Affaire Leclere : et si le FN apprenait à défendre ses militants ?

Publié le 20 juillet 2014 - par - 2 554 vues
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anne-sophie-leclereQuelques heures après avoir publié son photo-montage, Anne-Sophie Leclere, qui devait être tête de liste à Rethel, a été immédiatement exclue de son parti. Certes, on peut admettre, dans le climat de diabolisation permanent et de chasse aux sorcières mené contre leur parti, que les dirigeants du Front national essaient au maximum de préserver l’image de leur mouvement. On peut comprendre que Marine Le Pen en ait marre, à la moindre virgule de travers, d’être harcelée par les roquets médiatiques, et devoir en permanence se justifier.

Mais dans le cas de la candidate des Ardennes, fallait-il agir aussi vite, et s’en débarrasser avec une telle promptitude, mais aussi une telle inélégance ? Sans avoir l’ensemble de l’argumentaire, magistralement développé par Maxime Lépante, les dirigeants du Front ne pouvaient ignorer que leur président d’honneur, Jean-Marie Le Pen, et Nicolas Sarkozy avaient été, eux aussi, dessinés en singes.

https://ripostelaique.com/taubira-et-les-singes-pour-la-garde-des-sceaux-les-noirs-sont-ils-une-race-superieure.html

Cette exclusion, ainsi que d’autres, trop souvent prononcés dès qu’un militant, à l’image d’Anne-Sophie Leclere, expose le parti à la critique, laisse un malaise. Il renvoie l’image de responsables politiques qui ne soutiennent pas les leurs, à la première tempête, et, pire, s’en débarrassent, pour donner des gages à des journalistes ou à des socialistes qui, de toute façon, quoi qu’ils fassent, continueront à harceler le Front national. Marine Le Pen s’en est rendu compte à l’occasion du fameux bal de Vienne, ou de la prononciation du mot “occupation”.

Cette absence de solidarité militante, de la part des chefs du Front national, ne peut qu’être ressentie douloureusement par une base déjà harcelée quotidiennement par leurs adversaires. Dans des situations difficiles, au cœur de la tempête, comme cela a du être le cas de la commerçante de Rethel, ils sont abandonnés et jetés brutalement par-dessus bord. On imagine la douleur ressentie par ce désavoeu cynique.

C’est d’autant plus injuste que l’UMP et le PS ne font pas preuve d’une aussi grande réactivité, quand l’un des leurs se retrouve devant les tribunaux pour avoir mis les mains dans le pot à confitures, et s’être fait prendre. Faut-il rappeler qu’aucun élu marseillais ou du Nord de la France n’a été exclu du Parti socialiste durant des années ? Dominique Strauss-Kahn n’a été l’objet d’aucune sanction. Mais, si on veut rester sur le terrain d’un prétendu racisme, la direction de Solferino a défendu bec et ongles Razzy Hammadi, député, qui, en état d’ébriété, avait qualifié, dans les rues de Montreuil, avec des termes de racaille, un riverain, lors d’une rixe, “d’enculé de ta race”. A notre connaissance, l’adjoint au maire de Vaulx-en-Velin, Ahmed Chekhab, auteur de propos gravement antisémites, n’est l’objet d’aucune sanction interne, et est maintenu dans ses fonctions.

On se demande si Brice Hortefeux, auteur de la célèbre phrase qui lui a valu les foudres de la justice, n’aurait pas été exclu s’il avait été membre du FN. De même, on s’interroge sur ce qu’aurait été la réaction de ce parti, si le tribunal de Cayenne, de manière grotesque, ne l’avait pas condamné à payer 30.000 euros à Walwari ? Si seule Anne-Sophie Leclerce avait été sanctionnée de 9 mois de prison et de 50.000 euros d’amende, aurait-il protesté, ou bien ses dirigeants, à l’image de Philippot, auraient-ils considéré que cela ne les concernait plus, et qu’ils n’avaient pas à commenter une décision de justice ?

De même, lors du fameux petit mot sur la “fournée”, on s’interroge, si l’auteur n’avait pas été Jean-Marie Le Pen en personne, si l’auteur n’aurait pas connu le sort d’Anne-Sophie Leclere, vues les condamnations et les propos de Louis Aliot ou de Florian Philippot, dans la foulée.

En politique, il y a pourtant des principes de base très clairs. Face à l’adversité, on défend d’abord les siens face à la meute, et ensuite, ensuite seulement, on règle les comptes en interne, en engueulant le coupable. Faute d’oublier ces fondamentaux, la direction du Front national, qui manque de manière flagrante de militants de terrain, risque de décourager nombre d’Anne-Sophie Leclere. Voilà une jeune commerçante qui, par conviction, défendait bec et ongles, y compris sur les réseaux sociaux, un parti et celle qui l’incarne, Marine Le Pen, de manière désintéressée. Elle le faisait tout simplement, avec les risques que cela comporte, parce qu’elle pensait, à juste titre, qu’elle était la seule qui pouvait sauver la France de la catastrophe qui la guette.

Marine Le Pen, avec le talent exceptionnel qui est le sien, aurait été capable, sur les plateaux, de défendre sa militante, et de renvoyer journaleux et politiciens à d’autres exemples qui auraient cloué le bec à ces Tartuffe.

Son parti a choisi de hurler avec les loups, et de se débarrasser d’une militante sincère et honnête, à sa première maladresse. Chacun jugera.

Jeanne Bourdillon

 

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