Adapter la loi de 1905 à l'islam, la capitulation de trop ?

En France, l’islam ne pose aucun problème… pourvu que la France ne lui en pose aucun ! Or, la loi du 9 décembre 1905 – qui sépare le religieux du politique – lui en pose un, l’islam refusant, dans sa nature même, cette séparation.
Pour l’islam, en effet, la laïcité n’est acceptable que si elle ne rejette point l’évolution d’une société de plus en plus islamisée, comme c’est le cas de la société française. D’où l’idée que la laïcité doit à son tour évoluer, surtout si elle entend rester juste, car elle a été «enfantée par une Histoire à laquelle les musulmans n’ont pas participé» (1) !
C’est donc dans un souci d’égalité «multiculturelle» que le gouvernement s’apprête à ouvrir la boîte de Pandore, en proposant de réviser la loi de 1905 afin de respecter «l’essence de l’islam» !
Concrètement, il s’agit de «dépoussiérer» ladite loi en la rendant «tolérante», «bienveillante», «accueillante» ou encore «généreuse» à l’égard des pratiques islamiques, et notamment de permettre à chaque musulman de prier dans des mosquées… et non point dans la rue ! Bref, nous devons aider la communauté musulmane à rattraper son «retard historique» en matière de lieux de culte, vu qu’elle n’était pas présente sur notre sol en 1905. Traduisez : l’Etat doit financer la construction des mosquées !
L’article 2 de la loi de 1905 a beau stipuler que «la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte», peu importe : islam oblige ! Nicolas Sarkozy a beau déclarer que «l’islam en France doit devenir une religion comme les autres», peu importe : islam oblige ! L’aveuglement idéologique à l’encontre des dissidents des régimes communistes a beau se reproduire aujourd’hui à l’encontre des dissidents de l’islam, peu importe : islam oblige ! Le débat public lui-même est contaminé par l’exégèse musulmane, comme si l’on avait déjà admis la prééminence de la loi coranique sur la loi républicaine !
C’est d’ailleurs ce qui se passe pour le voile islamique : Fouad Alaoui considère que «le port du hijab fait partie des prescriptions religieuses de l’islam» ; de son côté, Antoine Sfeir affirme que pas un seul verset du Coran ne somme explicitement la femme de cacher ses cheveux. Mais quand bien même chaque verset du Coran ordonnerait que la femme fût voilée, cela ne regarderait en rien la République, car la République n’a pas à faire entrer des arguments théologiques dans le débat public, pas plus qu’elle n’a à leur accorder quelque autorité politique. N’en va-t-il point ainsi des encycliques papales dictant la voie à suivre en matière d’avortement, de contraception ou d’inclination sexuelle ? C’est cela la séparation des Eglises et de l’Etat ! C’est cela la laïcité ! Autrement dit, le voile n’appartient qu’à la sphère privée, sans quoi la laïcité n’est qu’une coquille vide ! Or, c’est ce qu’elle est en train de devenir !
En effet, loin d’organiser l’islam de France, voilà que la France s’organise en fonction de l’islam ! Loin de commander aux imams, voilà que nous leur obéissons ! Et comment ? En ouvrant la loi de 1905 aux requêtes musulmanes ! Mais savons-nous seulement ce que signifie ici le verbe «ouvrir» ? Ouvrir la loi de 1905, c’est ouvrir les veines de la laïcité, la vider d’elle-même, la ravaler au rang d’une croyance parmi d’autres, ériger le communautarisme en modèle social, faire fi de l’intégration, livrer les Français au totalitarisme religieux, brandir le dogme et la censure, opprimer la femme par la loi de l’homme, instaurer le halal et le haram en code de vie, privatiser l’espace public, légitimer les pressions, intimidations et autres surenchères islamiques… en un mot dénaturer l’âme de la République en infléchissant dangereusement le modèle politique français !
C’est surtout ne pas comprendre que l’islam n’est point le christianisme : le christianisme est la «religion de la sortie de la religion» (selon la belle formule de Marcel Gauchet), c’est-à-dire la religion qui promeut l’initiative humaine en cantonnant le religieux dans l’espace privé. Pour l’islam, au contraire, l’idée que l’existence humaine puisse échapper à la religion est sacrilège : l’homme n’a pas le droit de légiférer, car la Charia suffit ! Tandis que le Christ fonde la communauté humaine en ouvrant chacun de ses membres à l’universel, Mahomet fonde la communauté musulmane en soumettant chacun de ses membres à la Parole d’Allah. Dans l’islam, l’individu n’existe pas !
Voilà pourquoi la laïcité, qui consacre l’individu par la «liberté de conscience», n’est supportable aux yeux de l’islam qu’en tant qu’«étape de la tradition française» (1) – dont l’aboutissement ne peut être qu’une «nouvelle laïcité», cette fois «musulmane» !
Voilà pourquoi demander la révision de la loi de 1905 pour satisfaire à la religion d’Allah, c’est faire de la France un Etat théocratique du Moyen-Orient !
Maurice Vidal
(1) Tariq Ramadan

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