Affaire Fillon : Philippot dénonce le principe des primaires

La droite s’était félicitée des 4.000.000 de votants qui ont participé à ses primaires. Aujourd’hui, elle s’en mord les doigts. L’affaire Fillon a eu l’effet d’une tempête chez les Républicains dont beaucoup réclament déjà le remplacement du Sarthois par un « plan B ». Or, destituer un homme élu par des millions de Français pour être le candidat de la droite, c’est nier le vote qui l’a désigné. De tels problèmes n’avaient pas cours lorsque les candidats étaient élus par les seuls adhérents du parti. D’où l’interrogation sur la légitimité des primaires « ouvertes » et du danger qu’elles représentent pour la santé du débat public.

Le concept de primaire citoyenne, importé des États-Unis, a été popularisé en France par Arnaud Montebourg qui en a eu l’idée en 2011 pour décider – de la manière la plus large possible – la désignation du candidat socialiste. Cette mode semble s’être installée dans le paysage politique français, au vu du nombre de votants aux deux primaires citoyennes de la droite et de la gauche qui se sont déroulées respectivement en novembre et en janvier dernier. Le total des votants forme en effet plus de 6 millions de Français. Ajoutons-y les « primaires de l’écologie » qui ont autorisé le vote de sympathisants écologistes et de « citoyens coopérateurs », formant ainsi un corps électoral de 16 000 personnes.

Les primaires seraient le summum de la démocratie, nous dit-on. Jacques Attali a même proposé la généralisation du procédé, invoquant le besoin que « les Français choisissent les candidats et plus seulement le Président ». Ainsi, nous pourrions voter à toutes les primaires afin de créer un panel de candidats parmi lesquels nous choisirions le meilleur pour présider aux destinées de notre pays.

On rétorquera à M. Attali qu’un tel procédé fausse le jeu démocratique. En effet, il est fort à parier que des personnes malintentionnées votent non pour le « meilleur » candidat mais au contraire pour éliminer celui qui leur paraît le plus dangereux pour leur propre camp. Par exemple, quelques 100 000 gauchistes auraient voté à la primaire de droite pour faire battre Sarkozy ; quelques milliers de militants frontistes et droitistes auraient également voté à la primaire de gauche pour éliminer Valls.

Si cela paraît peu à l’échelle de millions de voix, il n’en demeure pas moins que mêler à une désignation interne des personnes opposées aux valeurs dudit parti, cela pourrit le système démocratique et ramène le débat d’idées à des calculs politiciens : « Si je vote pour le candidat A, cela me permettra d’éliminer le candidat B qui risque de faire perdre des voix à mon parti« ; « Le candidat A est plus incompétent et moins charismatique que le candidat B, on gagnera plus facilement contre lui« … Et si tous agissent ainsi aux primaires de leurs adversaires politiques, on risque bien de se retrouver avec uniquement des candidats incompétents et débiles aux élections.

D’autres critiques sont avancées contre ces élections primaires. Dominique de Villepin a en effet dénoncé un « instrument de surenchère. Il est vrai que cette tradition, semblable aux talk-shows états-uniens est un concours de coqs: à celui qui criera le plus fort et captera l’attention des téléspectateurs. Or, la politique, ce n’est pas du catch ou de la téléréalité, mais la « vie de la Cité ».

Les primaires illustrent également le « déclin des partis politiques » dont parle Alain Duhamel, dans la mesure où ces derniers se retrouvent dépouillés du pouvoir de désigner leurs candidats. C’est bel et bien une horizontalisation du rapport politique qui ne se règle plus dans les assemblées des partis, mais à la télévision, devant des millions de téléspectateurs qui sont témoins des détestations, des querelles d’égos, des ambitions et des bassesses de personnes se revendiquant d’une même famille politique.

Invité sur BFM TV dimanche 29 janvier pour parler de la victoire de Hamon, Florian Philippot a exprimé une critique acerbe de ce mode d’élection des candidats, critique énoncée en trois points : l’insincérité, l’impuissance et la monopolisation du débat public par les « gros » partis.

Pour le vice-président du Front National, les primaires sont un « jeu d’hypocrites ». Il ironise sur l’impossibilité de se réconcilier après s’être mutuellement crachés dessus pendant des mois. « Donc, les anciens soutiens de Valls devront maintenant venir sur les plateaux télé pour défendre le revenu universel de Hamon ? Bah, oui, ils sont obligé puisqu’ils ont signé la charte… » déclare-t-il amusé. La même comparaison peut être appliquée aux anciens juppéistes et NKMistes (eh oui, il en existe…) qui doivent maintenant, au nom du rassemblement, défendre le programme libéral-conservateur de Fillon, qu’ils ont combattu mordicus. Au-delà même des programmes, il y a les conflits entre personnes. Comment des personnes qui se sont littéralement écharpées et attaquées pendant des mois peuvent-ils faire croire qu’ils sont désormais, par quelque grâce providentielle, unis et qu’ils ont oublié querelles et crêpages de chignon pour se rassembler amicalement, comme si de rien n’était?

