Adieu à Carole Roussopoulos

Adieu à Carole Roussopoulos. « Ses amies féministes de Paris ». Juste quelques mots sur un ruban qui enserre un bouquet de fleurs blanches, comme elle l’avait souhaité. Ce sera notre dernier hommage à l’adresse de celle qui a inscrit notre histoire dans celle de la vidéo des années mouvement.
Carole avait la beauté élégante des êtres portés par la passion. Je la connaissais à peine et pourtant je l’ai souvent vue « couvrant » nos actions, caméra au poing, regard aigu, approchant l’événement et surtout celles qui en étaient les actrices.
Bien des années après nos premières luttes, à la fin de la décennie 90, elle m’a appelée. Voix étonnante, un peu rauque, comme celle d’une comédienne qui prononcerait chaque syllabe avec précaution pour être entendue, sans avoir besoin de crier. Elle voulait faire une interview de moi, car elle avait décidé réaliser un documentaire autour de quelques figures du féminisme de la deuxième vague du mouvement. Ce sera « Debout ! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980) sorti en 1999. Quel plaisir que cette rencontre ! Quelle attention dans son regard, quelle curiosité dans ses questions, comme si elle découvrait une histoire qu’elle connaissait sur le bout des doigts !
Un texte circule sur la toile qui lui rend hommage. Il faut le lire pour prendre la mesure de l’œuvre qu’elle laisse derrière elle.
J’en extrait quelques lignes qui concernent plus particulièrement le féminisme.

« Le militantisme vidéo de Carole Roussopoulos s’inscrit dans le courant de contestation culturelle issu de mai 68. Tout au long de la décennie 70, dotée d’un sens aigu de l’Histoire, elle accompagne les grandes luttes qui lui sont contemporaines, livre une critique des médias, dévoile les oppressions et les répressions, surtout féministes.
« En 1982, Carole Roussopoulos fonde, avec l’actrice Delphine Seyrig et Ioana Wieder, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, premier centre de production et d’archivage de documents audiovisuels consacrés aux femmes créé grâce au soutien financier du Ministère des droits de la femme d’Yvette Roudy. Elle y réalise de nombreux documentaires sur l’éducation non sexiste, les femmes immigrées, des métiers féminins méconnus ou non reconnus, comme celui d’agricultrice, et tourne des portraits de féministes. À partir de 1984, au sein de Vidéo Out, transformé en SARL, elle poursuit son exploration de sujets ignorés (pauvreté extrême, sans-abris, toxicomanie, prisons, mort des malades) et commence sa série sur l’inceste, « le tabou des tabous ».
« Entre 1986 et 1994 à Paris, Carole Roussopoulos dirige et anime le cinéma d’art et d’essai « L’Entrepôt », espace culturel regroupant trois salles, une librairie et un restaurant. En 1995, elle revient vivre en Suisse, à Sion, et continue d’y travailler comme réalisatrice, défricheuse de terrains négligés : violences faites aux femmes, viol conjugal, combat des lesbiennes, excision, études sur le genre, mais aussi personnes âgées, dons d’organes, soins palliatifs, handicap.
« En 1999, elle réalise Debout ! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980), un long-métrage documentaire qui alterne images d’archives et entretiens avec les femmes qui ont créé et porté le mouvement en France et en Suisse. Le film rend hommage à leur intelligence, leur audace et leur humour et a enthousiasmé les jeunes féministes. C’est avec le même souci de transmettre une histoire méconnue et souvent falsifiée, qu’elle s’était récemment engagée dans le projet « Témoigner pour le féminisme », mis en place par l’association Archives du Féminisme (France) en partenariat avec le LIEGE (Laboratoire Interuniversitaire en Études Genre de l’Université de Lausanne) et l’Espace Femmes International (Genève), et qui entend répondre à l’urgence de sauvegarder la mémoire des luttes féministes passées et actuelles.
« Carole Roussopoulos a réalisé et monté plus de cent-vingt documentaires, toujours dans une perspective féministe et humaniste, mue par la volonté constante de « faire comprendre que c’est un grand bonheur et une grande rigolade de se battre ! Nous avons toutes à gagner de lever la tête, tout le monde, tous les opprimés de la terre ».

Annie Sugier

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