A l’occasion des 10 ans du Comité Ornais de Défense de la Laïcité

Publié le 30 mars 2009 - par
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Monsieur le Président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Flers,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Il est de tradition de commencer les célébrations par des remerciements… C’est avec sincérité que j’y souscris et non par convenance ou obligation.

Je voudrais tout d’abord, au nom du Conseil d’administration, qui s’est beaucoup investi dans l’organisation de cette soirée, vous exprimer le plaisir que nous avons à vous accueillir si nombreux ce soir et vous remercier d’avoir répondu à notre invitation. Un grand merci aussi aux adhérents qui nous font confiance et soutiennent fidélement le Comité car sans vous, sans eux, il n’existerait pas.

Je souhaite tout particulièrement saluer les personnes (adhérents ou non) qui sont venues de loin (Paris, Vendôme) et même de très loin (Marseille) et vous transmettre les regrets de M. Jean-Claude Lenoir, député-maire de Mortagne, de M. Yves Deniaud, député de l’Orne et conseiller régional de basse-Normandie ainsi que de Monsieur Gérard Colin, conseiller général, de ne pouvoir être des nôtres.

La soirée va se dérouler de la façon suivante :

Après les prises de parole, au cours de l’apéritif, vous pourrez regarder et apprécier l’exposition préparée par Jean Corvellec et Bertrand Leroux à partir de nos photos d’archives et des articles publiés par Ouest-France et L’Orne combattante qui ont régulièrement relayé les évènements survenus et la vie de notre association.

Il vous sera aussi possible de rencontrer 6 des 15 auteurs du livre collectif édité par Riposte laïque qui vient de sortir : Les dessous du voile, 1989-2009 : vingt ans d’offensive islamique contre la République laïque, ainsi que Marie-Claire Calmus, qui parallèlement à son activité de professeur de lettres modernes, a mené une carrière d’auteur. Elle collabore aux revues Mouvement et l’Emancipation.

Si vous le souhaitez, vous pourrez vous procurer ces ouvrages.

Ensuite ce sera le dîner préparé par le Grenier à Sel de Lonlay-L’Abbaye. La partie spectacle sera assurée par Guylain Chevrier et Les Frères Humains.

Maintenant permettez-moi vous présenter les 3 personnes qui sont à mes côtés et qui prendront la parole tout à l’heure :

Monsieur Yves Goasdoué – Conseiller général de l’Orne, Maire de Flers et président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Flers. La municipalité de Flers nous a, en de nombreuses occasions, manifesté son soutien – notamment en nous hébergeant (allée des Fleurs) et en accueillant avec bienveillance notre demande de subvention exceptionnelle.

Merci à vous M. le Maire et aux représentants du conseil municipal qui nous font l’honneur et l’amitié d’être là pour ce 10e anniversaire.

Madame Maryse Haslé – Professeur de lettres classiques au Lycée Ronsard de Vendôme, secrétaire du CVDL, comité qui nous a soutenus de manière indéfectible lors des évènements de 1999. D’abord affiliés, nos comités sont maintenant partenaires. Ce changement de statut n’a en rien modifié l’étroitesse des liens militants et amicaux qui nous unissent. Merci à toi Maryse, à Mouss aussi d’avoir fait le déplacement depuis Vendôme et de représenter ici le Comité vendômois de Défense de la laïcité. Nous vous avons très souvent parlé de Maryse et bien ce soir elle est là et nous en sommes très heureux !

Monsieur Pierre Cassen – Ouvrier du livre, coordonnateur de la campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école en 2003, il a été le rédacteur en chef de Respublica avant de fonder le journal en ligne : Risposte laïque. Pierre était avec nous l’an passé, pour une conférence que nous avons écoutée avec beaucoup d’intérêt…. c’était le 28 mars ! Merci à toi Pierre, mais aussi à Brigitte Bré-Bayle et Rosa Valentini de représenter Risposte laïque.

Le CODL a dix ans… Déjà… serais-je tentée de dire….

Deux raisons nous ont incités à commémorer sa création de façon significative et officielle.

