Acte 9 : la révolte jaune dans Paris, pacifiquement…

Plus le plus grand regret – secret – des médias et des autorités, la manifestation organisée depuis Bercy, à Paris, s’est fort bien déroulée. En effet, étant donné le nombre grandissant à mesure que s’avançait le cortège, on aurait pu craindre le pire. Le pire n’est pas venu. Mieux, dans certaines rues de la capitale, il y avait du jaune aux fenêtres, des drapeaux français qui s’agitaient, dont celui tenu par une petite fille, comme pour dire à ceux qui marchaient en bas : « Nous sommes avec vous. »

Quant aux tentatives de récupération par des mouvements politiques ou des syndicats, elles se sont réduites à la portion congrue. Le NPA – Nouveau parti anticapitaliste –, la CGT ou le syndicat Solidaires, s’ils étaient présents n’ont pu ravir la vedette au jaune. Ce jaune insaisissable est rétif à toute récupération. Une jeune femme Gilet jaune est même allée les voir pour s’insurger du fait qu’ils se trouvaient en milieu de cortège tandis que leur place était, selon elle, plus logiquement en fin.

Des slogans ont été entonnés en chœur, dont un à l’adresse du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, cet individu plein de morgue qui insulte régulièrement les Gilets jaunes : « Castaner, nique ta mère ! » Comme si les Gilets jaunes – qui n’en invitent pas moins régulièrement gendarmes et CRS à les rejoindre – savaient à qui ils devaient la répression implacable qui les frappe depuis le début du mouvement. Une grande banderole jaune était de ce point de vue très explicite : « Violence policière stop. »

À la défense des forces de l’ordre – qui, jusqu’à la place de l’Étoile, ont mérité leur nom ce samedi –, celles-ci ont fait preuve de retenue, suivant le plus discrètement possible le cortège qui s’étirait à n’en plus finir.

Certes, les agences de banques et leurs distributeurs en ont pris pour leur grade, leurs façades – barricadées – affublées de « mots doux » écrits par de petits groupuscules d’extrême gauche venus se greffer à la manifestation. Certains étaient frappés du bon sens, comme celui-ci : « L’enfer c’est les actionnaires. » Parfois, cela devenait de la poésie : « Gilet jaune / Arrête l’aumône / Reprends ton dû / Le temps vécu. » D’autre fois, c’était plus radical, tout en traduisant exactement le sentiment de la plupart des Gilets jaunes : « On veut pas votre débat, on veut votre départ. Tu saisis la nuance, connard ? »

Christophe Dettinger était dans tous les esprits, lui qui s’est battu pour défendre des femmes, dont la sienne, et qui risque fort de subir le courroux de la justice pour complaire au pouvoir en place. On pouvait ainsi lire : « Macron démission, libérez Christophe » et entendre : « Benalla en prison, Christophe à la maison ! »

Des slogans étaient même très drôles : « Macron fais comme moi, taxe tes potes. » Et puis celui-ci, hélas, que l’on ne peut cautionner évidemment : « Un bon flic est un flic mort !! » Ce qui a heureusement été évité, de part et d’autre. Des morts au cours d’une manifestation et le mouvement basculerait dans une tout autre dimension.

Parmi cette masse jaune, on apercevait parfois un pirate, une Marianne portant une robe aérienne, la même qui avait pris des CRS dans ses bras dimanche dernier, lors de la manifestation des femmes. Car les Gilets jaunes, contrairement à la propagande insidieuse dont ils sont victimes, ne forment pas un groupe de brutes alcoolisées et sous-développées. Ils rêvent eux aussi, messieurs-dames d’en haut, et de bien belles choses !

Arrivé aux abords de la place de l’Étoile, l’ambiance a changé radicalement, entre les explosions, les clameurs, les charges, les nuages de gaz lacrymogène, les projectiles qui volaient dans tous les sens. Pourquoi une si soudaine violence, tandis que la manifestation s’était jusqu’alors déroulée dans les meilleures conditions, faisant mentir les pronostics les plus pessimistes ? La réponse ne serait-elle pas qu’une fois de plus l’encerclement a provoqué une réaction collective d’agressivité ?

