Affaire Grégory : que devient Murielle Bolle ?

Publié le 15 novembre 2017 - par - 14 commentaires - 1 796 vues
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Voilà trente-trois ans que dure l’affaire Grégory. Les rebondissements tragiques de cet été en font sans doute une affaire maudite, ou, du moins, une affaire qui restera à jamais gravée dans les annales judiciaires et l’inconscient collectif. C’est long, trente-trois ans, c’est presque le temps d’une vie. L’une des principales protagonistes de l’affaire est Murielle Bolle, belle-sœur du principal suspect Bernard Laroche, actuellement âgée de 48 ans. Impliquée à quinze ans dans une saga judiciaire où l’indicible le disputait au tragique, la vie de cette femme sera à jamais marquée par cette affaire à laquelle – n’en doutons pas – elle restera à jamais associée dans la mémoire impitoyable des médias et de l’opinion. Si mes précédents articles ont pu être sévères envers cette dame et son comportement obstiné, elle m’inspire aujourd’hui de la compassion.

Après une incarcération éprouvante entre le 28 juin et le 4 août, Murielle Bolle a été remise en liberté (très) surveillée assortie d’un régime digne des pires moudjahid. Elle demeure mise en examen pour « enlèvement de mineur suivi de mort« .

Condition sine qua non de sa libération : Murielle Bolle n’a pas le droit d’habiter ou même de se trouver momentanément dans son département natal des Vosges. Elle a heureusement pu compter sur une âme généreuse qui a accepté de l’héberger dans sa résidence secondaire. Il s’agit de Jean-Charles Boizot, ancien maire d’une petite cité thermale de la Nièvre. Pour lui, à n’en pas douter, Murielle Bolle est innocente… et victime. Cette conviction a poussé l’ex-édile à lui prodiguer une aide généreuse.

Voilà donc quatre mois que Mme Bolle vivote dans cette solitude nivernaise quasi-monacale. En effet, elle a interdiction d’entrer en contact avec toute personne impliquée de près ou de loin dans l’affaire. Interdiction également de parler aux journalistes. Les seules personnes autorisées à la voir sont ses fils et son compagnon.

Si le port du bracelet électronique et l’assignation à résidence n’ont pas été retenus, il lui est de fait conseillé de rester dans son domicile. En effet, son logeur révèle à nos confrères du Parisien la présence constante de gendarmes patrouillant près de chez elle, ce que l’ancien maire trouve abusif. D’autre part, elle doit pointer à la gendarmerie deux fois par semaine. N’ayant pas de véhicule, c’est encore sur l’aide de M. Boizot qu’elle doit compter pour s’y rendre.

« Elle ne sort que très peu« , confie une habitante de la commune. De fait, rares sont ceux qui l’ont croisée, à part quelques habitants qui se sont mobilisés pour lui apporter l’aide financière et matérielle nécessaire. En effet, ne pouvant travailler, elle ne dispose que d’une faible aide financière qui ne lui permet pas de finir le mois correctement. Cependant, malgré sa discrétion, celle qui est mise en examen pour meurtre a su capter la compassion, voire la sympathie, de la plupart des habitants qui la considèrent désormais comme une femme innocente, victime d’une machine judiciaire implacable.

Pendant ce temps, l’enquête continue. Mme Bolle a ainsi dû passer un « test psychologique » sur ordre de la justice afin de définir sa personnalité. Le rapport de l’expertise, rendu public en septembre, parle d’une « personnalité entêtée » qui chercherait à tout prix à protéger son défunt beau-frère. Ces conclusions accablantes, qui seront prises en compte dans le dossier et lues au procès comme preuves à charges, se basent entre autres sur… le « test de l’arbre » : une méthode d’analyse psychologique créée par le professeur suisse Charles Koch en 1952. Il est demandé à l’impétrant de dessiner un arbre d’une taille standardisée. La forme du tronc et des branches serait révélatrice de l’état d’esprit de la personne… Cette méthode est aujourd’hui jugée farfelue dans la plupart des pays européens et aux USA ; aucun expert ne se hasarderait à l’employer dans une affaire criminelle. Elle n’est plus guère enseignée qu’en histoire de la psychologie. Pour anecdote, le rapport conclut ainsi : «  Nous remarquons la présence d’une zone oblongue sur la surface du tronc, pouvant attester, d’après l’index de Wittgenstein, d’un événement majeur, traumatique, qui serait survenu dans la vie de l’intéressée entre 13,4 et 16,2 ans. » Elle avait en effet 15 ans au moment de l’affaire. Pour les magistrats, ce « traumatisme » serait l’agression qu’elle aurait subie pour se rétracter après avoir accusé son beau-frère. Et si c’était plutôt l’affaire elle-même ? La mort d’un enfant de cinq ans, sa garde à vue de vingt-cinq heures, puis le meurtre de son beau-frère, ne sont-ce pas là des événements susceptibles de laisser des séquelles chez une adolescente ?