La première est que la laïcité est toujours menacée et que sa défense reste une nécessité. Malmenée, attaquée, elle est affublée d’adjectifs qui la dénaturent et veulent la faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Oui, la laïcité est maltraitée et par ceux là même qui, au plus haut de l’Etat, devraient la promouvoir au lieu de la déconsidérer.

La deuxième raison est d’avoir le plaisir de se retrouver. Vous le savez, la vie associative n’est pas toujours facile ; elle demande beaucoup d’investissement personnel, d’abnégation dans certains cas, et des moments comme celui-ci sont précieux.

Dix ans d’existence, dix ans de combat, de luttes, de satisfactions, de rencontres humainement enrichissantes, de moments forts, de colères, de lassitude et parfois de découragement… Mais le chiffre 10 semble juste pour revenir sur le pourquoi et le comment du CODL, sur ses buts, et sur ce qui a été réalisé.

Lorsque en 1999 éclata l’affaire dite “du voile” au collège Jean Monnet, ses personnels se sont retrouvés bien démunis.

Riche d’une immigration déjà ancienne, notre ville n’avait encore jamais été confrontée à des manifestations d’intégrisme à l’Ecole. La première offensive de ce type avait eu lieu 10 ans auparavant, à Creil, suivie d’autres comme à Vendôme en 1993.

La réponse, si peu courageuse, donnée en 1989 par le Ministre de l’Education nationale, Lionel Jospin et son directeur de cabinet Claude Allègre – qui s’étaient dessaisi du problème en le laissant à l’appréciation du Conseil d’Etat – transforma en faille la brèche où s’étaient engouffrés les fondamentalistes.

Confrontés à cette situation inédite, nous devions réagir ! Défenseurs de l’Ecole publique laïque et de l’égalité homme-femme, il était hors de question d’accepter de voir l’une et l’autre piétinées sous nos yeux sans rien faire. Nous ne pouvions cautionner l’instrumentalisation d’enfants dans le lieu même où se construit leur avenir, là où des valeurs communes doivent rassembler et non diviser.

Le droit à la différence n’étant pas la différence des droits, nous ne pouvions que nous opposer à l’obscurantisme, au prosélytisme politico-religieux, au communautarisme.

Nous l’avons fait et ce, malgré les difficultés, les insultes voire les menaces.

Nous n’étions pas “politiquement corrects” (racistes, intolérants, laïcards, fascistes… que n’avons-nous pas entendu de la part des adeptes du relativisme culturel et de bien d’autres…).

Nous n’étions guère “fréquentables” : à droite comme à gauche de nombreux responsables politiques avaient oublié le sens même du mot laïcité et, soumis au clientélisme électoraliste, ne se préoccupaient pas de défendre les valeurs de la République.

Mais nous avons tenu bon car l’Ecole laïque, les principes républicains, la laïcité, les enfants qui nous sont confiés le méritaient.

Après avoir constaté combien la circulaire Bayrou était inopérante et devant la gravité de la situation, face à l’angélisme et au laxisme ambiants, il nous est apparu que réaffirmer la laïcité par une loi était juste, légitime et nécessaire. Dans cet objectif, la création d’une association était devenue évidente et indispensable.

Le 8 février 1999, la constitution du Comité Ornais de Défense de la Laïcité, affilié au Comité de Vendôme, est déclarée à la sous-préfecture d’Argentan. Le récépissé en date du 12 est adressé à madame Nicole Périé, sa présidente. La parution au Journal officiel a lieu le 27 février 1999 p. 963. Le siège social est situé à La petite A, rue Simons à Flers.
Vous comprenez aisément pourquoi nous sommes ici ce soir, haut lieu de la laïcité à Flers – monsieur Henri Buffard, doyen de notre assemblée, peut en témoigner mieux que quiconque – : c’est dans cette salle qu’eut lieu une première réunion le 25 janvier 1999.

La petite Amicale laïque nous a aimablement hébergés pendant des années – qu’elle en soit une fois encore remerciée ainsi que son président, monsieur Gilbert Prévert – avant que la multiplicité des dossiers et des archives ne nous incite à demander un local à la ville de Flers ; ce qui nous a été accordé en janvier 2005.

