit humain vous diront que l’homme passe sa vie d’adulte à compenser sa jeunesse. Son comportement et la compréhension qu’il a du monde qui l’entoure, résultent autant de ses expériences que de celle de ceux qui l’ont élevé et cotoyé depuis sa naissance. Cet état de fait nous interpelle : en effet, nous sommes tous confronté dans notre combat contre la théocratisation de la France à des interlocuteurs souffrant d’aveuglement et de panurgisme aigu. Nous oublions qu’ils sont parfois trop jeunes pour avoir connu notre pays tel qu’il a été il n’ya pas si longtemps à savoir une république inféodée aux diktats des religieux catholiques de l’époque. A ses ces pires « aveugles qui ne veulent pas voir », je leur conseille d’interroger leurs mères et leurs grands-mères et de leur demander le récit de leur scolarité sous l ‘égides des « bonnes » soeurs ou des « frères », de leur vie sociale d’alors quand elles ont atteint l’âge où on aime à s’amuser et qu’on entre dans la vie.
J’ai 50 ans, j’étais donc une petite fille qui allait à l’école en 1965, j’ai été adolescente dans les années 70. Heureusement pour moi, l’influence de nos chers éclésiastiques s’était alors considérablement flétrie, leurs méthodes d’enseignement sérieusement adoucies. Des bonnes soeurs m’ont fait la classe, très sévères pour la plupart, mais on ne m’a jamais frappée. Les moeurs étaient encore très rigides mais le carcan se desserrait lentement. Néanmoins, j’ai eu la chance d’avoir dans ma vie une mère et une grand mère qui m’avaient depuis longtemps mise en garde contre la dictature religieuse et l’esclavage féminin qui allait de soi. Il faut dire qu’elles en avaient bvé! Ma mère a connu l’école comme une prison obligatoire ou régnait la toute puissance des religieuses aigries, hystériques et rendues folles par l’excès de religion et la frustration sexuelle. A l’époque, dans cette petite ville de 3000 habitants où tout le monde se connaissait, officiaient jusqu’à 3 curés.
Les familles les plus riches mettaient un point d’honneur à les avoir à leur table, ils étaient fort bien nourris, l’église était pleine. Les bonnes soeurs de l’école fréquentaient assidument les messes pour y repérer les élèves absents et les fustiger dès le lendemain, les coups de règles pleuvaient alors, les insultes, les brimades. Les petites filles pleuraient et quand elles osaient se plaindre à leurs parents elles recevaient une seconde gifle. Personne ne mettait en doute l’autorité des religieux, personne ne protestait. Dans cet équipe de curés et de bonnes soeurs, certains se distinguaient par leur bonté et leur sagesse, d’autre ne se sentaient plus de pouvoir et d’importance. C’est ainsi qu’un jour, le brave curé dont je tairai le nom, une sorte de frère Jean, bon vivant et aimé de tous, prit l’habitude de mettre sa main entre les jambes de ma mère quand il venait acheter son beurre dans la ferme de mes grands parents. Elle avait alors 15 ans et bien que vivant dans un milieu très modeste et plutôt fermé, elle eût l’intelligence d’en parler à sa grand mère. Celle prit l’habitude de cacher la petite, quand venait le bon père. Bien entendu le brave homme de robe ne fut jamais inquiété. On sut plus tard, beaucoup plus tard, qu’il s’était fait « jeter » d’une prestigieuse paroisse à Nantes pour atteinte aux bonnes moeurs et qu’il avait un fils!
Dans cette petite commune rurale, il fallait marcher dans les clous, sinon gare au qu’en-dira-t’on! Il faut bien se rappeler qu’une femme qui fumait était UNE PUTAIN, qu’une femme divorcée était UNE PUTAIN, qu’une fille qui sortait avec des garçons sans être mariée était UNE PUTAIN, une femme qui portait un pantalon était UNE PUTAIN (tiens tiens les temps ont changé : maintenant c’est la jupe qui révèle LA PUTAIN qui est en chacune de nous, que dis-je : LA CHIENNE selon la formule islamo-consacrée!). Quand mon oncle s’est marié avec une femme divorcée, mes grands parents ont fait croire à tout le monde qu’elle était veuve, c’était la honte…

La vie sociale n’avait pas encore connu mai 68! L’étau restait plus que serré et il faudrait des années pour que ça change. Ma mère dût consciencieusement psalmodier des textes en latin, apprendre par coeur la lithurgie jusqu’au lavage de cerveau, à l’endoctrinement total.Bien des années plus tard elle pouvait encore réciter tous ces textes et en version originale s’il vous plaît! Moi qui aurais tant voulu apprendre l’anglais, disait-elle. Elle n’était que regrets et frustrations, elle aurait voulu apprendre un métier, elle dût servir d’esclave domestique à la ferme familiale (je vous rappelle mesdames que le lave linge n’existait pas, elle lavait le linge de 8 personnes à la main été comme hiver). Elle aurait voulu ne pas se marier tout de suite et vivre son indépendance,mais sous la pression sociale, elle gravit un échelon supplémentaire dans l’esclavage, s’occupa sans relâche d’un mari machiste, puis de ses enfants. A l’heure où elle aurait pu profiter d’une retraite bien méritée, elle soigna ses parents et ses beaux parents, asservie aux autres jusqu’au bout dans l’indifférence générale et parce que « c’était comme ça.
Elle me disait souvent : « Je suis née 30 ans trop tôt, vous les jeunes, vous ne mesurez pas la chance qui est la votre, battez vous pour qu’on vous respecte, ne nous prenez SURTOUT pas pour modèles »! Elle est décédée en 2001 à l’âge de 64 ans. Elle n’a pas heureusement assisté aux attentats du 11 septembre et à la lente déliquescence de notre société. Je l’imagine se retournant dans sa tombe quand les Belphégores apparaissent et que nos maigres victoires ne sont que des plumes qui peuvent s’envoler à tout moment…
Sommes nous conscients de l’abîme qui nous sépare de cette époque? Sommes nous prêts à remettre de nouveau nos vies entre les mains d’une théocratie quelqu’en soit la religion?
Un sage a dit à peu près ceci : « Les guerres sont tentantes 50 ans après ». Quand la dernière veuve a versé sa dernière larme, quand le dernier poilu s’est éteint, qui s’en souvient ? qui s’en soucie ? une génération en pousse une autre et dans la guerre actuelle qui est la nôtre, une guerre inédite sans obus et sans tranchées, seules la mémoire et l’expérience peuvent nous aider.
Pour ma part, riche de cet enseignement, je prends le contre pied de cette époque avec une joie sans mélange, que cette vie non vécue ait au moins servi à quelquechose. Et je dis à toutes celles qui sont nées esclaves : REAGISSEZ !
Mireille Ménard

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