Affaire Sybil Vergnes : on peut défendre une adhérente du FN, sans adhérer à ses thèses

Publié le 9 juillet 2012 - par - 2 676 vues

C’est l’histoire d’une femme, Sybil Vergnes. Elle habite Sumène, dans le Gard. Revenue au pays, elle décide de se refaire et achète un petit commerce en déclin qu’elle va transformer à force de travail en supérette florissante, la seule du village. Elle est aux premières loges pour constater sur le terrain les difficultés des petits commerçants, des artisans et agriculteurs écrasés de charges et parallèlement la dégradation de son village envahi par de drôles de populations. Elle s’engage pour la première fois de sa vie en politique, lors des élections législatives, et présente sa candidature dans la 5e circonscription du Gard sous la bannière du FN. Mais sa campagne est axée sur le problème de la désertification et de la paupérisation de nos campagnes et non sur les questions d insécurité et d’ islamisation. Elle déloge au 1er tour neufs candidats; entre autres le Front de gauche et le nouveau centre, et multiplie au 2e tour son résultat presque par deux, avec près de 40 % de voix. Dans ce territoire historiquement acquis à la gauche, on va lui faire payer cher sa victoire. Elle est agressée à quatre reprises par des « issus de l’immigration », puis c’est le tour des gauchistes du coin . Ils enfoncent sa devanture avec une voiture bélier. Vitre blindée brisée, porte sortie de ses gonds . Facture : 2874, 59. En outre, ces valeureux défenseurs des idées droites, appellent au boycott du magasin, ce qui intimide certains clients, qui ne viennent plus. Non seulement cette désaffection est grave pour la commerçante, mais aussi pour les petits fournisseurs locaux qui trouvaient dans la supérette un débouché vital pour la vente de leurs produits. Alors qui se comporte en F. haine ? Sybil Vergnes, qui alerte sur l’état de nos campagnes, ou les voyous – il n’y a pas d’autre mot- qui s’en prennent physiquement à sa personne dans l’intention claire de la détruire ?
Le parcours de Sybil Vergnes témoigne de son courage et de son humanité. C’est cela qui m’importe et me touche, pas son appartenance au FN. Et surtout n’allez pas me rebattre les oreilles avec votre antienne : non je ne défends pas le FN, je défends une personne humaine et son droit à s’engager où elle juge bon, sans avoir à le payer du prix du sang. Je ne juge pas les gens à la couleur de leur bannière, mais à l’aune de leur comportement. Et j’ai dit souvent dans ces colonnes à quel point m’insupportait l’incohérence de beaucoup de gens de gauche, qui produisent des théories flambantes et ont des pratiques en totale contradiction. On en a un exemple éloquent avec les gauchistes de Sumène..

Cette affaire m’inspire une double réflexion : sur la haine et sur le terrorisme intellectuel qui veut qu’on soit d’accord sur tout pour faire un bout de chemin ensemble. Le cas de Sybil Vergnes est en effet emblématique de la haine aveugle qui anime certains défenseurs de l’opprimé et de la bonne cause anti FN. Ils ne voient plus que l’objet de leur haine, le FN, et sont prêts à détruire une personne au nom de leurs idées. Le FN n’est ici qu’un prétexte pour défouler cette haine meurtrière. La race de Caïn sévit partout, quelle que soit la géographie et l’appartenance. Il lui faut toujours un bouc émissaire. Notre charmante histoire humaine est jalonnée de leur barbarie : pogroms, goulags, camps, lynchages, génocides , sans frontière ni couleur de peau. Il n’y a pas de camp du Bien, il y a des gens de bien. Chacun a ses raisons, mais pas forcèment raison, en tout cas pas raison contre l’autre. Mais la tendance à la haine est à l’oeuvre en chacun de nous. Plus nous la projetons sur l’autre, mieux elle s’épanouit en nous. Chacun d’entre nous peut céder à la tentation de la haine. I
Deuxième réflexion . Oui, je défends Sybil Vergnes, sans souci de son appartenance. Je ne confonds pas le bébé et l’eau du bain. De la même façon j’ai participé aux Assises sur l’islamisation de la France en décembre 2010, sans m’obséder sur la présence des Identitaires dans l’organisation. Cela , je le rappelle, m’a valu l’excommunication de la gauche et de la plupart des féministes. Alors, finissons en avec ces jugements dignes de Cromagnon. Je pense ici aux anathèmes lancés contre RL, qualifié de raciste, xénophope et islamophobe. Ils sont de mauvaise foi, car ils procèdent d’un amalgame malhonnête. N’empêche, la frontière est fragile entre la juste dénonciation des empiètements de l’islam sur la république et la rage personnelle qui vous saisit devant de tels débordements et devant l’injustice dont vous êtes victime. C’est vous qui devenez le coupable, coupable de dire ce que vous voyez, en lieu et place du vrai coupable. Mais il faut se garder d’y céder. Elle est mauvaise conseillère.
Voila pourquoi je ne suis pas toujours d’accord avec certains articles de RL, qui frôlent le hors sujet et l’excès de langage et ne servent pas notre cause. Par exemple, je ne vois pas l’intérêt de polémiquer avec Caroline Fourest. Et de lui consacrer tant de place, elle ne le vaut pas. Par exemple, je tique devant la virulence de certaines attaques contre Hollande et le PS. Ils n’ont pas tout mauvais. J’ai écrit ici que j’appréciais leur souci de parité, leur célérité à faire voter une autre loi sur le harcèlement sexuel. Par contre je trouve imbécile le projet d’abolir la prostitution. Décréte-t-on l’abolition du Mal ? Pourquoi Belkacem ne décréte elle pas plutôt la guerre sans quartier aux proxénétes ? Parce que l’Etat a des intérêts dans la traite des femmes ? Au delà de ces inévitables divergences, je me sens à ma place à RL, dont j’apprécie l’ouverture.et le courage. Mais il est inhumain de vouloir coïncider sur tout, en amour, en politique, en matière de goûts. RL est une famille où on peut s’engueuler, mais ce qui nous lie est toujours plus fort que ce qui nous sépare. On est plus fort à exprimer ses divergences qu’à les cacher.
J’ai justement appris à RL à accepter les différences. Je peux y coexister avec des catholiques anti avortement, entendre un son de cloche libéral, qui secoue mes convictions anticapitalistes, c ’est à RL que j’ai pris nettement conscience des errements de cette gauche dont j’étais compagne de route. En somme RL est un bon terrain d’exercice de la tolérance, au sens le plus humble du terme, à savoir la possibilité d’entendre l’autre, sans le réduire à ses positions et lui sauter à la gorge. Résumons : on peut être solidaire avec un projet, tout en préservant son esprit critique par rapport à des débordements de ligne. Tout comme on peut défendre une personne appartenant au FN, tout en n’adhérant pas aux thèses du FN. Quand on aura intégré cette évidence, on aura avancé d’un grand pas. Le tous pour UN a fait assez de dégâts.

Anne Zelensky

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