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Afghanistan : les talibans finiront par revenir triomphalement à Kaboul

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Un attentat-suicide à Kaboul, revendiqué par l’EI, vient de faire 63 morts et 182 blessés lors d’un mariage. Le sinistre cocktail guerre-terrorisme fait des ravages.
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S’extirper au plus vite du bourbier afghan, où l’Amérique est enlisée depuis 18 ans, telle est la priorité de Trump avant les élections de 2020. Voilà des mois, et même des années qu’à Doha, les États-Unis tentent de négocier en coulisses avec les talibans pour en finir avec ce conflit sans issue.
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L’objectif est triple :
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Primo, établir un gouvernement de coalition, secundo, obtenir des talibans l’assurance qu’ils ne renverseront pas le pouvoir en place, et tertio, avoir la garantie que les talibans combattront la branche afghane de l’État islamique, afin que l’Afghanistan ne redevienne une base arrière des jihadistes anti-Occidentaux.
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Autant dire que le pari s’annonce risqué, voire perdu d’avance. Si les talibans combattent effectivement Daesh, ce n’est pas pour sauver le président afghan actuellement au pouvoir, qu’ils considèrent comme une « marionnette » des États-Unis. Ce que veulent les talibans, c’est régner sans partage et rétablir leur « Émirat islamique » de 1996.
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Il y a quelques mois, la priorité de Trump était de combattre l’État islamique en Afghanistan avec le soutien des talibans. Mais aujourd’hui, l’heure est au retrait.
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14 000 soldats américains sont encore présents sur le terrain après 18 ans de guerre. Au plus fort du conflit, la coalition occidentale alignait 140 000 soldats, avec le succès que l’on connaît… L’écrasante  supériorité technologique des Occidentaux n’a jamais pu faire la différence face à des guerriers pachtouns déterminés qui se fondent dans la population.
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Quant à l’armée afghane, démotivée, corrompue, infiltrée et dévastée par un taux de désertion colossal, elle est inexistante face aux talibans aguerris.
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En 2010, le général David Petraeus, grand fan de David Galula, penseur militaire français et théoricien de la guerre contre-insurrectionnelle,  avait cru venir à bout de l’insurrection talibane avec des renforts massifs de troupes occidentales.
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Erreur. La guerre contre-insurrectionnelle consistant à gagner le cœur des populations pour obtenir leur soutien a échoué. Aux yeux des Afghans, les Occidentaux resteront toujours des mécréants envahisseurs.
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19 soldats américains ont encore été tués en 2019. Les États-Unis ont ainsi perdu plus de 2 300 soldats et comptent plus de 20 000 blessés depuis 2001.
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Côté français, ce sont  88 de nos militaires qui sont tombés en Afghanistan et 700 qui ont été blessés. Un bilan désastreux compte tenu des résultats obtenus.
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Depuis 2001, j’ai toujours écrit que les talibans, qui sont des pachtouns maîtres chez eux, finiraient par retourner triomphalement à Kaboul. On voit mal ce qui pourrait les en empêcher après un retrait américain. Les talibans sont en position de force car ils ont tout leur temps et ils le disent :
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« Vous partez de toute façon, alors pourquoi devrions-nous négocier » ? D’autant plus que le Pakistan, allié des Américains sur le papier, pratique un double-jeu permanent en servant de sanctuaire aux chefs talibans.
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Et avec la culture du pavot, toujours florissante, l’argent ne manque pas. L’Afghanistan produit 90 % de l’opium mondial. Une manne pour les talibans.
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L’objectif de Trump serait donc de retirer l’essentiel des troupes américaines, afin de tenir sa promesse électorale de rapatrier tous les soldats engagés dans des conflits extérieurs, tout en laissant opérer sur place les milices pro-gouvernementales, financées, formées et commandées par la CIA.
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Des unités essentiellement axées sur des opérations ciblées, exécutées avec le soutien des forces spéciales US.
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Autant dire que dans cette guerre parallèle du renseignement, les victimes collatérales sont le dernier souci des milices. La priorité est à l’élimination coûte que coûte des cibles antigouvernementales, chefs talibans ou jihadistes de l’EI, sans aucun état d’âme pour les boucliers humains…
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Il ne faut donc pas s’étonner que l’Afghanistan ait détrôné la Syrie au hit parade des pays les moins pacifiques du monde, selon l’Indice global pour la paix, l’IGP.
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40 ans de guerre, depuis l’invasion soviétique de 1979 pour en arriver là ! L’Afghanistan restera encore longtemps le symbole du fiasco absolu des politiques interventionnistes, qu’elles soient soviétiques ou occidentales.
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Jacques Guillemain