Je mentirais si j’affirmais que quelques agités ne cherchaient pas d’emblée le contact avec la police, mais la réponse était souvent disproportionnée, comme cet homme jeté à terre par un jet d’eau puissant, ou ce groupe à genoux devant un cordon de CRS leur criant qu’eux aussi ils étaient les esclaves d’un système qui les exploitait et les forçait à maltraiter le peuple. Pour toute réponse, des charges. Sur place, un gamin m’a confié être venu de Marseille au nom de sa mère, qui travaille pour un salaire minable. J’ajoute qu’il ne participait pas aux rixes.

À  voir les multiples interventions des secouristes, les policiers n’ont pas chômé, tandis que leurs collègues gendarmes entouraient l’Arc de Triomphe pour en interdire l’accès, ce qui était une bonne chose… même s’il serait temps de reconnaître que son saccage, quelques semaines plus tôt, n’était pas le fait des Gilets jaunes.

Sur les marches d’une bouche de métro, j’observais des scènes ahurissantes de violence quand un petit merdeux de journaliste m’a poussé sans raison. Là, je me suis lâché, faisant – très vulgairement et très énervé, je l’avoue ! – comprendre à ce type et son collègue que non seulement je ne faisais pas partie de leur caste mensongère mais qu’encore ils n’avaient aucune légitimité à couvrir un événement qu’ils déformeraient ensuite dans les rédactions. Un autre m’a calmé et je suis parti.

Cependant, il faut savoir, chers lecteurs, et sans généraliser, que pas mal de journalistes se croient en terrain conquis dans les manifestations, voire au zoo, accompagnés parfois de nervis se prenant pour des gardes du corps autorisés à pousser la foule sans ménagement. Alors la victimisation systématique d’une caste, dont nous autres patriotes faisons régulièrement les frais, ça va un temps ! Cela dit sans cautionner aucun lynchage. Passons.

En déambulant parmi les Gilets jaunes pris au piège, je n’ai pas vu beaucoup d’ultras ; juste des hommes et des femmes qui ne demandaient qu’à être entendus, pour changer… depuis le temps que le système leur fait courber l’échine comme ces chevaux de jadis dans les mines. Qui étaient-ils sinon mes frères et sœurs, ces gens-là ?

Puis je suis reparti, avec un passage obligé sur les Champs-Élysées, où des affrontements avaient aussi lieu, et où la police se montrait agressive avec les passants, mais rien dans l’ensemble de comparable à l’Étoile. Idem à Saint-Lazare où l’on a eu droit à une belle parade de la police montée.

Quoi qu’il en soit, je suis rassuré : si les Gilets jaunes poursuivent dans le sens d’une révolte cohérente, même si plurielle, ils seront un mouvement fort auquel adhéreront une majorité de Français, étant entendu que l’actuel pouvoir n’a, en fait, que peu d’adorateurs.

Dernier point : je ne suis pas journaliste, Dieu merci. Moi, je me contente de voir et écouter le peuple, dont je fais partie. Et je revendique ici-même mon soutien aux Gilets jaunes, que je remercie pour leur courage à défier à la machine infernale du mondialisme.

Charles Demassieux

(Photos et vidéos : Charles Demassieux pour Riposte laïque)

 

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22 Commentaires

  1. (Suite) Saignant abondamment de la tête, il est ensuite pris en charge par les pompiers.
    Selon le journal Sud-Ouest, cet homme est un pompier volontaire de Bazas dans le sud de la Gironde, père de trois enfants, venu manifester à Bordeaux avec les Gilets jaunes.
    Le quotidien indique qu’il a été transporté au CHU de Bordeaux où il a été placé dans un coma artificiel et opéré en urgence pour une hémorragie cérébrale.
    Selon son épouse interrogée par Sud-Ouest, l’opération s’est bien déroulée et les médecins sont rassurants.

