Acheter français : un geste citoyen et solidaire qui ne peut que déplaire à Cohn-Bendit !

Publié le 23 décembre 2011 - par - 849 vues
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En lançant l’idée d’acheter français et de re-fabriquer en France, François Bayrou reprend un slogan lancé par Georges Marchais et le PC dans les années 1980 quand a commencé le cycle infernal des fermetures d’usines (puis des délocalisations), cycle qui, depuis, ne s’est plus jamais arrêté. F Bayrou a raison de nous amener à réfléchir à notre responsabilité individuelle et notre pouvoir de « consommateur », sur la vie économique de notre pays, des conséquences que peuvent avoir nos décisions d’achat. Dans son idée, il ne s’agirait pas obligatoirement d’acheter des marques  françaises mais des produits fabriqués en France. Acheter français c’est une idée qui peut séduire, on peut l’envisager comme un acte citoyen qui pourrait  tenter  d’agir  sur  l’emploi  et la fabrication locale, voire le retour au pays des usines et des savoirs expatriés et, en freinant les délocalisations actuelles, remonter  le moral des Français.

Dans la région toulousaine vient de se créer en bordure d’une sortie d’autoroute un complexe commercial appelé « village des marques », dont le but est d’attirer les amateurs sensibles aux étiquettes ( plutôt articles de luxe). L’objectif est de vendre des « produits de grandes marques » en promettant des réductions exceptionnelles, car il s’agit d’écouler des stocks anciens (années N-1, N-2).

Je me suis  rendue, par curiosité, dans ce village  avec, en tête l’idée suivante : « si  je voulais me comporter en  citoyenne responsable et acheter des produits fabriqués en France que pourrais-je trouver, à quel prix et comment aurais-je la certitude que ce produit est bien fabriqué dans notre pays ? » Faute de temps, je n’ai pu visiter qu’une partie des boutiques.

Dans une des rues du village s’alignent de nombreux  magasins de vêtements de ville, mais aussi de vêtements de sports, ensuite des valises et accessoires de voyage, du petit électro-ménager, de la vaisselle, du linge de maison. C’est  avec papier, crayon et sourire que j’entreprends ma petite enquête.  Ma première action est de regarder les étiquettes indiquant  la provenance des produits. A ma connaissance, mais peut-être je me trompe, j’ai la certitude que, concernant les vêtements, doivent figurer sur l’étiquette à l’intérieur de l’article : la composition, le mode d’entretien et le lieu de fabrication. A mon grand étonnement, si je trouve, dans la plupart des cas, mention des textiles utilisés, je ne trouve pas toujours l’indication de la provenance. Quand je questionne les vendeurs à ce sujet les réponses sont contradictoires ou ambiguës. Certains confirment bien  que toutes ces mentions sont obligatoires  « depuis 8 ans me dira » une vendeuse. D’autres me répondent que la provenance doit être indiquée seulement si le produit n’est pas fabriqué en France ( l’absence de la mention du lieu de fabrication  signifiant alors que le produit est obligatoirement made in France). Je fais remarquer que c’est alors complètement stupide de ne pas mettre bien en évidence la production française et j’avoue ne pas trop croire à cette version.

Alors obligatoire ou pas l’étiquetage du lieu de fabrication ? Indispensable, en tous cas si l’on veut lancer l’opération «  acheter français ». Pourquoi se priver d’une indication fondamentale qui peut être un encouragement à l’achat citoyen?  

Sur certaines chemises aucune étiquette (ni composition ni provenance) on me dit qu’elles sont toutes fabriquées à l’Ile Maurice.

Quand je demande si les groupes sont français, souvent les vendeurs ne savent pas, le designer est français le siège social quelquefois aussi mais…. le produit est fabriqué ailleurs. Qui  sont et où sont les financiers ou actionnaires ? On ne sait pas. Dans certains magasins la totalité des produits proposés sont fabriqués à l’étranger et ce sont souvent les mieux étiquetés, d’autres ont une proportion réduite de vêtements français ( on m’indiquera 20 à 30%)avec un bon étiquetage. D’autres boutiques se sont spécialisées en produits européens notamment les tricots et mailles italiennes, la provenance d’Italie est très bien signalée. Que penser d’un chemisier dont on me certifie qu’il est fabriqué en France, sauf les petites perles qui sont cousues par des petites mains dans un pays où la main d’œuvre est bon marché ? J’imagine le trajet du chemisier aller-retour pour quelques perles ! Que penser de belles chaussures  fabriquées en Chine annoncées comme vendues au prix d’usine 80€  (prix barré 160 €), l’acheteur fait-il une affaire ou  enrichit-il plutôt largement  l’actionnaire Nike ? Que penser de vêtements dont on m’assure qu’ils sont tous fabriqués  en France mais qui n’en portent aucune  justification ?

