A la découverte de Richard Millet, un soldat toujours debout

Publié le 16 mai 2015 - par - 1 352 vues
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milletsoutien

Denis Tillinac dit de lui qu’il est le plus grand styliste Français. Il doit être considéré comme tel dans le milieu de la littérature, outre qu’il fut un grand éditeur. Bref, Millet est un « professionnel de la profession », comme ils disent dans le show bizz, des meilleurs, sinon le meilleur. Le cul coincé nobélisé du camp du « Bien », le Clézio, étant illisiblement arrogant. Sur Le Clézio, Millet cogne à me ravir:

« C’est que l’œuvre du Clézio participe du crétinisme justement évoqué par Onfray dans sa réponse à M. Valls. Ce lamentin transatlantique, ce grand doudou ultramarin, cette belle tête molle nobélisée n’a pas, lui non plus, perdu l’occasion de se taire, Valls et Le Clézio dansant ensemble le tango de l’identité multiple : le bon immigré parfaitement assimilé (ce qui est vrai pour le Catalan) et le pseudo-Mauricien qui menace de rendre son passeport français si le Front national arrive au pouvoir, voilà qui prêterait à sourire si El Clézio, comme tous ceux qui parlent de s’exiler, ne révélait son mépris de la France jadis profonde et aujourd’hui périphérique et muette, dégradée par le pouvoir socialiste (dans lequel j’inclus la droite). « 

 http://richardmillet.wix.com/siteofficiel#!Cr%C3%A9tinisme/c1q8z/54feacbc0cf27b8ab2588d8a

Tillinac estime « que l’oeuvre de Richard Millet sera certainement une des rares à survivre aux temps barbares qui nous imprègnent. »

Le vieux briscard, Corrézien comme Millet, doit avoir raison. Je n’ai aucune qualité pour dire le contraire. Et puis, ce qui me rapprocherait de l’écrivain, est son goût pour la musique, à laquelle il a consacré un ouvrage, dans lequel il montre, qu’il est impossible de respirer, de vivre sans elle, qu’il a titré: Musique Secrète, paru chez Gallimard. L’amour de la musique vous aide à surmonter tout. Il a dû en avoir sacrément besoin durant sa période pestiférée.  Millet est un chrétien revendiqué qui appréciera ce que Goethe citait en 1842 sur la musique : « La musique est religieuse ou profane. Religieuse elle répond tout-à-fait à sa dignité, et ici elle exerce sa plus grande influence sur la vie, influence qui reste toujours la même dans tous les temps, à toutes les époques. Le caractère essentiel de la musique profane devrait être la gaîté. »

Je n’ai découvert l’existence de Millet qu’en 2012, alors que je regardais l’émission de Taddei. Je ne me souviens plus exactement le sujet de l’émission, mais les propos de Millet, par ces temps « barbares », ses propos audacieux, laissèrent sur moi une impression indélébile. J’étais tétanisée de voir et d’entendre cet homme, déclarer crûment qu’il se sentait étranger en son propre pays. Je ne reviendrai pas sur sa tirade du métro Châtelet à 18 heures, désormais célèbre. Devant une assemblée médusée, il lançait les mots ; race, blanc, cauchemar, identité. C’était brutal. D’une brutalité qui vous rend l’air enfin respirable. On venait soudain vous sauver de l’asphyxie. Je n’en revenais pas. Je me demandais s’il était conscient de ce qu’il disait ainsi sur le plateau d’une émission de grande écoute. Je me dis que cette intervention n’allait pas rester sans réaction de la part du camp du « Bien ». Une pensée que je sais injuste me venait à ce moment là. « Il a dû s’égarer innocemment » !  « Qu’il était inconscient à s’exprimer aussi durement devant des millions de téléspectateurs ».

En effet, les jours qui suivirent, la meute se déchainait, plus enragée que jamais. A la hauteur de son statut. Je ne veux pas m’attarder sur cet épisode qui contribua à le vouer aux gémonies. Non plus sur l’autre polémique qu’il suscita avec son ouvrage sur Breivik que je n’ai pas lu. Je le ferai sans aucun doute. De toute façon, un homme qui a fait la guerre au Liban, aux côtés des chrétiens, n’est plus tout à fait comme les autres. Surtout dans une société devenue outrageusement féminisée. Il connait mieux les priorités que les autres et il les dit.

Ce qui lui a valu une infâme pétition des « notables » auteurs de Gallimard, pour l’écarter de la vénérable maison. La médiocre, hystérique Ernaux en tête. Devant cette chasse au Millet,  je me fendais d’un mail à Antoine Gallimard que j’avais connu dans le temps, pour prendre sa défense et souligner que son auteur, son éditeur, était l’honneur de la France. Inutile de dire que le cher Antoine ne m’a pas répondu. J’appris qu’il se donnait un temps de réflexion. J’eus brièvement l’impression que mon mail avait fait son effet.  Ce temps que mirent à profit ses détracteurs pour continuer de harceler Gallimard, qui finalement céda aux pressions. Ce qui me fait le dégueuler éternellement.

Pour votre plaisir, voici un florilège des déclarations de Richard Millet qui devraient trouver l’adhésion des lecteurs de RL, comme j’y adhère moi-même.

Camus organisait en mai 2013 une réunion de la dissidence chez un de ses amis peintres dans le quartier des Halles. Je me dis que Millet ne serait pas de trop dans cette réunion informelle. Je ne le connaissais pas personnellement. Je me concertais avec Camus, d’accord et ravi de l’idée. Camus m’exprimait ses doutes quant à l’acceptation de Millet à venir. Toutes les turbulences créées autour de lui. Ses déclarations qui chatouillaient violemment le camp du « Bien »,  l’affaire Breivik, la pétition qui précédait son bannissement de chez Gallimard. Bref, une accumulation de « charges » pouvant anéantir un homme.