  2. https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/enquete-apres-la-blessure-d-un-gilet-jaune-a-bordeaux-57dd28c100b1cd1a12b4396ea7095058
    Enquête après la blessure d’un « Gilet jaune » à Bordeaux
    Le parquet a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête pénale après la diffusion d’une vidéo révélant qu’un « Gilet jaune » avait été grièvement blessé à la tête samedi à Bordeaux alors qu’il était poursuivi par un groupe de policiers. La vidéo amateur largement diffusée montre un homme poursuivi par un groupe de policiers en tenue et en civil dont l’un jette un objet non identifié en direction de la victime et un autre, semble-t-il, utiliser un flashball. Dans les secondes qui suivent, la caméra se déplace vers l’homme à terre, couché sur le ventre, visage contre le sol.

  3. Tiens ! Les Gros bras des Gitans et autres Gens du Voyage qui menaçaient l’Elysée ?
    Augmentation des effectifs de GJ, baisse des saccages… ? Voilà la bonne Voie !
    Jusqu’à la fin du Grand Déba…lage… Sucette de Macron pour gagner du temps.
    Attention aux Conclusions ! Protégez à nouveau les vitrines !

  4. « Un bon flic est un flic mort !!  » Vu ce qu’is ont montré dernièrement de leur capacité à casser leurs coreligionnaires, tirer au flash-ball en pleine tête en disant « a voté! » , empêcher des GJ d’emprunter un itinéraire autorisé, taper sur n’importe quel GJ rencontré, couvrir leurs propres collègues violents illégitimement ………….. Vous en pensez quoi, alors , de cette assertion ?

  5. avant de faire un article « tout va bien », il serait bien d’aller voir sur youtube les vidéos qui sortent !
    dans TOUTES les villes la police a chargé sans vergogne, tirant sur tout ce qui bouge et même faisant « des heures supplémentaires » après la manif pour aller castagner des GJ isolés attendant le tram ! je ne parle même pas du fichage systématique digne des pires dictatures…
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    https://www.europe-israel.org/2019/01/violences-policieres-un-homme-age-passe-a-tabac-par-des-crs-sous-les-yeux-de-sa-fille-qui-hurle-darreter-de-le-frapper-a-bordeaux-video-choc/
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    https://www.europe-israel.org/2019/01/les-services-de-sante-ont-fiche-des-gilets-jaunes-le-personnel-de-sante-se-transforme-peu-a-peu-en-auxiliaire-de-police-denonce-les-medecins-urgentistes/

    • Ça vous arrive de lire un article en entier ?! Je n’ai pas dit que c’est resté calme toute la journée. Et je maintiens : c’était nettement moins violent, à Paris, que les semaines précédentes.

      • quand vous aurez compris qu’il n’ya pas de « plus calme », que la violence est exclusivement orchestrée par le pouvoir vous aurez tout compris.
        si vraiment cela a été votre impression elle n’est que le résultat d’une nouvelle stratégie exercée par le pouvoir. la chasse aux gilets jaunes isolés après la manif peut en être une variante. A quand l’arrestation des GJ blessés dument fichés par les services médicaux ?
        pour votre article relisez le vous même. Je maintien qu’il donne une sacrée impression de manif paisible que seules les photos présentées viennent contredire !

  6. Voir des gauchistes NPA en plein milieu du cortège, ce n’est pas bon signe ; de même qu’entendre des slogans tels que « un bon flic est un flic mort » ou encore « L’enfer c’est les actionnaires. » : non, ce ne sont pas les actionnaires l’enfer (les actionnaires sont avant tout des gens qui placent leur argent), c’est le montant insupportable des prélèvements obligatoires de toutes sortes. Ce type de rhétorique mélenchoniste que vous semblez approuver dessert les GJ. Attaquez-vous aux privilèges indus des politiciens,, des syndicats ou des journalistes, au scandale de l’immigration massive et de l’islamisation, mais de grâce épargnez le monde de l’entreprise.

