Affaire Samuel Paty : un enseignant suspendu pour avoir mis en cause l’institution

Dans le milieu enseignant, à la veulerie légendaire, Jean-Christophe Peton, professeur de lettres au lycée du Bois de Mouchard (Jura), fait figure d’exception.

Le 14 octobre dernier, le proviseur de l’établissement annonce sur Pronote (la plateforme numérique en vigueur dans les lycées publics) l’organisation le lendemain dans les classes d’une « minute de silence » à la mémoire de Samuel Paty, décapité le 15 octobre 2020 par un musulman immodéré. L’expression « musulman immodéré » n’a sans doute pas été employé par le brave fonctionnaire qui s’est vraisemblablement contenté du minimum syndical dans son message, histoire d’éviter de froisser certaines susceptibilités. Mais passons…

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L’enseignant de 54 ans n’a pas hésité pas à réagir à ce message, qui lui est apparu d’une hypocrisie sans nom :

« Samuel Paty a été assassiné pour avoir défendu l’idée qu’on pouvait rire de tout, même et surtout avec les caricatures outrancières de Charlie Hebdo, parce qu’il n’y a rien de sacré en droit français, dans une démocratie laïque, et que la liberté d’expression ne s’arrête que devant les appels à la haine ou au racisme ou à l’antisémitisme (voire au sexisme) concernant des individus précis et non des clichés. Toutes formes de discriminations a priori qui sont évidemment gerbantes si elles ne sont pas humoristiques ».

Jusqu’à présent, ce n’est ni plus ni moins que la doxa officielle de l’Educ’Nat’ sur la question de la liberté d’expression. On méditera en  particulier la dernière phrase qui affirme – c’est la philosophie « Je suis Charlie » –  que l’humour justifie toutes les outrances. Toutes ? Non. Faut quand même pas pousser mémé…

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Et l’enseignant de poursuivre :

« Avant d’être égorgé, Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie, l’Education nationale et ses sbires, et même tancé pour avoir montré des caricatures qui pouvaient heurter X ou Y ou Z. Cette minute de silence, il faut la faire pour lui, évidemment. Mais ne soyons pas dupes de l’hypocrisie de l’institution et de ses relais. Tandis que l’Education nationale rend hommage d’une main à Samuel Paty « mort pour la liberté d’expression » selon les propres mots du ministre Jean-Michel Blanquer, de l’autre main elle muselle et sanctionne les enseignants qui osent justement exercer ladite liberté d’expression ».

Jean-Christophe Peton publie également son texte sur Twitter : il y interpelle allègrement le recteur de l’académie de Besançon, Jean-François Chanet.

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Comme il fallait s’y attendre, le chef d’établissement, ravi de devancer les desiderata de sa hiérarchie – à 99,99%, ce sont des klebs rampants de cet acabit – effectue immédiatement un signalement de l’enseignant auprès du rectorat.

Le 22 octobre, Jean-Christophe Peton est convoqué par le rectorat de Besançon. La convocation qu’il reçoit en précise les raisons :

« Ce signalement fait état de la diffusion d’un message contenant des propos inappropriés (sic) sur Pronote. Lesdits propos font par ailleurs l’objet d’un tweet à l’attention de Monsieur le Recteur d’académie »

Jean-Christophe Peton relate la manière dont s’est déroulée l’entrevue avec les larbins du rectorat de Besançon :

« Lors de cette entrevue, on m’a signifié ma suspension pour une durée maximale de quatre mois, à titre conservatoire, sous prétexte qu’un fonctionnaire ne peut critiquer son institution, ni sa hiérarchie. Ce qui me stupéfie c’est que, d’ordinaire, on ne suspend un fonctionnaire que lorsqu’il représente un danger pour lui-même ou pour les autres. Or je me demande quel danger je peux représenter, notamment pour mes élèves ! »

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Dans une lettre adressée au recteur d’académie, une cinquantaine d’enseignants et agents de l’établissement demandent la réintégration de leur collègue dans ses fonctions :

