A propos du film de Negar Zoka "Ce que le voile dévoile"

Quand une jeune femme française, d’origine iranienne, vous appelle, en janvier 2010, pour vous faire savoir qu’elle prépare un film, autour du débat sur le voile intégral, en France, vous avez tendance, intuitivement, à penser que vous allez avoir affaire à une personne de type Chahdortt Djavann, ou Anna Pak, opposées viscéralement au voile, et encore davantage au voile intégral.
Quand Negar Zoka vient de Paris, et passe une soirée à filmer une conférence de Riposte Laïque, à la MJC de Conflans, quelques jours plus tard, avec son réalisateur, vous vous sentez encore davantage consolidé dans ce jugement.
Quand, après cette soirée, cette réalisatrice, par ailleurs fort sympathique, vous propose un entretien, chez vous, avec son caméraman et son preneur de son, Olivier, vous avez hâte de voir le film qu’elle a entrepris.
Pourtant, après avoir discuté librement avec Negar, j’ai senti qu’elle ne partageait pas du tout le point de vue de Riposte Laïque. Lors d’une discussion avec le preneur de son, Olivier, j’ai bien senti le clivage. Lui était totalement sur nos positions, alors que Negar niait la réalité de la symbolique de la burqa, et l’ampleur de son offensive.
Le film est passé sur la chaine parlementaire (LCP) le 6 juin. Je n’ai pu le voir, mais Negar m’a fait parvenir un DVD. Je ne l’ai regardé que la semaine dernière, et la déception est vive. J’avoue que je ne la pensais pas capable de faire un film aussi partial, relativisant autant la réalité de l’agression islamiste que connaît notre pays. Pourtant, le film est agréable à regarder, dynamique, et bien réalisé. Mais sur le fond, quel message véhicule-t-il ?
Il me donne la parole, dans les premières minutes. Rien à dire, j’ai droit à environ 3 minutes, où l’essentiel du discours de Riposte Laïque passe. Mais c’est au début, comme pour me faire passer pour le méchant de service, alors que tout le film veut démontrer qu’il n’y a aucun problème sérieux en France, et que la burqa n’est qu’un épitphénomène. On entendra, pour contre-balancer légèrement, également André Gerin, Jacques Myard, Sihem Habchi, Annie Sugier, Jean Glavany, lors des auditions de la mission parlementaire. Au total, sur 52 minutes, les partisans d’une loi auront droit au maximum à 10 minutes.
C’est bien peu sur 52 minutes. Surtout quand la réalisatrice fait passer le message suivant : non à l’intolérance, il y a bien plus grave que la burqa, les intégristes laïques qui réclament une loi se trompent de combat…
Ainsi Negar, ira interviewer Bauberot – le seul membre de la mission Stasi à avoir refusé de voter la loi contre les signes religieux à l’école – qui expliquera que la laïcité, c’est respecter la liberté de porter le voile….
Ainsi Negar ira interviewer un sociologique qui nous racontera que c’est à cause des inégalités sociales si le voile intégral se développe…
Ainsi Negar ira interviewer longuement un salafiste, de nationalité française, né en France, qui expliquera clairement que les lois de la charia sont supérieures à celles de la République, et qu’on n’est pas obligé de respecter l’égalité des hommes et des femmes pour être Français…
Ainsi fait-elle preuve d’une complaisance consternante devant le discours de deux militantes, voilées agressives, qui expliquent que le féminisme du 21e siècle, c’est le droit de porter le voile.
Mais la scène qui met le plus mal à l’aise est ce reportage, dans le sud de la France, chez la nommée Kenza, qui a fait la une de tous les reportages médiatiques, sur la burqa. La connivence affichée par la réalisatrice avec cette mlitante islamistes du voile intégral est révoltante. La complaisance qu’elle met à donner longuement la parole à deux idiottes utiles, qui nous parlent de vivre ensemble, de tolérance, et qui cautionnent le droit de porter la burqa, et le recul de la laïcité, est insupportable.
Olivier, le preneur de son, exprime, tout au long du film, son mal-être – et il faut remercier Negar d’avoir laissé ces passages – devant la partialité du film, et l’hostilité affichée contre les positions de Riposte Laïque.
On s’interroge, à la fin de ce film, sur les réelles motivations de cette réalisatrice. Elle a réalisé un film à charge contre la loi sur le voile intégral. Negar Zoka se dit française, et attachée à notre modèle laïque. Mais il n’est pas certain que sa conception de la laïcité ne soit pas proche de celle du modèle anglo-saxon, et qu’elle ne confonde pas « liberté religieuse », c’est-à-dire que les religions font ce qu’elles veulent, partout où elles veulent, avec « séparation du religieux et du politique », où on les cantonne dans la seule sphère privée.
Il est curieux qu’une femme d’origine iranienne puisse défendre avec autant d’acharnement et de partialité, le droit de porter, en France, une tenue qui symbolise l’oppression des femmes quand, dans son pays d’origine, des femmes meurent pour ne pas le porter.
Ce film, qui trahit ouvertement le combat de ces femmes, est donc un mauvais coup porté à la lutte contre l’islamisation de la France, que la réalisatrice ne veut pas voir. Negar Zoka se contente de reprendre le discours des islamistes « Le voile, c’est mon choix, c’est ma liberté », et de faire passer pour intolérants les gens qui, comme Riposte Laïque, ont voulu qu’une loi mette fin à ce scandale.
Les islamistes seront ravis qu’une réalisatrice d’origine iranienne, qui se dit contente de ne pas porter le voile en France, ait pu produire un tel film, qui ne fait que nier, ou banaliser, l’oppression du voile, intégral ou pas, contre les femmes.
Pierre Cassen

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