De type loi 1901, notre association a pour but de réaffirmer et de faire respecter les valeurs laïques et républicaines dans les établissements scolaires de l’enseignement public et de refuser, conformément à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1984), tout signe discriminatoire fondé sur l’idée de l’infériorité de la femme.

Avons-nous répondu à ces objectifs ? Oui

De 1999 à 2004, toute notre énergie a été concentrée sur l’obtention de la loi.

La concrétisation ce fut la loi du 15 mars 2004 relative à l’application du principe de laïcité dans les écoles, collèges et lycées publics qui, pour Dominique Borne, doyen honoraire de l’inspection générale d’Histoire-Géographie rappelle le “principe de base”: “Le principe laïque veut que chaque Francais soit citoyen avant d’être catholique, protestant, juif ou musulman ». (in Cahiers français n° 336 – janvier-février 2007 – Les valeurs de la République – la documentation française – p.69)

Pour cela, il a fallu nous déplacer, batailler, rencontrer, parler, expliquer, avertir, convaincre, persuader… En conjuguant nos efforts à ceux d’autres laïques et de féministes aussi, nous avons constaté quelques avancées significatives.

Au cours des années, devant la multiplication des affaires (la Grand-Combe, Tremblay en France, etc…) la situation a peu à peu évolué en faveur de la Laïcité. Elle n’était plus ringarde, plus un combat d’arrière-garde mais est redevenue une valeur à défendre. Les laïques se sont rapprochés, regroupés, ont milité ensemble. L’union fait la force, c’est bien connu et c’est pour cela que nous avons toujours cherché à travailler avec d’autres associations.

Ainsi avons-nous été de la Coordination des 5 appels, de la Coordination féministe et laïque, des laïques en réseau….

Nous avons été auditionnés à plusieurs reprises…

– au Ministère de l’E.N. le 31 octobre 2001 et le 17 mai 2002,

– devant la commission Stasi le 12 septembre 2003.
Présidée par Bernard Stasi (médiateur de la République de 1998 à 2004), cette commission de réflexion avait été mise en place le 3 juillet 2003 par le président de la République, Jacques Chirac. Elle a rendu ses conclusions le 11 décembre 2003. Deux des vingt membres qui la constituaient sont venus à Flers faire une conférence pour le CODL : Henri Pena-Ruiz, philosophe, et Gaye Petek, directrice de Elele (Culture et migrations de Turquie).

La fin 2003 a été riche en émotions, puisque le 17 décembre nous étions invités à l’Elysée, pour entendre le discours du président de la République, Jacques Chirac, sur le principe de laïcité dans la République. Heures fortes en symboles, surtout lorsque ces mots furent prononcés :

“L’école publique restera laïque. Pour cela une loi est nécessaire.”
Cette loi sera votée le 10 février 2004. Une délégation de dix personnes (membres du Conseil d’administration et adhérents) invitées par Marc Dolez et Laurent Fabius était présente à l’Assemblée nationale pour assister au vote.

Durant ces dix années, nous avons multiplié les actions et les démarches pour faire avancer notre cause. Nous avons soutenu les professeurs confrontés au fondamentalisme politico-religieux, signé textes et pétitions, manifesté (à Paris le 6 mars 2004 et le 10 décembre 2005), et assisté à plusieurs réunions sur Paris : la première rencontre internationale laïque ou encore autour de l’Ecole et les enfants d’abord… pour ne citer que ces exemples-là.

Afin de se faire connaître et de permettre la réflexion et le débat, Le CODL a organisé des conférences :

Henri Pena-Ruiz – 2000

Gaye Petek et Jeanne-Hélène Kaltenbach – 2003

Caroline Fourest – 2004
Jean-Michel Reynaud – 2005 –

Gérard Bourdin et Michèle Vianès – 2006

Alain Seksig – 2007

Pierre Cassen – 2008

Ces dix ans de lutte ont vu leur aboutissement au mois de décembre 2008 lorsque la Cour européenne des Droits de l’Homme a débouté les deux jeunes filles qui l’avaient saisie. La commission composée de 7 membres dont un seul français a conclu, à l’unanimité, à la non-violation de l’article 9 (droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion) de la Convention européenne des droits de l’Homme. Cet arrêt a donné raison au collège Jean Monnet, nous a donné raison.

