Affaire Polanski : se rappeler du contexte des années 1970

Publié le 27 janvier 2017 - par - 55 commentaires - 1 312 vues
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Juger l’ambiance des années 70 selon les critères actuels est anachronique. Souvenez-vous des films qu’aujourd’hui il serait impossible de tourner: «Dernier tango à Paris» 1972 – «Portier de nuit» 1974 – «Les valseuses» 1974 – « Emmanuelle » 1974 –  «L’empire des sens» 1976 – «Préparez vos mouchoirs» 1978 – et tous les autres !

Et les fameuses déclarations choquantes de  Daniel Cohn-Bendit…

Le film «Helga ou la vie d’une jeune femme» réalisé par Erich F. Bender date de 1967. C’était la première fois qu’un film montrait la vie sexuelle et un accouchement, vu de face, sur grand écran ! En 1965 j’avais terminé les humanités Latin-Mathématiques, équivalent du BAC, dans la section la plus forte, dans un lycée laïque et j’avais même présenté mon examen de maturité en latin avec les félicitations du jury ! (traduction à vue d’un texte inconnu en l’occurrence un passage du De Senectute ; pas mal n’est ce pas ? )  Mais ! La seule information biologique sur la sexualité que nous avions reçue c’était la reproduction de l’amphioxus et de la mouche à vinaigre ! Nos parents souriaient d’un air coquin en échangeant des allusions grivoises entre adultes, mais on ne parlait pas de ça avec les enfants. Quand je me suis mariée à 19 ans, mon fiancé (professeur, diplômé en philologie romane de l’Université Catholique de Louvain) et moi, sommes allés consulter un gynécologue pour apprendre «comment ça marche ».

La projection du film Helga était suivie d’un débat. A la fin du film ce fut la consternation générale et le silence abasourdi. Alors j’ai osé lever la main et dire que ce film aurait dû être projeté dans toutes les écoles pour que les jeunes abordent la vie avec d’autres connaissances que les galipettes de l’amphioxus… Oh la la le tollé… projeter ça dans les écoles…

Ensuite il y a eu mai 1968 et Woodstock 1969 et après nous avons découvert les sex-shop à Amsterdam et la pilule et lu les livres de Bhagwan et «le chemin de l’extase» et le tantra et «faites l’amour, pas la guerre», tout ça dans un joli méli-mélo pas triste du tout… Nous avons cru au retour de l’Eden avec le camping sauvage dans des prés fleuris le long de ruisseaux dans lesquels se baigner tout nus avec des fleurs dans les cheveux comme l’amant de Lady Chatterley et l’amour libre et le sexe désinhibé et la méditation transcendantale et la macrobiotique et certains y ajoutaient non seulement le thé mu, le saké, le vin ou la Clairette de Die, mais aussi l’une ou l’autre herbe parfumée… sans pour ça en arriver aux trips psychédéliques qui ont inspiré tant d’artistes.

Cela n’avait rien de vicieux, ni de pervers, c’était… bien. N’apprenait-on pas à l’école que le génial poète Jean Cocteau auteur du merveilleux « La Belle et la Bête » était homosexuel opiomane et que le si calviniste André Gide allait en Algérie chercher des nourritures terrestres et rencontrer de jeunes garçons ?… C’était, après le puritanisme de nos grands-mères, une époque d’état de grâce. Attention, nous n’étions pas des hippies farfelus avec des jupes longues bariolées et des dreadlocks ! Bien au contraire : mon mari enseignait, chez les Frères des Ecoles Chrétiennes, la littérature française avec son lot de voyages scolaires du côté de Guermantes… J’étais physiothérapeute et nos enfants allaient à l’école du Sacré Cœur tenue par les Filles de la Sagesse. Nous avons commencé à fréquenter les montagnes du Valais au début des années 70 et nos randonnées vers les sommets avaient des accents mystiques… C’était à la fois Turner, Roncevaux et Moise sur le Sinaï … Ben oui, c’étaient des années de grâce…

Que s’est-il passé dans cette affaire Polanski ?

«Depuis l’année 1977, Roman Polanski (alors âgé de 44 ans) est poursuivi pour une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans. L’adolescente a déclaré avoir subi un viol sous l’emprise de l’alcool et de drogue. La victime, Samantha Gailey (future épouse Geimer), a été sélectionnée pour une séance de prise de vues commandée par l’édition française du magazine Vogue. Durant la séance, dans la propriété californienne de Jack Nicholson qui était absent, Roman Polanski lui a fait boire du champagne avec un sédatif, le méthaqualone, très utilisé à l’époque comme drogue récréative, avant de la contraindre à un rapport anal.» lire la suite sur  https://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_Polanski

Donc, les parents de Samantha déposent leur fille de 13 ans, seule, dans la propriété de Jack Nicholson entre les mains du déjà célèbre Polanski dont on peut tout de même imaginer que cet homme de 44 ans est tout sauf un enfant de chœur ? Jamais mes parents ne m’auraient déposée, seule, dans une propriété privée ni avant, ni après 13 ans et surtout pas pour des séances photos avec des «artistes»… Bien au contraire ils me conduisaient jusqu’à la porte du pensionnat et ne repartaient que quand ils avaient entendu tourner la clé. Semblablement ils venaient me prendre à la sortie de l’école le samedi matin sous l’œil vigilant de la surveillante …Ils m’emmenaient au musée, ballet, cinéma, opéra ou théâtre, mais jamais seule !

