A mes amis « cathos de gauche »

Publié le 19 mars 2008 - par
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Votre serviteur a été catho de Gauche, et au soir de sa vie, il s’interroge. Sa mémoire n’est pas encore vacillante. En 85 années de vie, il a beaucoup emmagasiné ; alors, au travail, J’ai quitté l’Eglise Catholique, sans jamais retiré mon amitié à mes anciens condisciples. On a chacun sa structure cérébrale ; la mienne , par hasard, m’a permis de le faire sans en souffrir. J’ai eu beaucoup de chance !

Définitions

Qui êtes-vous ? Des membres de l’Eglise Catholique qui donnez la primauté à l’esprit évangélique ! Je ne crois pas me tromper. C’était ainsi pour moi..

Q’est-ce que l’esprit évangélique ; c’est le « Aimez-vous les uns les autres » et son insertion dans notre vie sociétale. Est-il possible de limiter cet esprit évangélique à la seule vie personnelle, et l’exclure de la vie sociétale ? Il semble que ce soit inconséquent, car la vie est un tout. Mais pour certains, cela pourrait-il se faire ?? Peut-être !

C’est le moment de rappeler ce qui s’est passé lors du synode des évêques européens, en 1999. Les évêques ont fait part au pape, de la demande de nombre de leurs ouailles, de donner la priorité à l’esprit évangélique. Le pape Jean-Paul II a répondu par la négative, avec netteté. C’est la foi qui est prioritaire, foi en Jésus-Christ, fils de Dieu, né de la Vierge Marie, fécondée par l’ombre du Saint-Esprit, et ce Jésus-Christ est ressuscité des morts et monté au ciel. L’esprit évangélique est donc secondaire, ce qui a permis à certains, dont je suis, de le considérer comme un appeau pour attirer les ouailles.

Philosophons un peu

Un peu de philosophie, pour tenter d’apporter plus de lumière à cet esprit évangélique.

La vie est apparue sur la terre sous la loi de la « Sélection Naturelle » : le plus fort domine, et mange au besoin le plus faible.

Puis, un jour, est apparu sur la terre un mammifère, l’homme, doué de conscience d’être. Il semble bien qu’il soit le seul être sur terre à avoir cette conscience d’être. De plus, aujourd’hui, cet homme menace par ses activités la permanence de la vie sur la planète. Il en prend conscience et veut en assumer la responsabilité. En quelque sorte, il devient gestionnaire de la planète.

Question : cet homme doit-il échapper à la loi de la sélection naturelle et bénéficier d’un autre statut, d’une autre loi, plus respectueuse de son existence ? Quelle réponse apporter à cette question ?

La réponse des évangiles

A notre connaissance, le premier homme qui ait répondu à cette question, c’est Jésus de Nazareth. Il n’a jamais écrit quoique ce soit. Sur lui, il n’existe que des narrations des ses faits, gestes et paroles. Il aurait formulé cette nouvelle loi : « Aimez-vous les uns les autres », ce qui exclut toute domination.

Et nous savons aussi que l’église catholique a réécrit quatre de ces textes au début du quatrième siècle de notre ère, en déclarant tous les autres textes apocryphes. L’un des vôtres que vous admirez, Jean-Marie Huret, a laissé dans ses mémoires, l’affirmation qu’il était anté-nicéen, c’est à dire, adepte du Jésus d’avant le Concile de Nicée, en 325. Jean-Marie considérait donc que c’est à cette date que l’église catholique naissante a formulé son dogme fondateur, le crédo de Nicée. Remarquons aussi qu’elle naissait en devenant religion d’état Avant cette date, il est de coutume de l’appeler « église chrétienne ». Historiquement, ce n’est pas exact, le mot catholique a été utilisé en l’an 112 par Ignace d’Antioche., dans sa Lettre aux Chrétiens de Smyrne. Toutefois, la mémoire populaire en a décidé autrement.

Au Chapitre XXII de l’Evangile selon St-Mathieu, versets 36 à 40, un docteur de la loi dit à Jésus : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? ». Et Jésus répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. C’est là le plus grand et le premier commandement. Et voici le second qui lui est semblable ; tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute le Loi et les Prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. Il faut vous aimer les uns les autres ».

