À lire : Villa Maldoror, de Jean-Paul Gourévitch

Publié le 24 septembre 2013 - par - 946 vues

Jean-Paul Gourévitch est expert en chiffres. Ceux de la démographie africaine et de leur corollaire en terme d’immigration chez nous n’ont guère de secret pour lui. Sa compétence est reconnue même par les tenants de la discrétion, voire du silence sur ces comptabilités-là. C’est dire le sérieux de ce qu’il annonce et, d’aucuns s’en feront souci, prévoit.

Une bonne nouvelle nous vient cependant de sa part, en cette rentrée riche en incertitudes, pesanteurs et menaces de toutes sortes : le démographe est ausi écrivain, attaché à un terroir nommé Bourgogne et capable d’y développer une fiction mêlant passé et présent, vieilles pierres et gastronomie, meurtres mystérieux et disparitions inquiétantes.

Dont celle de l’astre quelque peu déclinant autour de qui s’agite une famille et des collatéraux mus par des ressorts divers et fort romanesques : héritage et droits d’auteur, culpabilités anciennes, passion pour la terre natale, désirs, jalousies et autres avatars pimentant les réunions estivales décidées à priori pour l’harmonie, la sieste, les bavardages et l’indifférence au temps qui passe.

Il en ira un peu différemment ici. Philippe Saint-Clar, frustré d’Académie, est le disparu sur l’aura de qui veille le chateau de Montbrûlé, vestige chaotique où personne ne semble vouloir s’aventurer. Des édiles prudents, des policiers bien élevés mais perspicaces, une postière qui paiera cher son goût pour la promenade, une ravissante métisse co-habitant avec la femme du héros, une fouineuse thésarde qui en réchappera, des enfants diversement intéressés par ce qui se passe autour d’eux sont les personnages principaux de cette affaire débordant comme il convient le strict cadre d’une famille réunie pour fêter le jubilé de son grand homme.

Un roman donc, d’où émanent, comme un bien joli nuage de tendresse tempérant les excès, coups de sang et diverses angoisses des uns et des autres, le goût pour les choses simples de la vie, une recette de cuisine, un dialogue entre femmes à l’heure des canicules, l’attachement à une nature semblant figée pour l’éternité, le lent défilement des heures dans un espace préservé. Un charme nait de cette lecture, éminemment français par son décor, loin des tumultes de masse dans lesquels l’auteur, je le crains, devra bien vite replonger, une fois ses vacances littéraires terminées.

Alain Dubos

Villa Maldoror/ Editions De Borée.

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