Adieu Simone, de Gabrielle Cluzel : un autre féminisme est possible…

adieusimoneDans son dernier essai, Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef de Boulevard Voltaire, connue pour sa plume sans concession et très acérée, vient d’attenter violemment aux jours du féminisme, cette idéologie qui défend la femme de manière très sélective.

Ledit essai s’intitule Adieu Simone ! Comprenez ce titre comme un au revoir à Simone de Beauvoir, l’auteur du Deuxième sexe, acte fondateur de ce féminisme qui s’arroge, depuis plusieurs décennies, le droit de rééduquer les femmes, un peu à la manière des paradis communistes d’autrefois, désireux d’apprendre vigoureusement à leurs opposants la bonne pensée.

Gabrielle Cluzel serait-elle donc contre la libération de la femme ? Que nenni ! Elle entend simplement démontrer que certaines libérations sont des emprisonnements dissimulés, « sans considération morale ni idéologique […] par un regard « vrai » sur la condition féminine aujourd’hui. Par un regard lucide sur ce féminisme qui prétend la défendre. »

Et de montrer, preuves à l’appui, l’infantilisme dans lequel la presse féminine maintient ses lectrices ; l’insécurité que la justice impose aux femmes en faisant montre d’une certaine légèreté à l’égard des prédateurs sexuels dont elles sont les victimes idéales ; tout cela accompagné du silence assourdissant des féministes, qui préfèrent fustiger tel député, refusant de donner du « Madame la présidente » à Sandrine Mazetier, ou forcer la nature des petites filles en les obligeant à jouer aux voitures pendant que les petits garçons seront sommés de dorloter des poupées. J’ai été animateur pendant neuf ans et je peux affirmer que lorsqu’on donne un bâton à une fille, elle demeure très paisible alors que les garçons entament des duels ou défrichent énergiquement.

Ce féminisme, qui vise aussi à abolir – avec un indéniable succès – la galanterie, qualifiée de « sexisme bienveillant », se soucie-t-il de la brèche qu’il a ouverte en fustigeant cette nécessaire bienséance qui, une fois à terre, a autorisé tous les débordements dont beaucoup de femmes se plaignent ? On est ainsi passé du « M’accorderez-vous cette danse ? » à « Chérie, tu baises ? ». Il suffit pourtant d’observer les jeunes filles en fleurs se pâmer devant le film Titanic pour comprendre que le mythe du prince charmant est encore bien vivace dans leur esprit.

Mais le clou du féminisme, soulevé par Gabrielle Cluzel, c’est son indulgence ahurissante à l’égard de l’antithèse absolue du droit des femmes à disposer d’elles-mêmes : l’islam.

Brailler contre l’utilisation d’une femme, quelque peu dénudée sur une affiche vantant les mérites du nouveau yaourt 0% de matière grasse – ce qui, admettons-le, n’est pas toujours de bon goût –, les féministes savent faire. Quant à condamner sans ambigüité les préceptes d’une religion qui asservit la femme au point de la réduire à un sous-être, les voilà soudain plus frileuses.

Certes, l’islam n’est pas l’apanage du « mâle blanc » qui faisait tant horreur à Anne Lauvergeon, cette courtisane des temps modernes, dont l’ambition toute masculine semble bien éloignée des poncifs féministes !
Occupées à fracasser la religion catholique, – dont la gauche craignait tant l’influence sur les femmes qu’elle s’opposa jadis à leur droit de vote ! –, les féministes, en plus de se fourvoyer, ignorent superbement les ravages de l’islam sur leurs sœurs d’infortune. Et non, comme le rappelle Gabrielle Cluzel, l’Eglise n’a jamais voulu cantonner ses semblables dans la cuisine. N’oublions pas que c’est à une femme que le Christ apparaît en premier après sa résurrection. Quel symbole !

Cela dit sans prosélytisme, le catholicisme n’a, dès ses origines, jamais eu pour but d’asservir la femme : « De Celse à Nietzsche, en passant par Machiavel et Feuerbach, nombre de penseurs ont reproché au christianisme d’avoir émasculé notre civilisation, de l’avoir efféminée. » J’ajouterai qu’en autorisant la représentation picturale du Christ, l’Eglise a permis qu’un jour un certain Botticelli peigne Le Printemps et La Naissance de Vénus. Car la femme, dans le monde chrétien, est un sujet d’inspiration irremplaçable. Par exemple, le peintre Maurice Denis, dans son œuvre, a très bien marié sa foi à son attirance pour le corps féminin.