Pratiquement, il y a opposition entre ces deux visions. Les catholique traditionnels se réfèrent à la position de Jean-Paul II, position officielle depuis l’an 315 : Primauté à la foi. Les Catho de Gauche se réfèrent au texte de St-Matthieu. Il est évident que les évangiles ont été remaniés pour être conformes à la doctrine du Concile de Nicée. La contradiction de la phrase de St-Matthieu aurait-elle échappé aux pères conciliaires ? Il est vraisemblable que peu de catho de gauche ont remarqué cette contradiction. Ils sont avant tout chrétiens, disciples de Jésus, et ne s’encombrent pas des détails dogmatiques.

L’épisode Jean XXIII, alias le concile Vatican II, que les catholiques viennent de vivre, est désormais clos. Son origine se situe au moment de l’industrialisation occidentale, lorsque s’est posée la question de la société et de la dualité capital-travail, au travers des encycliques du pape Léon XIII. Après l’épisode Vatican II, les tenants de la ligne traditionnelle se sont regroupés sous la bannière de l’Espagnol Josémaria Escriva de Balaguer, et ils ont repris énergiquement l’église en mains. Personne n’ignore que le pape Benoît XV ne voit que par l’Opus Dei.

Les catho de gauche et le monde actuel

Une observation personnelle de l’auteur de cette étude, chercheur en vie sociétale, et qui fut un fidèle ami du Père Chenu, lors de Vatican II.

L’auteur relève une similitude impressionnante dans la façon dont s’est faite en même temps, la reprise en main, et de l’église catholique, et du système économique occidental. Des deux côtés, on a évité la précipitation, on a pris son temps pour être sûrs de réussir. Tous deux se passent entre 1940 et aujourd’hui. Tous deux ont pleinement réussi.

Coté religion, l’origine de la reprise en mains se situe en Espagne, pendant la dictature de Franco. Josémaria Escriva de Balaguer créa l’Opus Dei entre 1928 et 1936, à partir d’un groupe de réflexion très orienté : nous ne sommes pas la troupe, mais les caudillos ! Très vite, ils se sont devenus les fidèles du Caudillo, en service dans l’armée franquiste. Ce mouvement laïc chrétien est réputé pour sa culture du secret, ce qui ne fait que renforcer l’idée selon laquelle elle constituerait une puissance occulte cherchant à s’infiltrer dans l’église et la société civile.

Quel est le cheminement depuis Jean XXIII jusqu’à Benoît XV ? Il s’est fait à travers les pontificats suivant :

– Paul VI, qui donne le souvenir d’un pape mou et sentimental

– Jean-Paul Ier, qui a voulu mettre au clair la puissance financière de l’église, ce qui lui a valu de disparaître au bout de quelques semaines de pontificat. Et il n’a pas été le seul à disparaître, et même l’un d’eux, enfermé dans les prisons new-yorkaises pour fraude boursière.

– Jean-Paul II, catholique traditionnel de Pologne, n’a pas brusqué l’évolution. Son grand sens de la communication et sa popularité ont permis à son long pontificat de prendre le virage en douceur et de mettre en place de plus en plus de prélats liés à l’Opus Dei. Rien d’étonnant que son successeur soit Benoît XV.

Coté système économique, l’évolution s’est faite sur le même laps de temps. Son origine se situe aux USA, en 1942, lors de sa sortie de l’ « isolationnisme ». Avoir le système économique le plus performant du monde a suscité l’idée de l’imposer au monde entier. De plus, les universités ussaniennes étaient au top niveau en matière de communication et de management.

Commencé sous l’appellation de « La liberté d’Entreprendre » ce système économique ultralibéral a reçu en 1956 l’apport doctrinaire de l’Ussanien Milton Friedman, le Monétarisme ; la circulation financière ne doit subir aucune entrave, et donc doit avoir la primauté sur le politique et l’économie. Pris en main par les managers ussaniens, Liberté d’Entreprendre et Monétarisme sont devenus « La Pensée-Unique », sur laquelle s’est greffée le slogan publicitaire « Modernité et Bonheur pour tous ». Ainsi paré, le Monétarisme pouvait partir à la conquête du monde, en commençant par la locomotive « Europe ». Les Ussaniens avaient pris soin, lors de la Libération de cette Europe en 1945, de n’autoriser la construction européenne qu’à la seule condition qu’elle soit économique et monétariste. Cela n’a pas failli d’un iota. Nous vivons actuellement les dernières phases de ce changement de système économique, car on ne change pas de système économique comme de chemise. Système économique et religion, ça demande du temps.

