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"Adieu Gary" ou l'anti-prophète

Si, comme moi, vous avez cédé aux sirènes de la publicité infernale qui a propulsé  » le prophète » et que vous vous êtes soigné avec la critique impitoyable de Guylain Chevrier, allez donc voir :
[http://www.ripostelaique.com/Un-prophete-un-film-evenement-a.html->http://www.ripostelaique.com/Un-prophete-un-film-evenement-a.html
Adieu Gary, un film de Nassim Amaouche, avec Jean-Pierre Bacri- Dominique Reymond-Yasmine Belmadi-Mahmed Areski, Sabrina Ouazini 1 h 15
Enfin un film qui parle du monde ouvrier ! « Les prolos ont eux aussi droit aux projecteurs » dit le réalisateur.
Oh oui ! Disons que les projecteurs vont plutôt, en ce moment, vers les clandestins, les sans-papiers plutôt que sur les chômeurs !
Dans un article publié en septembre 2008, j’avais déjà dénoncé :
« Ce qui m’interroge, c’est cette gauche qui se préoccupe plus des sans-papiers expulsables que des ouvriers expulsés »
Depuis, ces sans papiers qui occupaient la Bourse à Paris ont même craché sur la CGT , la traitant de raciste , ce qui m’a amusée, et a remis un peu les pendules à l’heure.
http://www.ripostelaique.com/Ce-qui-m-interroge-c-est-qu-une.html
Le film donc. C’est une cité ouvrière sans ouvriers, comme il y en a de plus en plus dans notre belle France : la cité blanche du Teil, en Ardèche. Elle a été construite par Lafarge, au début du siècle. Il reste quelques habitants, à côté de l’usine vide.
Francis est ouvrier à la retraite, veuf , avec deux grands fils. Il voit de sa fenêtre, passer le train qui emporte les machines de « son »usine en pièces détachées. Ses fils sont issus d’un mariage mixte. L’un Samir sort de prison et l’autre est tenté par le retour « au bled », au Maroc. Francis raille : mais ton pays, c’est la France ! Le bled, le bled, mais tu n’y as jamais mis les pieds !
Samir a résolu d’en finir avec la drogue ( le trafic de drogue marche bien dans la cité ! ) et veut travailler . Que faire ? Il rejoint son frère qui travaille à l’intermarché. Les employés doivent se déguiser en « souris » pour la semaine du fromage.
– Avec la semaine de la volaille, ils vont leur mettre des plumes dans le cul ! fulmine Francis .
Samir est humilié et ne tient pas ; il quitte son emploi. Colère de Francis. Le fils a des mots très durs, sur l’emploi à vie d’ouvrier exploité de son père.
Francis se réfugie dans son usine, Samir va se rapprocher de son père qui finit obstinément , la réparation de sa machine.
« Ta fierté d’ouvrier à la con » avait dit Samir. Mais voilà qu’il se prend au jeu et aide son père à réparer la machine.
Le symbole est très fort. La machine est prête, prête à refonctionner ?
Un homme est arrivé dans la cité, qui dit avoir un travail dans les environs. Dans la « maison du peuple », il installe une mosquée. Dans la salle des syndicats, attenante, il arrache les affiches « Sud », « CFDT » etc.
Francis, de sa fenêtre, suit avec un regard méfiant les gestes de l’homme qui attire les enfants avec des tours de prestidigitateur .
Là encore le symbole est très fort. La salle ? « Pour du soutien scolaire » dit l’homme de nulle part.
Que deviendront les fils de Francis? N’y aura-t-il pour ces jeunes que les petits boulots à 1000€, ou le trafic de drogue plus lucratif ? ou la mosquée avec le pretidigitateur qui va transformer les jeunes en propagandistes de l’islam radical ?
L’avant-dernier plan montre les derniers habitants, dans la rue, devant l’usine : ils écoutent la machine de Francis qui s’est remise en route et qui vrombit, elle emplit la cité comme un coeur qui bat .
Ce film, je l’ai vu deux fois. Il est un hommage à ces ouvriers expulsés et nous fait réfléchir :
Allons-nous continuer à accepter les délocalisations, le chômage, les petits boulots, la précarité ?
Ce film pour moi est un début. A quand un cinéaste pour parler de cette classe ouvrière, de toutes origines, qui ne croit pas aux mosquées ni aux églises, qui se bat, seule, sans les feux des médias plus tournés vers les sans -papiers que vers les sans emplois ? qui est soit ignorée soit plus criminalisée que les voyous qui mettent le feu dans les cités ?
Mireille Popelin