Malgré les appréhensions de Camus, je pris l’initiative d’appeler l’éditeur, Pierre-Guillaume de Roux pour lui demander comment joindre Millet. Le hasard voulut que Millet fût à ses côtés lors de mon appel. Il me le passa tout simplement. Je lui expliquais le projet de soirée avec Camus. Il hésitait, me confia son numéro et son mail, pour que je lui en dise plus. Camus avait peut-être raison. Accablé de tous côtés, il n’aurait pas envie de venir. Après des échanges, insistants de ma part, Millet céda et finalement apparut à cette soirée, durant laquelle Finkielkraut entreprit un procès « stalinien » contre Camus, qui était sommé de s’expliquer devant l’assistance, sur son appel à voter pour Marine Le Pen !

Heureusement que j’avais un léger coup dans les carreaux, sinon, je lui aurai volé dans les plumes à Finkielkraut. Ce Finkielkraut inquisiteur qui n’a pas tenu sa promesse à Camus de venir témoigner à son procès… Millet, surpris comme tout le monde, resta sans réaction. « L’inquisition » achevée, les conciliabules reprirent leur train, comme si de rien n’était. J’observais du coin de l’oeil l’homme que j’eus tant de mal à faire venir. Il ne se sentait pas très à l’aise. Après quelques échanges avec Finkielkraut, Camus et moi, quelques photos qui immortalisaient cette soirée, il nous quitta finalement très tôt. Je fus déçue. Prise par mes excès habituels je le jugeais mal. Je me disais qu’il n’avait plus envie de se battre et le vouais aux gémonies moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons que ses détracteurs. Je me dis que je n’avais plus jamais envie de le revoir. Que le soldat était vaincu.

Et puis, je découvre son site récent qui me fait radicalement changer d’avis.  Prise de remords, je lui envoie un mail pour m’excuser d’avoir eu des sentiments injustes à son égard. Ce qu’il ignorait bien sûr et ce dont il devait se foutre royalement. Mais il me répondit aimablement et le contact fut heureusement rétabli. L’homme est sans doute un solitaire qui continue le combat et montre que le soldat est toujours debout. Le style acerbe de ses chroniques en est témoin. « Il reste toujours assez de force à chacun pour accomplir ce dont il est convaincu. » (Johann-Wolfgang von Goethe).

Je vous laisse apprécier, celui que Tillinac estime être le meilleur styliste en France. Ces chroniques de notre époque, écrites par un homme qui fait désormais parti du club des « scélérats » pour ne pas penser et écrire conforme. Vous y découvrirez également toutes ses oeuvres passées et récentes. Une oeuvre abondante où le Liban tient une grande place.

http://richardmillet.wix.com/siteofficiel#!blog/c112v

Elkabbach avec ses airs doucereux, lors d’une émission « Bibliothèque Médicis » essayait hypocritement de mettre en doute la soldatesque libanaise de Millet. Ce pou mesquin, valet de tous les pouvoirs, représentant de la morale « quaker », comme dénonce l’ami Matzneff,  face à un homme libre et droit, le piquait, le harcelait comme un moustique vrombissant. Vous apprécierez en lien.

https://www.youtube.com/watch?v=9xzZklc4Ygs

Je confesse que je « guette au trou » dans l’attente impatiente le la prochaine chronique. L’irrégularité de parution de ses chroniques, fait que le désir de lire reste en éveil. Alors que la quotidienneté de parution pourrait lasser. Il a compris qu’il faut garder le lecteur en haleine. Parfois je me tords de rire, tant les constats sont décrits crûment. Il cogne. C’est méchant. Pour écrire méchamment, il faut un sacré talent ! Pas de pitié pour la canaille. Un vrai régal. Millet, selon ce que je ressens à travers ses chroniques, se comporte en soldat qui flingue l’ennemi. Une sorte de sniper qui ne rate jamais sa cible.  Et, c’est ce qui me plait sans réserve. Millet est incomparable. Dans sa dernière chronique : « Des noms », il faut voir avec quel talent son entame glisse vers la défense de Robert Ménard ! Un régal stylistique, il faut bien le dire.

http://richardmillet.wix.com/siteofficiel#!Des-noms/c1q8z/555202210cf21fee13838b22

Millet, un Français de souche, catholique revendiqué, hétérosexuel et fier de l’être. Il est surtout est avant tout un homme libre, qui a payé très cher ce statut. Cela dit, la tempête passée, il est à nouveau invité chez Taddei, lorsqu’il sort un ouvrage. Il a l’air de s’y ennuyer ferme. J’en terminerai avec un extrait qui est particulièrement intéressant, qui vient rejoindre aussi bien Finkielkraut que Renaud Camus :

« Le racisme, l’antisémitisme, la haine des musulmans, des étrangers, l’homophobie, augmentent de manière insupportable dans notre pays. » a déclaré M. Valls en présentant un plan qui prévoit d’allouer 100 millions d’euros pour lutter contre le « racisme ». Lorsqu’il ajoute que les « Français juifs ne devraient plus avoir peur d’être juifs », ni les « Français musulmans » « honte d’être musulmans », il atteint le comble du mensonge : nul n’a peur ni honte d’être ce qu’il est, en France, aujourd’hui, sauf les Français de souche ; et si les juifs redoutent à juste titre d’être la cible de musulmans (et on ne voit pas qui d’autre pourrait s’en prendre à eux, aujourd’hui), ces derniers, pour beaucoup, n’ont non seulement pas honte d’être eux-mêmes, mais ils tirent fierté de ne pas se vouloir français, sauf pour les avantages du passeport et des prestations sociales.

Sylvia Bourdon

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