A la recherche de l’islam modéré

Publié le 11 avril 2011 - par - 536 vues
Share

Le grand débat sur la laïcité aura-t-il finalement lieu ? Pendant des semaines la lutte entre partisans et adversaires de ce débat a fait rage, et le pays tout entier retenait son souffle. Finalement, un compromis semble avoir été trouvé : plutôt qu’un débat national faisant appel aux contributions des Françaises-Français et s’étalant sur des semaines, un tout petit débat, un débaticule, un débatounet, entre militants de l’UMP et durant une seule journée, le 5 avril prochain.

Je suis heureux de voir qu’il a été tenu compte des objections que j’avais formulées au sujet de ce grand débat national, et pour encourager nos dirigeants à continuer à tenir compte de mon avis, je vais leur faire cadeau d’une prédiction : une des conclusions du micro-débat du 5 avril sera qu’il est absolument nécessaire de distinguer entre l’islam et l’islamisme, que la plupart des musulmans sont des gens modérés et que ceux qui égorgent, décapitent, mitraillent, font exploser des bombes ou se font exploser au cri de « allahou akbar » sont en fait de mauvais musulmans qui pervertissent une religion essentiellement pacifique et tolérante. Vous me direz que je ne prends pas grand risque avec une telle prédiction, et vous aurez raison.

Depuis un certain temps (mettons, si vous voulez absolument une date précise, depuis le 12 septembre 2001. C’est une date comme une autre) la distinction entre l’islam – modéré, forcément modéré – et l’islamisme – radical, forcément radical – est en effet devenu un lieu extrêmement commun de la conversation civique sous nos latitudes. Que dis-je, un lieu commun ? Plutôt une sorte de camp barricadé qu’il vous est impossible de quitter sans perdre définitivement la qualité d’être humain civilisé, et sans vous exposer à être traité comme un animal atteint d’une maladie grave et contagieuse. Vous qui sortez de ce lieu, laissez toute espérance.

C’est pourtant ce que je m’apprête à faire, et sans même un Virgile pour m’aider à retrouver mon chemin. Mais je ne suis pas inquiet outre mesure. Les traces de pas prouvent que d’autres m’ont précédé dans cette aventure. En fait, j’ai bien conscience que cette question de « l’islam modéré » a déjà été traitée, mais il est de la nature du débat politique d’exiger un certain rabâchage pour faire passer les idées que vous défendez ; et puis, puisque pour ceux d’en face la répétition tient en général lieu d’argument, je ne vois pas pourquoi je me priverais de répéter des arguments qui ont pu déjà être exposés ici où là.

Commençons par constater que la plupart des non musulmans qui affirment, la main sur le cœur, que l’islam est une religion pacifique seraient bien incapables de différencier un wadi d’un qadi ou d’expliquer le sens des mots hadith et sahih. Quant aux musulmans qui disent la même chose, ils sont évidemment juges et parties en cette affaire. Et puis, comment croire sur parole les adeptes d’une religion qui autorise la dissimulation envers les infidèles ? Pour ma part, bien qu’assez capable d’expliquer ce que signifie Umm al-kitab si on me le demandait, je me garderais bien de poser au spécialiste de l’islam. Je ne suis pas théologien et n’ai nulle envie de le devenir. Non, pour m’orienter sur cette mer agitée, j’emploie un compas beaucoup plus simple d’utilisation : j’invoque, assis dans ma bibliothèque, les grands esprits des siècles passées et je leur demande leur avis au sujet de la religion de paix, d’amour et de tolérance. Parce qu’ils ont vécu il y a longtemps, je suppose en effet qu’ils sont exempts de nos inhibitions ou de nos obsessions et, parce qu’ils étaient parmi les hommes les plus intelligents de leur temps, je suppose aussi qu’ils auront des avis pertinents et bien informés à me donner. Jamais jusqu’à maintenant je n’ai été trompé dans mes attentes, aussi je garde soigneusement mon précieux compas à portée de la main. Or, oserais-je le dire ? Ces esprits les meilleurs des siècles passés n’ont pas, pour la très grande majorité d’entre eux, une opinion fort élevée de la religion de paix, d’amour et de tolérance. Leur opinion presque unanime est au contraire que ladite religion n’est pas particulièrement portée sur la paix, l’amour et la tolérance, à moins qu’elle ne se trouve en position de faiblesse et qu’elle n’ait elle-même besoin d’être tolérée.