Liberté – Egalité – Fraternité – Laïcité

L’École a pour objectif et pour mission de transmettre des connaissances, mais aussi de faire partager aux élèves les valeurs de la République, de leur apprendre à vivre en société et de les préparer à leur vie de citoyens.

Ces valeurs sont les principes fondamentaux de la République : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, le refus de toutes les discriminations, l’égalité entre les hommes et les femmes. Elles s’enracinent dans la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789. Elles s’inscrivent dans le combat de la Résistance contre le nazisme et contre le régime de Vichy. A la Libération, les résistants affirment en effet que la laïcité de l’État est une valeur républicaine qui n’est pas contestable. L’ensemble des grandes formations politiques revendique alors l’héritage de la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905 dont le rapporteur, Aristide Briand, avait des attaches à Lonlay-l’Abbaye, commune de l’Orne voisine de Domfront, au temps de l’affaire Dreyfus. En 1945-1946, présidée par André Philip, puis par Guy Mollet, né et scolarisé ici à Flers, à nouveau par André Philip, la commission de la Constitution propose en article premier : “La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale”. Cet article fut adopté à l’unanimité par l’Assemblée Nationale Constituante et repris dans la Constitution de 1958 en assurant l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.

La laïcité est au cœur du débat dans notre société où les revendications religieuses sont en recrudescence. Depuis des années on assiste à une montée du fondamentalisme et chaque jour apporte de nouveaux exemples qui font frémir, telles les dernières prises de position du Vatican.

es intégristes ne reculent devant rien pour tenter de bâillonner la liberté de pensée, la liberté d’expression. Ils sont les ennemis de la démocratie. C’est pourquoi, nous ne devons pas céder mais refuser les compromis et le communautarisme.

La République et ses principes, trop souvent abandonnés, ont besoin que nous les soutenions. La laïcité est indispensable pour préserver le bien vivre ensemble, pour la liberté, l’indépendance et pour la paix.
J’aimerais conclure en vous lisant un extrait du discours prononcé à Amiens en 1904 par Ferdinand Buisson (1841-1932), Inspecteur général de l’Instruction publique qui avait commencé ses études dans la ville ornaise d’Argentan, proche collaborateur de Jules Ferry et prix Nobel de la Paix en 1927. Ses propos sont en effet toujours d’actualité. Cent cinq ans après, pas un mot n’est à changer…

“L’esprit laïque, c’est celui qui a fait écrire à nos pères cette formule qu’il semble qu’on aurait dû trouver depuis des siècles : tous les hommes naissent et ils doivent demeurer égaux en droit.

– Etre laïque, c’est croire que l’unité vivante et fondamentale, base de la société, ce n’est pas un groupe de privilégiés, ce n’est pas une caste, ce n’est pas un homme pris entre tous les autres et porté à un rang supérieur, roi ou noble, prêtre ou guerrier, – c’est tout homme, c’est tout individu humain, c’est la personne humaine.

– L’esprit laïque, c’est le respect mis au-dessus de tout, de la personne même, de quelque personne qu’il s’agisse, en quelque état qu’elle se présente.

– L’esprit laïque considère que le vrai but, la loi suprême, la raison d’être d’une Société est de constituer un milieu propre à développer la personne humaine, l’affranchir de tous les obstacles…

– L’esprit laïque, c’est l’esprit même de la République, c’est l’esprit de la démocratie, c’est l’esprit de la Nation !…”

Je vous remercie.

Martine Ruppé

Présidente du Comité Ornais de Défense de la Laïcité

Discours prononcé le 28 mars 2009

Une centaine de personnes seront présentes lors des discours, du vin d’honneur et du banquet républicain qui suivra.

Parmi les invités, à la droite de Martine Ruppé, la romancière Marie-Claire Calmus.

Les Frères Humains, Guylain au chant, et Jean-Pierre à l’accordéon, régaleront la salle, jusqu’à 1 heure du matin, d’un siècle de chanson française.

A la fin de la soirée, Martine Ruppé, professeur d’italien, et Rosa Valentini, née en Italie, interpréteront « Bella Ciao », le chant des résistants italiens.

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