A La Réunion, le bandana met la laïcité au ban de l'école

Le 18 août dernier, c’était la rentrée des classes à l’île de La Réunion. Sept jeunes filles se présentèrent voilées. Le chef d’établissement les convoqua, leur rappela la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes religieux en milieu scolaire : deux d’entre elles acceptèrent de retirer leur voile dans l’enceinte du lycée ; les cinq autres démmissionnèrent, préférant continuer leur scolarité par correspondance.
Jusque-là, rien que de très normal, puisque la liberté du législateur et celle des prévenues furent respectées. Où donc est le problème ? Il est en amont et en aval.
En amont, parce que ces jeunes filles et leurs proches savaient qu’en pénétrant voilées dans un lycée de France, elles contrevenaient à la loi française : leur acte était donc un déni de conviction, doublé d’un défi semblable à celui que les trois collègiennes de Creil, dans l’Oise, avaient lancé au visage de la République, en septembre 1989.
Et c’est sûrement en amont que le problème est le plus grave, car se voiler signifie ici cacher son visage aux yeux d’une République que l’on méprise, en attendant que la République cache le sien face à celui de la charia – que l’on vénère !
Selon cette logique, le problème ne pouvait pas ne pas se situer également en aval, comme l’a montré l’intervention du rectorat et du «groupe de dialogue interreligieux», ce dernier sautant sur l’occasion pour s’emparer de l’affaire au nom de cette fameuse tolérance que certains musulmans contestant les lois de la République n’invoquent que pour eux, c’est-à-dire pour leur seule communauté !
Mais alors, comment se fait-il que le rectorat, pour qui la laïcité devrait être une évidence incontournable, ait pu s’associer à la contestation musulmane ? Je crains que la réponse ne soit à la fois dans l’électoralisme et la peur ! Le représentant « vie scolaire » du rectorat – madame le député-maire Huguette Bello – a besoin de plaire à des électeurs majoritairement musulmans, qui, soit dit en passant, réservèrent un accueil triomphal au sulfureux prédicateur Hani Ramadan lors de son dernier séjour sur le sol réunionnais. Et lorsque l’on connaît la force psychologique que peut revêtir l’extension d’une thèse triomphante, on est beaucoup moins surpris de l’adhésion d’Huguette Bello à la solution que le «groupe de dialogue interreligieux» a finalement trouvée pour permettre la réintégration des cinq réfractaires au lycée laïque et républicain Lislet-Geoffroy. Et en quoi consiste cette solution ? A PERMETTRE DESORMAIS A CES DEMOISELLES DE PORTER UN BANDANA !
Qu’est-ce, en l’occurrence, qu’un bandana ? Une pièce de tissu triangulaire ou quadrangulaire nouée sur la tête ou autour du cou pour protéger ses cheveux de la poussière, les discipliner s’ils sont rebelles, ou se mettre en valeur ? C’est possible, mais dans le cas qui nous préoccupe, cette pièce de tissu signifie tout autre chose, et d’abord que la charia ne saurait se soumettre à la République. Autrement dit, le bandana est la continuation du voile : c’est un voile plus petit !
Si tel n’est pas le cas, pourquoi les jeunes filles et leur famille respective se sont-elles dit satisfaites du compromis ? N’est-il pas vrai que Tariq Ramadan – qui n’est autre que le frère d’Hani – revendiquait déjà le compromis du bandana lors du débat de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école ? Ce même compromis n’était-il pas demandé par plusieurs organisations musulmanes ? Le bandana est donc un signe religieux. Or, les signes religieux sont interdits à l’école. Alors ?
Alors la lâcheté de madame Bello est sans équivoque, comme est sans équivoque le refus de la loi républicaine par ceux-là mêmes qui ont décidé sciemment de vivre dans un Etat laïque et républicain sans devenir laïques et républicains ! Cette attitude est d’autant plus inquiétante qu’elle n’est pas une erreur ou un oubli de leur part : c’est une déclaration de guerre froide, fondée sur un rapport de forces permanent qui vise à user la République comme on use un tissu jusqu’à ce qu’il se déchire de lui-même. Il faut donc être aveugle pour s’exclamer devant les caméras, à l’instar de madame le député-maire : «Est-ce qu’un bout de tissu fait trembler la République ?».
Mais c’est bien ce «bout de tissu» qui finira par mettre en pièces le tissu social ! Comment un député-maire peut-il ne pas comprendre que la multiplication des voiles signe la division de la République ?
Evidemment, face à une telle bêtise, les musulmans ont beau jeu de dire que «le voile islamique n’existe pas (!)» puisqu’«il s’agit de préserver la pudeur des femmes» – comme si la pudeur des femmes ne pouvait pas être respectée sans le voile !
Ne voyons-nous pas qu’il y a dans ce propos apparemment moral une authentique insulte à ce que nous sommes ? Jusques à quand allons-nous supporter pareil mépris à notre égard ? L’islam détiendrait-il le monopole de la moralité ? Qu’est-ce donc que ce respect qui discrimine les femmes entre elles par le port ou le non-port d’un signe religieux ? Qu’est-ce donc que ce respect qui va jusqu’à lapider les femmes voilées jugées fautives au regard de l’idée que se font les musulmans du respect ? Qu’est-ce donc que ce respect qui soumet inconditionnellement un sexe à un autre ?
En acceptant le bandana, nous avons accepté le voile et ses valeurs, et, par suite, contourné la seule loi qui permet le vivre-ensemble. Car enfin, le voile n’est que la partie émergée de l’iceberg islamiste : son port met en cause non seulement la laïcité et les valeurs républicaines, mais encore l’Occident ! Allez donc à Birmingham, en Angleterre, et vous comprendrez ce qu’est l’avancée de l’islam en Europe ! Faites un tour aux Etats-Unis et vous découvrirez le succès des livres musulmans niant systématiquement le darwinisme ! Promenez-vous en Seine-Saint-Denis ou dans certains quartiers de Marseille, et dites-moi si vous avez le sentiment d’être en France !
Faudra-t-il que l’on cède toujours davantage à cette obstination communautariste, quitte à institutionnaliser différentes communautés pour sauver la paix civile ? Et croyons-nous que de telles communautés n’en découdront point sitôt que la situation internationale déversera sur nos écrans ses inévitables conflits politico-religieux ? Israël, la Palestine, le Liban, la Syrie, la Somalie, l’Algérie, le Kosovo ne nous sont-ils d’aucune leçon ?
Si la France a su donner à l’ensemble de ses habitants la possibilité d’être ou non croyants, c’est grâce à la laïcité. En amenuisant cette dernière, nous augmentons la puissance de ceux qui ne voient – pour quelque habitant que ce soit – qu’une possibilité : la loi musulmane, incomparablement supérieure à toute autre, puisqu’elle est divine. Mais cette loi divine promet l’enfer céleste à tous ceux qui n’en veulent point. Or, il n’y a d’enfer que celui qui peut être déchaîné sur terre. S’il peut être déchaîné, c’est qu’il est enchaîné. Ce qui l’enchaîne, c’est la laïcité !
Maurice Vidal

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