Adieu l'ami Jean

Ils seront des milliers, ils seront vingt et cent à venir faire ton éloge, tous ceux du show- biz, on les entend déjà :
« Nous venons de perdre un grand artiste, un des nôtres » diront-ils, la voix pleine d’une émotion, surtout de façade, sous les feux des caméras, mais, Jean, le petit peuple français, celui que tu aimais, celui que n’entendent ni les journalistes et médias bien –pensants sait que tu n’étais pas l’un des leurs.
Tu étais quelqu’un d’autre, tellement particulier, tellement différent de ces accrocs à la gloire d’un passage obligé à la télé, gloire souvent fulgurante mais éphémère… Tu étais un grand poète, proche des petits, proche de la nature…. Pourtant que la montagne est belle…. Oui Jean, elle est belle la montagne, ce matin, il a neigé …. Tous les montagnards vont penser à toi, les montagnards mais aussi tous ceux auxquels nos apôtres du show -biz s’intéressent si peu ceux dont la môme travaille en usine à Créteil.

Proche du parti communiste, sans jamais en prendre la carte, tu as évité d’avoir un discours obligé, et gardé ainsi ta liberté de parole et de critique.
Nous avons aimé tes chansons, celles terribles et vibrantes comme Potemkine, et surtout ils étaient des milliers, dans les wagons plombés rappelant les destins tragiques de nos pères, le mien, le tien qui hélas n’en est pas revenu…
Mais poète amoureux, avec ton ami Aragon, tu as surtout chanté l’amour, l’amour des hommes, l’amour de l’humanité dans laquelle tu donnais toute leur place aux femmes. Qui mieux que toi a chanté les femmes, la femme, celle du petit destin, celle qui ne voit pas le temps passé, coincée entre les courses, le ménage, les enfants, et dont tu imagines que, peut-être, elle a rêvé d’autre chose, d’une autre vie ?
Jean, tu nous joues un vilain tour, mourir en mars la semaine des femmes, toi si attentif à notre émancipation, à notre égalité. Tu faisais même plus « nous étions ton avenir » tu nous aimais toutes, tu nous aimais vraiment, en parlant du nécessaire contrôle des naissances dont l’humanité a tant besoin. Tu aimais, notre fantaisie, notre énergie, nos désirs les plus fous.
Ta parole pouvait contrer tous ceux qui, avec l’appui des politiques, imposant un patriarcat d’un autre âge, refusent de voir en la femme une égale, mais juste une « chose inférieure » dont on peut enfermer la beauté sous un voile. Tu pars Jean, quel poète chantera maintenant : « la femme est l’avenir de l’homme »?
Chantal Crabère

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