Comme l’écrit l’auteur, « il ne s’agit pas d’idéaliser nos sociétés occidentales [qui] n’ont pas été exemptes de misogynie. Cette misogynie, cependant, n’a pas existé, « à cause » de la religion chrétienne, mais bien « malgré elle ». Il n’en est pas de même en islam. Le statut juridique inférieur de la femme dans l’islam est un fait établi. »
Etabli ? Par pour tout le monde. Je n’ai pas trop entendu protester les féministes contre le Hijab Day organisé par des étudiantes de Science Po. Ne parlons même pas des agressions de Cologne sur les femmes allemandes, « si bien » résumées par Caroline de Haas : « Ceux qui me disent que les agressions en Allemagne sont dues à l’arrivée des migrants : allez déverser votre merde raciste ailleurs. » On la remerciera, mais on est un peu chez nous et on entend y rester ; j’espère que ça ne la contrarie pas trop !

Pour Gabrielle Cluzel : « La défense des droits de la femme s’arrête là où commencent des priorités bien supérieures pour la gauche, qui entend ménager son électorat à venir. » On ne peut qu’acquiescer.
Il y a bien quelques voix dissonantes dans ce concert féministe, comme l’association Osez le féminisme !, pour considérer l’asservissement de la femme musulmane comme une réalité, mais avec une extrême prudence : « Le féminisme oui, mais jusqu’à un certain point. » Car derrière toute objection, il y a l’accusation de racisme, anathème imparable. Il faut donc tolérer l’intolérable, et tant pis pour ces filles de banlieue qui rêvent de jupes et de talons !

Christine Delphy, « figure historique du féminisme français », « dénonce furieusement quiconque s’aviserait de vouloir remettre en cause le voile islamique ». Sur son blog, elle déclare : « Nous sommes bel et bien dans une vision délirante : celle d’une menace obscure, diffuse, et d’une peur de la contamination. Il suffit d’être « en affinité » avec Tariq Ramadan, fût-ce sur les positionnements les plus classiquement humanistes, démocrates et de gauche, pour devenir suspect (ou plutôt, directement : coupable). »

Peut-être, madame Delphy, mais nos délires sont nettement moins explosifs que ceux des Hijab boys and girls ! Et merci de souligner que frère Tariq appartient bien à cette gauche sociétale qui s’ingénie à démonter les croix pour mieux laisser pousser les minarets !

« Pour la faire courte, dit Gabrielle Cluzel, les femmes occidentales seraient des cruches qu’il faudrait libérer par la force, quand les autres pourraient opposer aux féministes un droit inaliénable à s’opprimer elles-mêmes. »
Mais il faut préciser que l’auteur d’Adieu Simone ! est une « odieuse » chrétienne, qui aime élever ses enfants et ne pas boire jusqu’à la lie le vin de l’ivresse féministe !

De mon côté, je suis convaincu que ces féministes sont de fausses dévotes qui n’adorent rient tant que les faveurs des roitelets à la rose, quitte à se parjurer en adoubant l’islam des lumières sombres, particulièrement sous un voile !

Charles Demassieux

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1 Commentaire

  1. Merci à l’auteur de nous faire découvrir cet essai de façon aussi complète, tout en le confrontant aux contradictions de son époque et en le rapportant aux urgences de notre temps.

    Personnellement, je suis un grand amoureux des femmes tout en étant un misogyne extrémiste ( ma copine aussi est misogyne et j’ai croisé plusieurs femmes misogynes dans mon existence ) , et donc je pourrai m’enferrer dans des dizaines de commentaires très polémiques sur ce sujet.

    Bien sûr que les féministes sont à côté de la plaque en s’écrasant devant l’islam mais c’est particulièrement consensuel ici.

    Au hasard, je dirai par exemple que le combat contre les femmes nues dans la pub devrait être un combat masculiste et non féministe, mais pourtant, c’est bien cette image de la femme condamnée à mener l’homme par le bout du nez qui la réduit à un sous-être, l’islam lui réduit la femme à un être dominé. C’est très différent ; il n’est pas misogyne du tout – et pour cause -, mais monstrueusement phallocrate.

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