Affaire Strauss-Kahn : la dégénérescence de la nomenklatura socialiste

Quand nous avons publié un numéro très sévère sur le bilan, 30 ans après, de la victoire de François Mitterrand, notamment par ces deux articles que nous avons écrits (1), dans le numéro spécial 197, nous ne pensions pas, seulement quelques jours après, voir en direct la concrétisation de nos propos, par l’inculpation de celui qui paraissait LE candidat du PS, et de toute la gauche. L’attitude incroyablement indécente de son camp, après son inculpation pour viol avec violence et séquestration, donne à voir, en direct, le visage d’une nouvelle féodalité qui ne dit pas son nom.
Certes, nous connaissons certains abus du puritanisme de la société américaine, et sa capacité à considérer comme harcèlement sexuel un regard, une conversation, ou le fait qu’un garçon de 6 ans qui veut embrasser une fille sur la bouche puisse être considéré comme un obsédé qu’il faut soigner. Nous n’avons pas oublié le grotesque procès en sorcellerie intenté à Clinton. Nous connaissons aussi la capacité des services secrets à monter des coups tordus. Mais depuis dimanche, où la bombe a éclaté, que constatons-nous ? Nous voyons ce scenario incroyable de toute l’oligarchie socialiste qui, voulant sauver le soldat « Dominique », en arrive à renier encore davantage (qui eût cru que ce fût possible ?) les valeurs qui, paraît-il, étaient celles de mai 68 et du 10 mai 1981.
Certains responsables socialistes, notamment les proches de Strauss-Kahn comme Le Guen, et l’ineffable Jack Lang, nous racontent qu’ils ne reconnaissent pas dans cette anecdote le « Dominique » qu’ils connaissent. « Djack » a même poussé l’ignominie encore plus loin, en osant dire : « Et alors, y’a pas mort d’homme ! » (2) En outre, il ose ajouter, comme bien d’autres, avec un air un peu canaille, que « Dominique aimait les femmes, ce qui n’est pas un crime ! » Nous en sommes bien d’accord. Mais comment les héritiers de mai 68, de la libération sexuelle et, surtout, de l’égalité entre les hommes et les femmes peuvent-ils faire l’amalgame entre l’amour des femmes et l’incapacité de maîtriser ses pulsions, provoquant des situations qui s’apparentent davantage à la violence sexuelle, voire au viol, qu’à l’amour de la gente féminine ?
Parce que, ce sont tout de même ces faits qui sont reprochés à Dominique Strauss-Kahn et la présomption d’innocence n’aurait pas dû faire oublier à ce point la possible réalité des faits. Le minimum de décence aurait dû conduire les socialistes et autres commentateurs à dire leur étonnement, leur déception mais aussi leur solidarité avec la présumée victime si les faits étaient avérés. Rien de tout cela, pas même chez des dirigeantes comme Aubry, Guigou ou Royal, qu’on aurait pu croire sensibles à la détresse de la jeune femme de ménage. A la place, un concert de louanges dégoulinant de déférence, au point que l’on pourrait croire que le nouveau monarque, prince du FMI, et futur chef du Royaume de France, aurait tant de qualités qu’il aurait fallu lui permettre tout…
Or, dans ce concert de Bisounours, on a entendu des voix discordantes racontant ou admettant que Strauss-Kahn avait une réputation d’homme plus qu’entreprenant, c’est le moins que l’on puisse dire. Même un Laurent Ruquier, qui ne cache ni sa sympathie pour la gauche, ni son antipathie pour Marine Le Pen, qu’il se refuse à inviter à son émission, admet : « La seule qui a été sincère, dans toutes les radios et télévisions, hier, c’est Marine Le Pen, puisque personne, dans le milieu journalistique et parisien, n’est surpris par ce qui est arrivé ».
Et de fait les langues commencent à se délier et à oser parler des pratiques de harcèlement sexuel de celui que l’on voulait nous présenter comme le sauveur de la gauche. Les journalistes vont être obligés, à présent, de se lancer dans la chasse au scoop, et de rendre publiques les anecdotes, tues jusqu’à maintenant, que personne n’ignorait en fait. C’était la solidarité de la finance, du politique et du médiatique, trois milieux que Strauss-Kahn et Anne Sinclair – qui se voyait déjà, telle une Carla Bruni, première dame de France – connaissent sur le bout des ongles. Comment expliquer, qu’aucune chaîne de télévision, aucune personnalité politique, n’aient osé évoquer dimanche dernier le témoignage de Tristane Banon, dont la mère, élue socialiste, Anne Mansouret, a confirmé, près de dix ans après l’agression de DSK, vécue par sa fille, l’ampleur du traumatisme ? (3)
Où sont passées les féministes qui nous racontaient en 2007 qu’il fallait voter Ségolène Royal parce que c’était une femme ? Ou est passée Gisèle Halimi, et son magnifique combat pour que le viol soit considéré comme un crime ? Toutes aux abonnées absentes ! Pire encore, Michèle Sabban, vice-présidente PS du conseil régional de Paris, estime que la mère de Tristane Banon, accusée d’avoir « balancé », n’avait plus sa place au PS ! Etrange retournement des valeurs qui consiste à punir la victime pour préserver le bourreau parce que celui-ci fait partie des puissants, parce que celui-ci paraissait le garant d’une idéologie. Qu’on ne nous dise pas qu’une idéologie, le socialo-mondialisme, qui amène de tels reniements de l’homme n’est pas pourrie !