Les primaires seraient également un signe de « faiblesse » de ces partis « incapables d’avoir une ligne politique stable et de se désigner un chef naturel« . Lorsque la journaliste Anna Cabana réplique à Philippot que « les Français ont montré qu’ils veulent des primaires« , celui-ci objecte que seuls 6 millions d’entre eux ont voté aux deux primaires et qu’y voir l’ensemble des Français est une imposture. La journaliste lui demande alors s’il ne serait pas bon que le FN organise aussi de telles primaires afin que les Français puissent « départager » la ligne libéral-conservatrice de Marion Maréchal-Le Pen, et la ligne social-souverainiste de Philippot. « Absurde ! » répond le vice-président du FN, qui nie toute rivalité avec la députée du Vaucluse, et affirme que « le FN n’a pas besoin de primaires, car la seule candidate incontestée et acceptée par tous est Marine Le Pen » à la différence des autres partis qui sont obligés de montrer à la télévision leurs dissensions, leurs haines et leur incapacité à avoir un meneur naturel.

Enfin, le numéro deux du FN a déploré la « monopolisation du débat public et des media par les soi-disant grand partis« . Florian Philippot ajoute que ce temps devrait être employé pour « parler du fond, des idées, et non des petites querelles de parti« . En effet, les trois débats de la primaire de droite, et les trois de la primaire de gauche (plus, les débats d’entre-deux-tours) on arrive à un total qui dépasse vingt heures de parole consacrée à ces deux partis. Un temps de parole qui pourrait être utilisé pour présenter aux Français les différents candidats à l’élection présidentielle et leurs programmes. « Il faut donc être divisés et s’écharper pour avoir du temps de paroles à la télévision ? » ironise Philippot. En effet, le FN a bien moins de temps médiatique que ces deux partis.

Et que dire des « petits » candidats ?  Un Jean-Luc Bennahmias et un François de Rugy ont plus d’apparitions télévisées que Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle, ce qui va à l’encontre du principe d’égalité. Nicolas Dupont-Aignan a d’ailleurs été le premier à dénoncer ce monopole des grands partis sur les media et à réclamer un débat entre tous les candidats à l’élection présidentielle.

On peut dire au vu de ces éléments que les primaires, une traditions qui – comme beaucoup d’autres nuisances – nous vient d’outre-Atlantique, représentent l’horizontalisation, l’ubérisation et le déclin du débat public. On choisit ses candidats comme des hamburgers dans un fast-food, on pousse le vice jusqu’à choisir les candidats à la candidature. Ce que les élites nous vendent comme étant le « summum de la démocratie » ne serait-il pas plutôt une vaste supercherie qui assoit encore plus la mainmise des partis dominants, sous couvert d’apporter plus d’égalité?

Nicolas Kirkitadze

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9 Commentaires

  1. Heureusement ,si la justice en France n’existe pas ,la justice immanente ,elle ,est implacable .Les primaires ont explosé à la figure des LR et des socialistes ,ils sont tous en lambeaux.

  2. Philipot est quelqu’un de très intelligent, mais il a aussi un grand talent pour se faire détester en interne. Ses contacts avec les adhérents sont peu convaincants, le regard est glacial traduisant le profond ennui et l’absence d’empathie d’une individualité au narcissisme adolescent qui ne s’anime qu’en compagnie de personnes plus intéressantes sous divers points de vue. Il doit évoluer pour devenir plus adulte sinon il fera au final plus de tort que de bien à son parti.

  3. Je vous remercie pour ce commentaire qui me va droit au cœur. D’autant qu’il y a des Français de souche qui sont les premiers à trahir le pays de leurs ancêtres et à le livrer à l’islamisation et à l’américanisation. N’en déplaise aux gauchistes, la France n’est pas raciste. D’où que l’on vienne, on peut s’y intégrer si on en a le désir. C’est là que le bât blesse, beaucoup viennent en France sans aucun souhait de s’y intégrer et d’en épouser la culture. Si on continue ainsi, on va dans le mur.

  4. Ce sont les socialistes qui ont organisé la première primaire, en 1994 (ou début 95). Deux candidats étaient en lice : Henri Emmanuelli et Lionel Jospin. Ce dernier l’avait emportée.

  5. Ces primaires ne sont pas sans rappeler le jeu Koh Lanta. Ce sont les mêmes ressorts psychologiques. C’est celui qui est fort, qui sait faire du feu, pêcher ou chasser pour nourrir son équipe de branleurs (et branleuses), qui remporte les compétitions, qui se fait éliminer. A la fin, le gagnant n’est pas l’Allemagne, mais la plus belle crapule.

  6. Cette primaire n’est rien d’autre qu’un gigantesque racket… Faisons le calcul: 4 000 000 de votants x 2 tours x 2 € / tour donc ils ont récolté 16 millions d’euros… J’ai refusé de participer à ce cirque grotesque. Il faut payer pour voter maintenant ????? Le peuple est idiot, crétin, imbécile et mérite totalement ce qui lui arrive.

  7. LAISSEZ TOMBER Philipot ..Votre débat est dépassé, les français pensent à leur salut . on vous conseille d’aller à la Victoire .En France , il y a deux camps le premier c’est la BLOC GAULOIS , les français de souche et euro-chrétiens , les seuls qui vous donnent le Suffrage et il y a le camp de leurs ennemis : l’Antifrance , tous ceux qui sont contre la France Française .. Votre devoir nationaliste et patriotique est de Rassembler le BLOC GAULOIS ( les 80 %) , au lieu de perdre votre temps

  8. Ceux qui seront présents au 2e tour n’auront pas été désignés par ces deux capharnaüms médiatiques et dispendieux.

  9. Je suis complètement d’avis avec Philippot mais à dire la vérité je suis grandement reconnaissant à ces 2 primaires organisées par les républicains et le PS et qui ont ainsi occasionné à l’élimination de ces 2 pestes qui sont, Ali Juppé et Sarkozy et au terrible SIDA Valls

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