« Les termes polémiques qu’employa M. Peton dans son message sur Pronote lui appartiennent, et nous ne les partageons pas forcément tous » affirment prudemment les signataires de cette lettre [note de HD : courageux, les profs, mais pas téméraires…] « Cependant, nous nous insurgeons qu’il lui soit reproché de les avoir exprimés »

Dans un communiqué publié le 30 novembre, l’Association des Professeurs de Lettres (APL), à laquelle appartient Jean-Christophe Peton, dénonce pour sa part un « procédé scandaleux dont use le rectorat de Besançon ».

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Contacté par L’Express, le rectorat de l’académie de Besançon botte naturellement en touche :

« Ce professeur a été sanctionné par suspension à titre conservatoire suite à l’utilisation d’un outil institutionnel et professionnel de communication, en l’occurrence l’environnement numérique de travail (ENT) à des fins de diffusion de propos personnels qui n’ont rien de pédagogiques. C’est bien dans ce cadre-là qu’il a été sanctionné et non pas pour ses propos ».

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On me pardonnera de comparer la mise à pied de ce collègue, auquel j’adresse toute ma sympathie, avec le blâme qui m’a été administré il y a une dizaine d’années (comme le temps passe…) par le recteur de l’académie de Versailles, pour une banale blague, uniquement adressée aux collègues de ma discipline – qui plus est sur leur messagerie privée – et non, via l’ENT, à l’ensemble des personnels de l’établissement où j’enseignais à l’époque. Je précise que je n’avais pas non plus adressé ma blague sous forme de tweet au recteur de l’académie de Versailles

J’ai relaté cette mésaventure dans l’article ci-dessous :

Lycée Hoche : dénoncé par mes collègues, j’ai pris un blâme pour blague « raciste »

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Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

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7 Commentaires

  1. pas de vague, pas de désobéissance civile, tous ceux qui osent relever la tête devront la voir tranchée

  2. Des lavettes ces enseignements vis à vis des élèves maghrébins , il y a 40 ans ,ils avaient déjà peur des  » grands frères  » ou que l’on griffe leurs bagnoles ,aujourd’hui a force de ne passe se faire respecter leur tête risque de rouler au sol.
    DES LOPETTES.
    ET bien sûr police interit dans les établissements.

  3. J’ai enseigné 35 ans, je suis en retraite anticipée après un burn out provoqué principalement pas des élèves musulmans, je suis consternée par ce qu’est devenue l’Education Nationale et vous exprime ma sympathie.

  4. Cela dit vous méritiez de toute façon un blâme, que ce soit pour votre style indigeste lourdement saucé de gras, d’italique et surmonté d’un millefeuille de paragraphes ; une sorte de grand remplacement de la langue française par un gloubi boulga empâté ; et pour vos démonstrations construites de bric et de broc qui ne dupent que ceux qui aiment se faire duper.

  5. Il n’y a rien de plus répugnant que cette institution sclérosée avec des personnes qui n’ont rien de « sages », de « maîtres », ou de quoi que ce soit d’autres que des planqués, souvent chiards de profs, qui ne sont là que pour le chèque de fin de mois !
    Il y a heureusement des exceptions, mais maintenant cette institution est devenue un nid de futurs Khmers Rouges… et je pèse mes mots.
    A 13 ans, je suis restée 2 minutes de plus dans la classe pour remercier le nouveau prof de Français de nous parler de Baudelaire et des Fleurs du Mal, puis je suis sortie en suivant le troupeau qui n’avait qu’une volée d’escaliers d’avance sur moi. J’ai croisé la directrice qui m’a traitée d’idiote parce que je m’étais attardée 2 mn (comme s’il était un obsédé). Il a été éjecté du lycée et moi aussi. Mes parents m’ont inscrite ailleurs. TOUTE MA VIE j’ai été hantée par ce jeune prof éjecté SURTOUT pour sauver la connerie de la maudite Directrice !

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