Des deux cotés, la reprise en mains est faite. L’Opus Dei règne en maître à Rome, et la Finance a obtenu la Primauté du pouvoir dans le monde entier. C’est surprenant qu’un traité européen, celui de Maastricht, ait eu un tel impact mondial. En annexe, vous trouverez le texte de ce traité qui explique cet impact. Deux grandes espérances sont passées ; il serait sans doute plus exact de dire qu’une grande espérance commune est passée ? Pour quelles raisons ont échoué ces deux tentatives d’évolution et de progrès ? Sans doute, absence d’étude et de logique ; a sentimentalité en tenait lieu. Par contre, chez les tenants de la restauration, il faut admirer le sérieux de leur travail, la logistique de leur démarche où le facteur temps a été parfaitement intégré, la masse d’intelligence qui a été utilisée pour arriver à leur fin. Je laisse aux exégètes d’en tirer la leçon pour la prochaine tentative, car elle est inéluctable.

Pour conclure avec un sourire, une anecdote : le séminaire de l’Opus Dei pour la formation des Prélats, est implanté dans un Paradis Fiscal du Monétarisme : le Liechtenstein. Eternelle collusion entre la religion et la finance ?

Une autre anecdote vécue par l’auteur un peu avant 1960, à l’époque, membre de Vie Nouvelle, groupe de réflexion travaillant sur trois pistes : vie religieuse, vie personnelle, vie politique. Cette troisième piste était drivée par un nommé Jacques Delors. Nous avions eu droit, lors de la soirée récréative d’une session, à un sketch :

Une dizaine d’hommes parcouraient en tous sens la scène. Deux hommes s’arrêtent et se parlent ; l’un emprunte un billet de 100 frcs à l’autre, puis tous deux rentrent dans le circuit. Le porteur du billet arrête un autre homme, et lui donne le billet pour lui payer une facture. Et le jeu continue. Le billet passera de portefeuille en portefeuille, sous divers prétextes économiques, jusqu’à revenir à celui de départ. Moralité l’économie est une affaire de circulation monétaire.

J’ai su, beaucoup plus tard, que la doctrine du monétarisme venait d’être inventée en 1958 par Milton Friedman, pour doper la Liberté d’Entreprendre Ussanienne. Jacques Delors faisait sienne cette doctrine au travers de ce sketch. Vingt ans plus tard, on le retrouve ministre des Finances de Mitterrand en 1981. Il organise en Mars 1983 une crise financière pour obliger le Parti Socialiste à adopter la Pensée-Unique, alias le Monétarisme, ce qui contraint ce parti à renier sa valeur première, la Primauté du Politique. C’est le fameux virage à 180°. Propulsé par Mitterrand à la Présidence de la Commission Européenne, il prépare le traité de Maastrich qu’il fait voter en 1993. La rédaction même de ce traité y intégrait tous les « tiers », c’est à dire le monde entier. La nuance, c’est que l’Europe est engagée juridiquement ; les autres pays n’ont pas cette contrainte. Jacques Delors quitte aussitôt après, la Commission Européenne. Il devient ensuite président des Semaines Sociales de France, émanation du lobby catholique de France, dont le siège est dans les locaux du Journal La Croix, 5 rue Bayard à Paris.

Cela prouve qu’il y a bien des demeures dans la maison du Père. C’est cette doctrine qui a sonné le glas de l’espérance des Catho de Gauche : bâtir un monde plus fraternel.

Annexe

Le traité de Maastricht stipule : « Toute restriction aux mouvements de capitaux et aux paiements, à la fois entre les Etats membres et entre les états membres et les tiers, est interdite (art. 56, ex art. 73B et suivants) ». Pouvait-on trouver une phrase plus explicite pour donner la Primauté à la Finance. Ironie du sort ! C’est le parti qui a inscrit dans ses valeurs la « Primauté du Politique », qui a bradé cette Primauté, en faveur de la Finance. C’est la restauration de la féodalité. De terrienne qu’elle était, elle est devenue financière. Elle garde la même tare : celle de faire du paupérisme, pour les états et pour le peuple d’une part, et d’autre part de la richesse insolente pour une caste de privilégiés. 1789 est à refaire, mais dans des conditions infiniment plus difficiles.

Pierre Bellenger

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