Concernant la vaisselle, chez Villeroy Bosch le made in Germany figure bien sur le fond des assiettes,  chez Guy Degrenne les petits ustensiles sont marqués « importés et distribués par » et on a de la porcelaine de Limoges mais sur d’autres assiettes aucune indication  de provenance. Les valises Samsonite de bas de gamme sont fabriqués en Asie, d’autres en Belgique mais le  vendeur  a du mal à trouver l’étiquette le justifiant, à l’intérieur au fond d’une poche…

J’aurais envie de décerner une médaille  à la société Garnier Thiebaud spécialiste vosgienne du linge de maison, de fabrication française à 75 %, (le  coton bien sûr n’est pas français)  mais les produits sont manufacturés dans les usines françaises. Dans la boutique il y a une grande illustration relatant l’historique de la maison avec aussi une carte de France et les lieux de production ainsi que des photos d’usine.

Quant à ma démarche je reçois partout un très bon accueil, la plupart des vendeurs me répondent avec franchise. Nous évoquons le taux élevé du  chômage auquel, comme moi, ils sont sensibles, et tous ont entendu parler de l’ objectif « acheter français »ils y sont sensibles,   ça leur semble une bonne idée même ceux qui disent : « dans ce cas il ne faudra pas venir acheter chez nous ». Ils sont heureux de travailler dans ce village qui a été créateur d’emplois dans le canton.

Alors pourrions-nous renverser la vapeur et redonner un peu d’espoir aux classes modestes dont les usines ont fermé ? Aujourd’hui sur  une planète qui va  osciller entre 7 et 8 milliards d’habitants nous savons très bien que les grosses sociétés, les trusts,  les oligarchies financières adeptes du libre échange et de la main d’œuvre bon marché n’auront que l’embarras du choix et pourront toujours trouver une main d’œuvre moins cher, en délocalisant tant et plus afin de  fabriquer dans les pays de moins disant social. Inéluctable cette évolution ? On réagit ou pas ? Là est la question!

Pour acheter français il faut mettre en valeur les productions made in France et rapatrier tout ce que nous pourrons. A ceux qui argumentent que ces produits fabriqués au loin seraient meilleur marché pour les pauvres de France, on peut répondre: « oui c’est vrai  ils sont quelquefois avantageux, mais pas tous, et encore trop chers pour bien des chômeurs que les délocalisations ont plongé dans la grande précarité ». Si l’on met dans la balance le coût social des délocalisations que doit prendre en charge la solidarité nationale, je ne suis pas certaine que l’argument tienne la route. Faut-il attendre que la proportion des chômeurs atteignent 20 ou 25 % pour essayer de renverser la vapeur et penser à produire et consommer autrement  et à  réfléchir sérieusement au sujet ?

Alors que ces échanges tous azimuts liés aux délocalisations (sur une planète dont on nous explique qu’elle va mal) nécessitent d’importants moyens de transports  maritimes ou aériens  produisant du  CO2, l’idée de  rapprocher le producteur de l’acheteur chaque fois que cela est possible  devrait ravir les écolos, on s’étonne alors que M. Cohn Bendit la qualifie de « bêtise monstrueuse »(1).

Cet élu qui touche un bon salaire de député européen et qui, probablement, n’a jamais de sa vie risqué de perdre son emploi pour raison de délocalisation peut-il se permettre ce commentaire ? Juge-t-il absurde l’idée d’une solidarité nationale ou pense-t-il que nous  devrions avoir honte des savoir-faire et de l’ingéniosité française  ?

Chantal crabère

 

(1) Le Figaro – Flash Actu : CohnBendit: les 32h  »pas très réalistes »

www.lefigaro.fr/…/97001-20111219FILWWW00508-cohnbendit-l…

il y a 1 jour – Daniel CohnBendit a estimé aujourd’hui que l’objectif de travailler 32 de crise, jugeant par ailleurs que le slogan « acheter français » était une 

 

 

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