Pour ne pas allonger plus que de raison un billet qui s’annonce déjà trop long, je n’étaierai cette affirmation que par deux petites citations, parmi une infinité d’autres qu’il m’aurait été possible de choisir.

Je convoquerai tout d’abord à la barre Sir Winston Churchill, qui comparait le coran à Mein Kampf : « enflé, verbeux, informe, mais débordant de son message » de guerre. « Aucune force plus puissamment rétrograde n’existe dans le monde. Bien loin d’être moribond, le mahométisme est une foi militante et prosélyte (…) faisant lever des guerriers intrépides à chacun de ses pas ; et si la chrétienté n’était pas protégée par les bras puissants de la science, la science contre laquelle il a lutté en vain, la civilisation de l’Europe moderne pourrait fort bien tomber, tout comme est tombée la civilisation de l’ancienne Rome. »

Je convoquerai aussi Ernest Renan, oui, celui-là même que l’on aime tant à citer aujourd’hui, dès lors qu’il s’agit de réduire la nation à un aimable vivre-ensemble. Ernest Renan qui affirmait sans ambages : « Les libéraux qui défendent l’islam ne le connaissent pas. L’islam, c’est l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l´humanité ait jamais portée. Dans la première moitié du moyen âge l’islam a supporté la philosophie parce qu’il n’a pas pu l’empêcher, car il était sans cohésion, peu outillé pour la terreur (…) Mais quand l’islam a disposé de masses ardemment croyantes, il a tout détruit. La terreur religieuse et l’hypocrisie ont été à l’ordre du jour. L’islam a été libéral quand il était faible, et violent quand il a été fort ».

Je vois mille autres personnalités, toutes plus éminentes les unes que les autres, qui se pressent à la porte pour ajouter quelque chose. Tel pour rappeler que l’islam s’est répandu par le fer et le feu et qu’il a toujours été l’ennemi mortel de la chrétienté. Tel autre pour préciser que l’islam n’est pas seulement un certain nombre de dogmes sur le monde invisible, mais aussi et surtout une loi divinement révélée, et donc parfaite ; une loi qui gouverne entièrement la vie privée et publique des fidèles et qui laisse fort peu de place à des lois humaines qui entendraient régler la vie en société. Tel enfin pour nous faire savoir que le coran est censé être le verbe de Dieu lui-même et qu’il n’est donc, en principe, susceptible d’aucune interprétation, aucune modification, aucune atténuation.

Messieurs, je vous remercie bien sincèrement pour votre aide et pour votre science, mais nous n’aurons pas besoin de faire appel à vous aujourd’hui. Mon opinion est faite : ceux qui tuent et persécutent au nom de l’islam connaissent manifestement beaucoup mieux l’islam que la plupart de ceux qui affirment que l’islam n’est que paix, amour et vivre-ensemble.

Mais enfin, me direz-vous, mes voisins qui vont régulièrement à la mosquée ne sont pas de dangereux terroristes, et la femme du petit épicier Algérien chez lequel je vais acheter ces délicieuses cornes de gazelle est certes voilée, mais tous deux sont si gentils. Comment pouvez-vous prétendre que l’islam enseigne la violence et l’intolérance ? Les musulmans que je rencontre sont des gens fort modérés, qui ne demandent qu’à vivre en paix et en sécurité, à élever leurs enfants, à travailler, comme tout un chacun.

Je le crois bien. Fort heureusement pour l’humanité, la plupart des hommes ne demandent qu’à vivre paisiblement le reste de leur âge dans le petit cercle de leur famille et de leurs amis. Très peu sont capables de grandes actions, en bien ou en mal, très peu ont la vocation de la sainteté ou du martyr (allahou akbar !). Il est donc bien naturel que la plupart des musulmans soient des gens de tempérament modéré qui, spontanément, n’iraient certainement pas égorger le premier kafir venu. Cela ne prouve pas du tout que l’islam soit modéré, cela prouve simplement que peu de gens ont vraiment de la religion. Au moment où le christianisme était la religion officielle et quasiment obligatoire en France, Pascal écrivait : « Il y a peu de vrais chrétiens. Je dis même pour la foi ». Très peu d’hommes suivent en tout point leur religion, quand ils en ont une ; la plupart n’en ont guère et ne suivent point celle qu’ils ont. Cela est vrai en tous les lieux et en tous les temps, pour toutes les religions que la terre ait porté. L’islam n’échappe pas à cette règle. Il existe donc beaucoup de musulmans modérés, en dépit du fait qu’il n’existe pas d’islam modéré.

