Affaire Cahuzac : une gauche sans vertu qui a toujours confondu morale et ordre moral

Publié le 9 avril 2013 - par - 1 173 vues

L’affaire Cahuzac est un symptôme, un de plus, du délitement de notre démocratie depuis des décennies. Parmi les causes multiples, l’une d’elles se détache : le divorce de l’éthique et de la politique. Or la vertu est une exigence fondatrice de la république. Revenons à Montesquieu. La thèse de l’Esprit des lois est la suivante : la démocratie exige nécessairement la vertu politique.: « La vertu politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible… Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence » (L’Esprit des lois , Tome 1, Livre 4, chapitre 5).

Le cas Cahuzac est un révélateur des manquements à la vertu de nos politiques, qui ne respectent guère dans leur majorité, cette condition à un exercice sain du pouvoir : la préférence de l’intérêt public sur le privé. Mais, me direz vous, le pouvoir peut il être sain ? Tel qu’il est organisé, sûrement pas. Cela mérite un autre développement. Tout le monde constate depuis des décennies cette absence de morale dans la vie politique. Mais ceux qui nourrissaient encore l’illusion que la gauche allait rétablir une république morale, ont là un démenti cinglant. La gauche a toujours professé son rejet de la morale, réduite à ce qu’elle appelle « l’ordre moral ». Toute acquise à la religion du « moi d’abord », la gauche couvre de ses sarcasmes la morale. Voila comment une de ses idoles est Sade, qui se plaisait à torturer pour mieux jouir. Au fond, grand précurseur de l’idéologie moderne de l’individualisme à tout prix. Pas question d’émettre dans certains milieux intellectuels et littéraires, la moindre critique de ce personnage, dont Michel Onfray dit à juste titre qu’il était en fait « un délinquant sexuel ». Dans la foulée, les élites de gauche ont toujours défendu mordicus la pornographie et taxé de « puritains » ceux qui en contestaient les bienfaits. On peut donc comprendre que DSK était à bonne école.

La gauche confond encore l’obéissance à des règles imposées du dehors, avec la nécessité pour mieux se conduire du respect de certains impératifs, qui tournent autour du respect de l’autre. Cela s’appelle l’éthique : elle implique la limite. Mais la gauche a inventé une parade : « la liberté d’expression » qui coupe court à toute tentative de limite à SA liberté d’expression. Cahuzac illustre parfaitement un certain esprit propre à la gauche. Il pourfendait publiquement la fraude, mais est lui même un fraudeur. Il y a un fossé entre le verbe et la pratique chez « ces gens là ». Etre de gauche, c’est vivre souvent dans une schizophrénie entretenue entre l’aspiration à la vertu et la pratique de son contraire. Ce divorce entre l’intention et l’application, nous le connaissons tous. Mais le propre des gens de gauche est de projeter leur exigence de vertu sur les autres. Faute de pouvoir et vouloir la prendre à leur compte, il en rendent comptables les autres. Surtout ceux qui leur étaient proches politiquement et qui à leur tour, pointent leurs incohérences.

Les belles idées sont souvent à géométrie variable. L’humilité voudrait qu’on les réserve à son propre usage. Or l’arrogance distingue souvent le comportement de la gauche. Comment expliquer autrement la prétention de Cahuzac à revenir sur les bancs de l’assemblée ? A Riposte Laique, nous mettons en cause depuis des années les incohérences de la gauche. Et nous en faisons rudement les frais. La fameuse « liberté d’expression » est réservée à ceux qui pensent dans la ligne, le respect de l’autre est dévolu à certains « autres », qu’on peut englober dans le vocable « alter » : les venus d’ailleurs, les homos, les sans- papiers, domicile, patrie. Tant qu’on reste dans la catégorie de l’autre, digne d’être autre, on a l’imprimatur. Philippe. Muray, a désigne cette révérence pour tout ce qui est « étranger » (la race, la misère, la sexualité), du joli mot d’ autruisme ». L’autruiste est en fait un égoïste soucieux de conserver son pouvoir sur l’autre, en désignant ceux qui ont droit de cité à sa bienveillance. L’autruisme est une façon sournoise de ramener l’autre à soi, sous prétexte de générosité. Il se situe dans la ligne droite de l’attitude dominatrice, il en est la reconversion hypocrite. Pas un hasard si les enfants des ex colonisateurs sont aux pieds des mêmes ex « indigènes » asservis par leurs pères.

Les incohérences dans lesquelles gigote la gauche sont donc partie prenante de son être profond. L’affaire DSK, a mis en évidence la contradiction entre les exigences du sexe et celles de la tête. Maintenant l’affaire Cahuzac, fait éclater le mépris officiel de l’argent et les dérives pratiques qu’entraîne son amour immodéré et frustré. Ce sont les mêmes qui ont jeté l’anathème sur Depardieu ! On ne peut indéfiniment échapper à sa conscience en se faisant le censeur de celle des autres. Mais là encore, on en oublie qu’on sort du même terreau.

Une étape est elle franchie ? On peut en douter quand on observe la stratégie actuelle de défense du gouvernement. Il rejette toute la « faute » sur Cahuzac, personne n’aurait pu se douter, c’est « impardonnable » Et rebelote. On passe à nouveau sous silence la réalité d’un système tout entier et d’un état d’esprit qui autorisent ce genre de malversation. Il faudrait avoir le courage de briser une bonne fois l’omerta. Mais ce serait faire voler en éclats des carrières et amorcer ce grand ménage qui assainirait la démocratie. Alors on s’enferre. Nous sommes à un tournant : soit une fois de plus on replâtre la façade délabrée, soit on se donne les moyens de la refonder.

Oui, mais comment et avec qui ?

Anne Zelensky

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