La caste socialiste nous rappelle, par son réflexe clanique, tous les artistes et cinéastes qui, derrière Frédéric Mitterrand, avait défendu sans vergogne le cinéaste Polanski, rattrapé par la justice américaine pour viol pédophile. Comme lors de cette affaire, nos bobos parisiens sont choqués par la justice américaine, qui se permet de mettre en prison ceux contre qui reposent de lourdes suspicions de culpabilité. Ils évoquent la présomption d’innocence, pour dire que notre justice n’agirait pas de manière aussi barbare. Comme s’ils s’étaient préoccupé de cette présomption d’innocence quand ils lynchaient Georges Frêche, Brice Hortefeux ou Claude Guéant ! Naturellement, l’inévitable BHL ne pouvait pas être absent de cette solidarité de caste, et ne pas pousser un coup de gueule pour défendre son copain de Marrakech Dominique ! (4)
A juste titre, Nicolas Dupont-Aignan s’est interrogé sur le fait qu’en France, une telle affaire aurait été étouffée, et que DSK n’aurait pas été arrêté. De façon plus écoeurante encore, toutes ces réactions montrent que nos élites vivant dans l’or et la soie considèrent comme normal qu’il y ait une justice à deux vitesses. Une, dure et exigeante pour le bas peuple qui a le mauvais goût de préférer Marine à « Dominique » et une autre, complaisante avec les leurs, qui devraient, pour cause de bons services rendus à la mondialisation et à la concurrence libre et non faussée, devenir « sacrés », intouchables et avoir les pleins pouvoirs. Comme le suggérait Duhamel dimanche dernier, celui d’avoir ses zones d’ombre et un côté homme de Cromagnon. De là à considérer la femme de chambre du Sofitel de New York comme une traîtresse à la cause des femmes et des immigrés, qui doivent tant à la gauche, forcément, il n’y a qu’un pas que d’aucuns semblent prêts à franchir.
Et ce n’est pas fini ! Qu’on juge de l’hypocrisie de ceux qui depuis trente ans prétendent se battre pour l’égalité ! Le juge avait le choix entre accorder à DSK une liberté contre une caution de un million de dollars, ou le maintenir en prison. Qu’est-ce qui a choqué ces gens de gôche ? Que les riches puissent sortir de prison, après une agression sexuelle, alors qu’un travailleur pauvre aurait dû y rester ? Que nenni, la seule chose qui les a choqués est que le juge n’ait pas donné à « Dominique » la possibilité de mettre un million de dollars sur la table, et qu’il l’ait embastillé, comme un vulgaire délinquant. Effarant. C’est ça la gauche en 2011 ? C’est cela l’égalité sociale ? C’est ça le socialisme en 2011 ?
Ces énarques qui n’ont jamais un mot quand une personne des classes populaires, comme René Galinier, est emprisonnée, salie, insultée, simplement parce qu’il a défendu sa maison et sa vie contre des cambrioleurs, eux qui n’ont jamais un mot quand un enseignant se retrouve en prison sur le simple témoignage d’un enfant, ne supportent pas l’idée de voir un des leurs, un puissant de ce monde, se retrouver derrière les barreaux, parce qu’aux Etats-Unis, quand on cherche à agresser quelqu’un sexuellement, même quand on s’appelle Dominique Strauss-Kahn, cela s’appelle un délit, et que la sanction s’applique immédiatement.
Combien est constante l’attitude de ces faux hommes de gauche, toujours compassionnels pour le coupable, qu’il s’appelle Strauss-Kahn ou que ce soit des racailles racistes en France, et totalement insensibles au sort des victimes, quand il s’agit d’une modeste femme de chambre, aux Etats-Unis, ou de citoyens de ce pays, régulièrement agressés, mais méprisés et insultés parce que considérés comme des Français racistes ! Plenel – qu’on n’a pas beaucoup entendu jusque là sur les rumeurs DSK, lui qui donne des leçons de journalisme au monde entier – ne disait-il pas, en 2002, que quand il entend « Français de souche », il comprend « raciste de souche ».
