A M. le Maire, à propos de l’affichage franco-arabe à la Poste de Beaucaire

Publié le 20 avril 2010 - par - 490 vues

Alain Dubos,

Ecrivain-Medecin

Ancien Vice-Président de Médecins sans Frontières.

à Monsieur le Maire de Beaucaire.

A propos de l’affichage bilingue franco-arabe à la Poste de Beaucaire.

Monsieur le Maire,

Faisant suite à l’article paru hier Samedi dans La Provence (“Alain”, c’est moi en fait), je complète mon propos, avec ce préambule qui me parait important : en 2002, tout comme vous, j’ai voté Chirac au second tour. Ce qui nous place, je pense, vous et moi dans le camp des démocrates, des républicains, des tolérants, des laïques, etc. Donc pas d’ambiguïté là-dessus.

Cela étant dit, je persiste dans mon jugement sur l’affichage bilingue à la Poste de votre bonne ville. Que je sache, la Poste n’étant pas encore privatisée, elle ressort en entier du domaine public, domaine géré, entre autres partenaires, par votre municipalité. Jusqu’à preuve du contraire. Je note que cette information (voir pièce jointe) diffusée sur Internet a été mise en doute immédiatement par un certain nombre de gens, et authentifiée tout aussi rapidement. Nous ne sommes donc pas dans l'”intox” virtuelle. Il existe bel et bien un affichage bilingue, franco-arabe, à la Poste de Beaucaire.

Partant, le problème est moins, à mes yeux, un affichage compréhensible par les immigrés de fraîche date que celui d’une généralisation de ce service aux citoyens de Beaucaire. En effet, si vous décidez de donner accès à un service public dans une langue étrangère, vous devez impérativement le faire pour tous les services publics. Cela signifie, Monsieur le Maire, que la logique vous impose désormais de “bilinguiser” l’ensemble de votre ville, panneaux de signalisation et noms des rues inclus. Car on peut difficilement imaginer le désarroi d’une personne incapable de savoir comment aller précisément à l’endroit où l’on parle (ou écrit) sa langue maternelle. Ce citoyen, ou citoyenne, doit donc pouvoir bénéficier d’un affichage urbain adapté à son besoin, avec ipso facto, accès direct, dans sa langue, aux avenues Gambetta, Leclerc, De Gaulle, Zola et autres squares Brassens (ou Ferré). Qui la mèneront à la Poste. De Beaucaire.

Vous êtes ainsi aujourd’hui, Monsieur le Maire, devant un choix et une décision difficiles. Peut-être conviendrez-vous avec moi que vous avez poussé les feux un peu loin. En vérité, je pense que vous n’aviez nul besoin de provoquer, de cette manière finalement assez frivole et inconséquente, un supplément au débat en cours, débat dont la virulence croissante nous conduit, hélas, à de fort dommageables extrêmités. Donc, quelle que soit votre décision à venir, vous allez devoir faire preuve, Monsieur le Maire, de ce que l’on exige d’un édile responsable, et qui tient en un mot bien simple : du courage. Généraliser et faire de votre ville, historiquement, la première en France à avoir ouvert l’affichage public à une langue étrangère. Ou en rester là et laisser la patine du temps effacer tranquillement le libellé de ce petit panneau de rien du tout.

Pour avoir initié et conduit des missions humanitaires “sous le feu”, au Liban, en Afghanistan, chez les Kurdes, les Somozistes, les Tigréens et jusque dans les ports iraniens (Abadan, Korramshah) “scudés” par Saddam Hussein, pour avoir risqué ma peau, gratuitement, pour des gens culturellement, éthiquement, mentalement aux antipodes de l’homme que je suis, je vous dirai deux choses, Monsieur le Maire : la première est que l’honneur consiste à toujours respecter la culture de son hôte, sans vouloir, à aucun moment, lui en imposer une autre. La seconde , certes épidermique mais bien réelle, est que tout citoyen élevé au grain républicain dans ce pays qui s’appelle France est en droit de vouloir continuer à se sentir chez lui, à la Poste de Beaucaire comme à celle de Strasbourg, de Bayonne ou de Brest, Postes qui ne sont pas, dois-je vous le signaler, celles d’Alexandrie, de La Mecque, de Djakarta ou de Barhein, toutes parfaitement respectables en tant que telles.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes sentiments les meilleurs et bien dévoués à notre commune cause, celle de libertés essentielles durement acquises au fil des siècles.

Dr Alain Dubos

PS : j’adresse ce courriel à la charmante journaliste avec qui j’ai eu une entrevue téléphonique avant-hier, ainsi qu’à un site de défense de la laïcité, Riposte Laïque, qui en fera ce que bon lui semblera. À des amis Québécois, enfin, qui se battent pour ne pas être anglicisés et croyez-moi, Monsieur le Maire, ce n’est pas, comme on dit, de la tarte!
PS2 : pour Aveline Lucas, vous saurez tout à mon propos sur google… l’Acadie, le Cambodge, MSF, la Louisiane, les Landes… et même les Métis franco-indiens du Manitoba!!!!

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