Il n’est pas question ici d’établir qui est coupable et qui est innocent dans cette sombre affaire, même si l’on peut légitimement s’étonner de l’inculpation de Murielle Bolle pour « enlèvement suivi de mort« . On s’étonnera encore plus de voir qu’une ménagère de 48 ans est considérée comme plus dangereuse que des fedayin dans la fleur de l’âge qui reviennent du jihad. Selon le Huffington Post, « la moitié des 240 jihadistes de retour en France sont en prison »… On peut le dire autrement : « la moitié des jihadistes de retour en France sont en liberté ». Et encore, il s’agit seulement des chiffres officiels. Pendant ce temps, les pandores préfèrent patrouiller devant le domicile de Murielle Bolle.

Nicolas Kirkitadze

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14 réponses à “Affaire Grégory : que devient Murielle Bolle ?”

  1. jannot lapin dit :

    Dans mon agenda, quand j’en pique un , un petit boudin.

    Manque de Bol, elle a dit qu’elle était dans la voiture de la Roche !

    No turning back !.

  2. Dorylée dit :

    Fortiche le psychologue ! Mais je parie que je fais mieux : si l’un d’entre vous me dessine une paquerette à main levée, sans tricher hein ! j’en déduis sans coup férir la date de l’assassinat d’Henri IV. Et l’avis de ces charlatans est pris en compte par les tribunaux ! Tu m’étonnes que ça merde, la justice !…

  3. dufaitrez dit :

    Une affaire relancée 100 fois, pour dépasser les délais de prescription…
    Police, Gendarmerie, Justice, incapables de trouver la Vérité !
    Faux coupable pour éteindre l’affaire après 33 ans ? Air de Dominici/Drumont !
    Classons au » bénéfice » du doute… et calculons les frais….

  4. Pélagie La Charrette dit :

    Tout le monde semble oublier ici le petit ange qui a été sacrifié par jalousie et certains aspect de cette horrible affaire !!
    Que faites vous tous de Jean-Marie et Christine Villemain qui ont souffert de façon abominable et souffrent encore !!
    Que Bolle dise ce qu’elle sait ,parce qu’elle sait , et je n’aurais pas une larme pour Laroche !
    Que cela fasse des dégâts ,je m’en fiche ,pour moi les dégâts ont été faits en 84 et ce sont les avocats de la défense qui ont fait que cette affaire n’a pas de fin , relisez les carnets du juge Simon , ça vous ouvrira peut être les yeux !
    L’article et les commentaires sont quand même légers pour ne pas dire odieux ,un petit garçon est mort de façon atroce et pour des motifs à vomir ,et les deux parents ont vécu l’enfer !!!

    • Simone GUTIERREZ dit :

      Chère Pélagie ,
      Relisez bien le titre de cet article : il s ‘ intitule  » que devient Murielle Bolle ?  » . Donc , il est logique que l’ auteur y parle essentiellement de Murielle Bolle .

      • Pélagie La Charrette dit :

        Je sais lire Simone ,et vous semblez oublier que derrière cette Bolle que l’article semble presque prendre en pitié il y a un petit bonhomme de 4 ansmort dans des circonstances odieuses et que Bolle était bien là avec son beau-frère pour son enlèvement ,je me fiche comme d’une gigne de cette bonne femme ,moi je n’oublie pas Grégory !! elle ne mérite pas un article ,il faut toujours se rappeler pourquoi elle en est là !!