Il y a comme une ambiance de fin de règne, les masques tombent, les enfants de Mitterrand montrent ce qu’ils sont vraiment devenus : des notables, une caste qui s’auto-protège, qui se couvre mutuellement, et qui, par solidarité, cherche à défendre l’indéfendable. Il y a trente ans, ils incarnaient une société nouvelle, l’espoir, le changement, une éthique du pouvoir, la justice sociale, face à la corruption qui régnait sous la droite. Aujourd’hui, ils sont devenus comme ces élus de droite des années 70, cyniques, imbus d’eux-mêmes, seulement préoccupés par leur carrière, et les avantages qui vont avec, le pouvoir, le sexe et l’argent. Ils nous font penser à ce formidable livre d’Orwell « La ferme des animaux », qui expliquait, dans une ferme anglaise, la prise du pouvoir par les animaux, qui se substituaient aux humains, jugés comme oppresseurs parasites. Les cochons, grâce à leur intelligence, avaient pris la direction de la ferme… et profitaient petit à petit des avantages du pouvoir. A la fin du livre, ils avaient fini, physiquement, par ressembler aux humains qu’ils avaient remplacés. Aujourd’hui, les socialistes français nous font penser à ces cochons du livre d’Orwell.
Leur désarroi nous rappelle le soir du 21 avril 2002, quand le ciel est tombé sur la tête de toute la gauche, absente du deuxième tour des présidentielles. Ils n’en ont tiré aucune leçon, au contraire, ils sont encore pires, neuf ans après, méprisent encore davantage le peuple, comme l’expliquait Chantal Crabère (5) dans notre dernier numéro. Ils nient sa souffrance, et misent ouvertement sur « une nouvelle civilisation », façon élégante pour dire qu’ils veulent brader la France, et miser sur une population de remplacement. Ils ne représentent plus l’avenir de la gauche, ni celui des classes populaires, ils en sont les pires adversaires. Toute cette gauche était prête à se ranger comme un seul homme derrière Strauss-Kahn, tout en connaissant la réalité de sa politique, (6), et ce qu’était l’homme ! Quelle dégénérescence des idéaux de mai 68 et de mai 81 ! Comment ne pas donner raison aux deux magnifiques articles de notre lecteur, Michel Tonarelli, intitulés : « Après les trente foireuses, la gauche en phase terminale ! » (7)
Non, nous n’avons aucune compassion pour le sort d’un Strauss-Kahn, notre pensée va à toutes les femmes du monde victimes de tous les Strauss-Kahn de la planète. Elle va aux peuples, écrasés par la politique du FMI, pillés de leurs richesses, et asséchés par des dettes monstrueuses à rembourser. Elle va au peuple de France, humilié depuis trente ans par la politique de l’UMP et du PS, bafoué dans son identité et sa culture par des européistes et des mondialistes que Strauss-Kahn incarnait mieux que quiconque. La chute de futur candidat du PS est une déflagration qui ébranle leur système. Leur décadence n’est que le signe de notre inévitable régénérescence.
Que nous reste-t-il ? A quand une nouvelle nuit du 4 août ? Il est vraiment temps que le peuple chasse des imposteurs imbus d’eux-mêmes, participant à la mise en coupe réglée de la planète, faisant partie de l’infime élite qui s’en partage les richesses. Comme le disait Cyrano, le peuple de France doit se préparer à un nouveau 1789. (8)
Christine Tasin et Pierre Cassen
(1) https://ripostelaique.com/10-mai-1981-on-esperait-un-nouveau-front-populaire-et-on-a-eu-le-pere-daubry.html
https://ripostelaique.com/30-ans-apres-le-10-mai-1981-les-vrais-fascistes-sont-les-enfants-de-mitterrand%e2%80%a6.html
(2) http://www.youtube.com/watch?v=Lmzdhn9E7Es
(3) http://www.paris-normandie.fr/article/faits-divers/exclusif-%C2%AB-je-regrette-d%E2%80%99avoir-dissuade-ma-fille-de-porter-plainte-contre-dsk-%C2%BB
(4) http://www.bernard-henri-levy.com/le-coup-de-gueule-de-bhl-sur-dsk-ce-matin-chez-pascale-clark-18934.html
(5) https://ripostelaique.com/si-vous-etes-ouvrier-vieux-ou-pas-diplome-vous-n%e2%80%99interesserez-plus-le-ps.html
(6) http://www.fakirpresse.info/articles/361/les-sept-peches-capitaux-de-dominique-strauss-kahn.html
(7) https://ripostelaique.com/a-mon-cher-ami-de-gauche-qui-me-fait-la-gueule-depuis-que-je-defends-riposte-laique-1re-partie.html
https://ripostelaique.com/apres-les-trente-foireuses-la-gauche-en-phase-terminale-2e-partie.html
(8) https://ripostelaique.com/Le-peuple-de-France-doit-se.html

image_pdf
0
0