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À quand la chute du Mur des médias dominants ?

Il y a des moments d’histoire qui nous marquent plus que d’autres.
Je me souviens du matin où, enfant, j’ai appris par ma mère l’assassinat de Kennedy, de la soirée où la télévision annonça chez mes grands-parents le décès de Pompidou, d’où je me trouvais quand les tours du World Trade Center se transformèrent en tombeaux pour 3 000 âmes. Et de ce matin du 10 novembre 1989, à Paris, de l’appartement dans lequel on m’annonça qu’à Berlin, le Mur était tombé.

J’habitais au vingt et unième étage d’une tour près de la place d’Italie avec deux autres Calédoniens, un étudiant ingénieur et une étudiante en deuxième année de médecine. La jeune fille entra dans ma chambre : « Viens voir, Marcus, viens voir, il se passe quelque chose à Berlin ».
Dans le salon, la télévision montrait une foule d’Allemands de l’Est franchissant le rideau de béton et de barbelés séparant depuis presque quatre décennies la partie ouest de la partie est de l’ancienne capitale du Reich.

Des artistes se sont ensuite exprimés sur des fragments de ce mur qui paraissait éternel et qui se révéla d’une si grande fragilité. Tant pis pour John Le Carré, Checkpoint Charlie s’était évaporé en quelques heures.
L’idéologie n’avait pas été une force suffisante pour séparer une même nation européenne, un même peuple occidental. Le Mur était condamné dès sa construction, mais nous nous en sommes aperçus que lorsqu’il disparut.

Il devint un lieu de création, une galerie d’art à ciel ouvert, un but de visite touristique.


Test the best de Birgit Kinder (1991)

La chute du Mur nous laissa longtemps dans l’espoir que d’autres murs, à l’Ouest, céderaient sous la pression populaire.
En 2013, Jean-Yves Le Gallou lors de son discours d’ouverture de la cérémonie des Bobards d’Or pensait que le mur des médias tomberait bientôt. « Les médias de l’oligarchie, disait-il, sont de plus en plus totalitaires mais ils perdent de leur puissance. Car ils sont concurrencés par les médias alternatifs sur Internet. Sites, blogs, forums, réseaux sociaux permettent aujourd’hui de se faire une opinion indépendamment des médias de l’oligarchie. Brimée dans les médias classiques, la liberté revient par la fenêtre des médias numériques. Aujourd’hui les médias de l’oligarchie ont perdu leur monopole et les journalistes ne sont plus intouchables. »

Sept ans plus tard, je ne sais si ce mur-là s’est renforcé (musellement d’Internet en cours) ou si des fissures s’y élargiront bientôt en brèches (Zemmour revenu sur CNews).

Parmi les autres murs que nous aimerions voir s’écrouler figure celui que Mitterrand fit dresser par la droite la plus conne du monde entre elle et l’autre droite, celle qui est encore incarnée par la famille Le Pen.
Mitterrand, qui avait ramassé un Parti socialiste plus faible que ne le sont aujourd’hui Les Républicains, étouffa petit à petit un Parti communiste bien plus imposant que lui. Mitterrand savait qu’il ne fallait surtout pas que ce qu’il avait réussi à gauche se produise à droite. Alors, en sous-main, il devint l’architecte du mur entre une droite mollassonne condamnée à dépérir de ses insuffisances idéologiques et une droite ayant quelques certitudes, mais manquant peut-être de la volonté de gouverner.

Et ce mur est toujours solide. Le sera-t-il jusqu’à l’extinction quasi totale de la droite des imbéciles congénitaux qui la dirigent, Jacob, Pécresse, Barouin, Larcher et compagnie ? J’ai tendance à le penser.

Pour revenir à Berlin, un indicible crétin, Mélenchon, regrette que l’ex-RDA ait dit Good bye, Lenin ! Mais ses arguments sonnent si faux, sont si piteux que j’ai presque pitié de ce pathétique pantin.

Depuis d’autres murs ont été édifiés. Des murs de protection, non pour préserver une idéologie, mais pour éviter à des pays les invasions armées (Israël) ou migratoires, les attentats, pour repousser les hordes barbares qui sillonnent la planète.

Y a-t-il en 2019 davantage de murs qu’en 1989 ?
Matériellement, je n’en sais rien.
Mais dans les têtes, la bien-pensance, le politiquement correct, la pensée mainstream, ont réussi à monter des murs que seule l’intelligence personnelle, la solidité mentale peuvent détruire. Ce n’est pas gagné quand on voit dans quel état est notre système scolaire.
La fabrique du crétin façonne d’excellents maçons idéologiques.

Marcus Graven