  5. Alice Braitberg dit :

    Le plus triste dans cette histoire c’est que les parents ne peuvent pas faire leur deuil, que la Police et la Justice ont échoué à trouver l’assassin mais ont ruiné la vie de beaucoup de gens en les soupçonnant et en les mettant en examen ou les inculpant comme Murielle Bolle, que la seule certitude est l’intime conviction du père de Grégory qui a assassiné Bernard Laroche son cousin persuadé de sa culpabilité. Un fiasco policier et judiciaire qui a coûté beaucoup d’argent aux contribuables sans résultat.

    • Pélagie La Charrette dit :

      Non ,Alice il y a des témoignages et ce n’est pas la seule conviction de J-M villemin ,revoyez tout l’affaire ,relisez les carnets du Juge Simon ,il y a des témoignages très fiables et qui tous disent la même chose ,Bolle et sa famille n’ont pas été accusé à tort et en se taisant c’est elle qui repousse le fin de cette affaire !!

      • chaitoune dit :

        Tout à fait d’accord avec tout ce que vous venez de dire Pélagie. J’ajouterais de relire le livre de Laurence Lacourt : le bûcher des innocents. L’auteur a fait un travail formidable qui aide à comprendre cette affaire compliquée à outrance par les médias et les avocats des familles Bolle et Laroche.
        En ce qui concerne M. Bolle, elle a de la chance d’être là où elle est et quant à la considérer comme une victime, il y en a eu d’autres avant elle…et pire !

  6. patphil dit :

    encore une fois, la « justice » française a choisi la force contre une faible et se fiche bien des dégats qu’elle fait

  7. Carole dit :

    Quelle perspicacité tout de même cette ‘méthode de l’arbre », surtout quand elle est effectuée par une personne sachant déjà qui a dessiné celui-ci et qui est au courant de l’affaire. Franchement ! Je crois qu’en cette période macronienne il va nous falloir recréer l’allégorie de la justice avec une balance contenant un gros poids dans un de ses plateaux, celui qui pèse les fautes françaises.

  8. La_Soupape dit :

    Je me garderais bien d’émettre le moindre avis sur sa culpabinnocence possible mais je sais que ces fumiers du gouvernement sortent toujours des affaires foireuses quand ils veulent nous la mettre un peu plus profond, l’émotion du ch’tit n’enfant tout mort comme l’autre qui faisait trempette après un soigneux montage sur une plage de l’Adriatique et le populo est au taquet, gueule grande ouverte, prêt a avaler n’importe quoi et ca rate jamais !

    Moi je suis certain qu’ils savent parfaitement qui est le coupable dans cette affaire mais plus c’est long, plus c’est bon et ils gardent ça sous le coude pour mieux niquer le con de base. Ça marche im-pec !!!

  9. Fomalo dit :

    Pauvre femme en effet. Perso, j’ai toujours été dans l’étonnement et même la stupeur entrapinant à le réflexion, d’une déclaration de Mme Marguerite Duras à l’époque, dame qui n’était ni une novice ni une béni oui-oui, et qui était très très intuitive. Cela dit on ne revient pas sur la chose jugée, mais ce n’est pas Mme Bolle que je sache qui a apporté à J.M. Villemin le fusil pour abattre B.Laroche? Si??

    • eureka06000 dit :

      La carabine qu’il détenait lui paraissait être une arme peu puissante. De ce fait, Jean-Marie Villemin, le lendemain 10 novembre 1984, il achetait dans une armurerie de Saint-Dié, un fusil à pompe, calibre 12, des chevrotines et des balles. Lors de cet achat, Christine Villemin, Bernard Noël son beau-frère et Jacqueline Villemin sa soeur, l’accompagnaient. Quelques jours plus tard, il avait acheté à Joël Bedez, pour 250 francs, un fusil à un coup dont il scia le canon.
      Il avait acheté cette dernière arme afin de se protéger, lui et sa femme. L’autre pour tuer Laroche.