Si Samantha avait été propulsée au zénith du star système il y a fort à parier que sa mésaventure serait passée par pertes et profits. Paris vaut bien une messe. Au cas contraire… ben, on pouvait se refaire avec un procès et une «indemnité» Toujours est-il qu’en 1993 un accord a lieu entre Polanski et Samantha et pour elle l’affaire se termine là.

Mais… pendant ce temps, notre trop beau rêve paradisiaque a fait long feu et au contraire c’est le retour du «faites la guerre au lieu de faire l’amour» et toutes les horreurs qui s’ensuivent avec bigoteries et terrorismes religieux… Le livre «Sex & the Vatican» de Carmelo Abbate dénonce les drames autour du célibat des prêtres. Les scandales des abus sexuels sur mineurs même dans les collèges les plus prestigieux secouent l’église.

Les féministes ont remplacé le topless par la phobie du harcèlement sexuel et élevé burqa et excision  à l’honneur  des valeurs culturelles.

Le mariage homosexuel, la gestation pour autrui, la procréation médicalement assistée font l’air du temps. Mais, c’est l’affaire Polanski qui catalyse une certaine bienpensance et resurgit à point comme le monstre du Loch Ness.

Je ne dis pas que Polanski c’est bien ou mal, je dis que l’époque était tout à fait différente. Il suffit de comparer la valeur des films des années 60-70-80 avec la production actuelle. Dans tous les domaines, aussi la chanson et la musique : Pink Floyd, Carlos Santana ou Léo Ferré, c’est mieux.

Je dis que, malgré les difficultés, j’ai vécu des années formidables et que, oui, certainement, c’était mieux qu’aujourd’hui. Ne fut-ce que du fait qu’à l’époque j’habitais à Berchem Sainte Agathe à la rue des Chats et qu’on pouvait circuler dans tout Bruxelles, tranquillement de jour comme de nuit, même à Molenbeek où nous allions à la piscine et au marché aux puces. (cf.mon livre « Le grimpeur maudit ») La mentalité était différente. Alors, chaque fois qu’on ressort l’épouvantail Polanski ça me met mal à l’aise parce que ça sonne faux.

Polanski ne vient pas aux Césars ? La belle victoire ! Comme si Polanski avait besoin des Césars pour se faire valoir… contrairement à d’autres…

Anne Lauwaert

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Notifiez de
Coffinet éric

Que des pédophiles se posent en victimes persécutées, voilà un bel exemple de ce qu’on appelle la CHUTZPAH !

On nous appelle à « contextualiser » ces actes, alors je vous rappelle des maximes juridiques déjà connues de Rome, :

« Nul n’est censé ignorer la loi ».
Nemo censetur ignorare legem.

« La loi est dure », mais c’est la loi ».
Dura les, sed lex.

« Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ».
Nemo auditur propriam turpitudinem allegans

mia vossen

Merci pour le « sans tripes et sans cervelle  » à mon adresse. J’ai les tripes d’une fille dont le père a abusé quand elle avait 14 ans et la cervelle de celle qui a pu s’en sortir parce qu’elle a appris que son « cas » était d’une grande banalité. Ma vie n’a pas été détruite, au contraire, je suis sortie plus forte de l’épreuve. Ce n’est pas une raison pour banaliser tous les cas mais j’ai appris que ceux qui crient le plus fort au scandale ne sont pas nécessairement les plus corrects.

julien

Madame, votre article est une honte et un fatras d’imbécilités. Quoique que vous ressassiez sur vos folles années, rien n’autorise un viol sur une enfant de 13 ans. Quant à vos arguments ultimes sur la mère qui laisse sa fille à un prétendu non enfant de choeur, c’est juste pitoyable d’inverser ainsi la charge de la culpabilité. Quelle honte, et je suis un homme.

@ mia vossen

Kinski, Hamilton et Polanski ont agi dans un contexte occidental moderne, qui réprouve et condamne les actes sexuels avec des enfants.

Que savez-vous de l’état d’esprit de tous ces enfants abusés dans un autre temps ou un autre lieu ? Pensez-vous que les garçons victimes du Bacha bazi en sont fiers ? Accepteriez-vous que vos enfants subissent cela ?

Hypocrisie de gens sans cœur, sans trippes et sans cervelle !!!

mia vossen

Non, on ne touche pas aux enfants… et si vous lisiez l’histoire de l’Occident? Les gamins de Rome ne voyaient aucun mal à être des mignons, n’en souffraient pas, pas plus que les mignons de Henri III … et je confirme: voyez le contexte.