Soit, mais alors où est le problème ? Si la plupart des musulmans ont un comportement paisible pourquoi vous inquiéter ? Vous nous avez prouvé vous-même que nous pouvions retourner l’esprit tranquille à notre chère diversité et à notre vivre-ensemble. Tout est pour le mieux, en avant pour l’hymne à la joie !
Doucement. Vous allez trop vite en besogne. Peu d’hommes ont de la religion, cela est vrai, mais enfin certains en ont une et la suivent, au moins en partie. Or ce qui meut le monde, partout et toujours, ce ne sont pas les grandes masses d’hommes paisibles aux aspirations ordinaires, mais les petites minorités actives qui s’efforcent obstinément de faire triompher leurs idées. Dès lors, le fait que le coran enseigne la nécessité de lutter pour Allah jusqu’à ce que tous les incroyants soient subjugués ne saurait être indifférent. Parmi un si grand nombre d’hommes professant la religion de Mahomet un nombre non négligeable prendra inévitablement ces injonctions au sérieux, et s’efforcera d’agir en conformité avec celles-ci. La terreur religieuse et l’hypocrisie seront à l’ordre du jour. Quant à nos musulmans modérés, ils se tiendront à l’écart de la lutte – n’ayant pas une envie exagérée de goûter avant l’heure aux délices du paradis des croyants – mais avec une certaine mauvaise conscience. La mauvaise conscience qui découle du fait de ne pas suivre les prescriptions de la religion qui est censée être la votre. Les musulmans au comportement modéré sont, de leur propre point de vue, de mauvais musulmans qui se permettent de faire le tri parmi le verbe divin. Que la colère d’Allah s’abatte sur eux ! Pour apaiser leur mauvaise conscience, et pour ne pas encourir de désagréments de la part de leurs coreligionnaires plus cohérents et plus actifs, nos modérés auront donc une tendance bien naturelle à soutenir passivement, et au minimum à excuser, les actes violents qu’eux-mêmes ne seraient pas prêts à commettre. Bien entendu, moins ceux qui luttent au nom d’Allah courront de risques à le faire, plus les kouffar accepteront leur statut de dhimmi, et moins les musulmans modérés se comporteront de manière modérée.

On verra apparaitre de plus en plus de jihadistes de la 11ème heure, soucieux de montrer aux vainqueurs qu’ils sont eux aussi d’excellents musulmans, et pas mécontent non plus de participer au partage des dépouilles des vaincus.
Comment dites-vous ? Vous ne sauriez croire que vos voisins et votre épicier puissent un jour… ? Peut-être pas, il existe de braves gens partout, et puis les hommes qui valent mieux que leurs principes ne sont pas rares. Mais avez-vous jamais vu des musulmans défiler en nombre pour protester contre les tueries commises au nom de l’islam ? Non ? Moi non plus. En revanche vous avez vu, un peu partout dans le monde et y compris en Europe, d’immenses foules se rassembler pour exiger que l’on « décapite » ou que l’on « massacre » ceux qui insultent l’islam ? Moi aussi. Connaissez vous une seule autorité en matière d’islam, un seul docteur de la foi pouvant prétendre être écouté un peu partout dans le monde musulman, qui ait condamné sans ambiguïtés les attentats de New-York, de Londres ou de Bombay ? Non ? Moi non plus.

Vous semblez découragé. Je vous comprends. L’Europe est en train de subir la plus énorme transformation de sa substance humaine depuis des siècles. Cela ne peut rester sans conséquences, et celles-ci risquent fort d’être déplaisantes. Que dis-je ? Elles sont déjà déplaisantes, mais sans doute encore bien peu par rapport à ce qui nous attend. Sans y penser nous avons replanté sur notre sol les germes des querelles religieuses qui ont déchiré l’Europe pendant si longtemps. Comment dites-vous ? Il faut être deux à croire pour pouvoir se battre pour des raisons religieuses ? Hélas, même pas. Il vous suffit de décliner l’invitation pressante qui vous est faite de rejoindre la religion vraie (allahou akbar !) pour devenir son ennemi mortel.

Néanmoins il faut agir, nous n’avons pas le choix, nous sommes embarqués. Ce qu’il serait possible de faire, nous le verrons sans doute une autre fois.

Aristide Renou

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.