  7.  » révolte pacifique  » ah ah ah …. quelle bouffonade !
    1° comment en sort-on ?
    2° pour quel résultat ?
    Macaron peut continuer sa destruction de la France car il n’a PERSONNE en face de lui .
    Ce pays est foutu.

  8. juste un mot pour Riposte,hier soir impossible de vous recevoir meme a 23h 30 !! bref,alors un truc bizarre pas de castaner sur les ondes et flash tv sur ce 9eme rassemblement ! lui qui aime bien se pavaner aprés les casses et la personne,pas castaner,pas le benet griveau,rien,le fait que tout s’est bien passer cela les ont emmerdés un peu,Attention a samedi prochain acte 10 car il doit y avoir AUSSI la manif pour le soutien de macron il me semble……eviter la rencontre entre manifestants !

  9. Les gitans avaient promis de s’énerver suite à l’incarcération de Christophe Dettinger mais apparemment ils n’ont pas montré la moindre trace de leur colère, non pas que je sois contre un défilé pacifique mais enfin j’ai toujours soif de justice et cet homme est en prison pour rien, là où de nombreux policiers devraient se trouver à sa place. Je ne dis pas qu’il aurait fallu qu’ils soient violents mais ils auraient pu s’exprimer dans un cortège quelconque. L’avantage d’un défilé pacifique sans trop de heurts est que ça peut convaincre toujours plus de monde de s’y joindre et si on pouvait retrouver des millions de GJ dans les rues de France, ça pourrait peut-être également faire réfléchir ( ? ). De même, il faut arrêter de perdre en popularité donc un peu de calme c’est payant aussi par ai

    • Je crains Clamp qu’une révolution pacifique de plus ne fasse sourire le Pouvoir en place.. Une vraie révolution passe toujours par a force, car ce n’est que par la force que les Macron et sa bande dégageront. Ils se cachent derrière le paravent de la « république » et de la « démocratie » pour se victimiser et discréditer le mouvement GJ. Et pour ça soit il nous faut être ralliés par plus de gens et/ou des plus déterminés et « équipés », ou soit être ralliés par l’armée…….

  10. 13/01 : Gilets jaunes : un avocat interpellé à Nancy pour «incitation à la rébellion»
    Avocat au barreau d’Epinal, Me François Vallas a été placé en garde à vue samedi après-midi. Elle a été levée dans la soirée.
    Alors que des Gilets jaunes, dont le nombre a varié de 40 à 100, étaient rassemblés dans le calme sur la place de République, « un individu extérieur au rassemblement criait aux manifestants qu’il était avocat et (les) incitait à rompre le cordon de sécurité » mis en place par les forces de l’ordre, a relaté le procureur.
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/gilets-jaunes-un-avocat-interpelle-a-nancy-pour-incitation-a-la-rebellion-13-01-2019-7987683.php
    Un avocat connaît le droit du bout des doigts, s’il a dit ça, c’est que les GJ étaient dans leur droit de passer, de manifester.

    • Oui, tout comme sur la passerelle où Christophe DETTENGER a boxé gentiment la flicaille : ils avaient le droit de passer légalement mais en avaient été empêchés. Soutien à l’avocat.

  11. c’est clair, l’état n’a même plus besoin des mecs des cités et des djihadistes pour exercer sa Terreur au quotidien.
    il envoie lui-même les Blancs le faire à leur place.

  12. C’est toujours un plaisir de lire le témoignage de Charles : complet, vivant et plein d’esprit !
    Je ne peux que confirmer ce qui s’est passé à Saint Lazare. Les Gilets jaunes ont beaucoup de courage de résister malgré l’impitoyable répression policière soutenue par les médias de propagande.

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