Agissons pour que toutes les femmes, ici et ailleurs, aient accès aux droits universels

Publié le 27 janvier 2009 - par
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En France, les principes constitutionnels de laïcité et d’égalité entre les hommes et les femmes sont à la fois la clé de l’autonomie des femmes par rapport aux religions et la digue pour résister aux fondamentalismes qui voudraient faire régresser les femmes dans un statut archaïque défini par le patriarcat théocratique.

L’influence grandissante des religions et de la montée des extrémismes religieux sur les politiques nationales et européennes entrave les avancées pour l’égalité entre les femmes et les hommes et restreint d’autant plus l’accès des femmes migrantes à leurs droits fondamentaux et le plein exercice de ces droits.

Orientation sociale décisive, l’émancipation féminine a largement infléchi le rapport des femmes à la religion. Toutes les religions voient s’opposer les femmes : les traditionalistes, gardiennes de l’orthodoxie, se considérant comme les seules conformes aux prescriptions de leur dieu, fidèles et fécondes pour transmettre aux nouvelles générations la foi des anciens jours. Et un courant libéral, pro-choix, fondé sur l’interprétation personnelle, admettant les mariages interconfessionnels, la maîtrise du désir d’enfant, l’accès à la prêtrise, les sexualités différentes.

Dans cette bataille, notre choix est clair nous soutenons, ici et ailleurs, les femmes qui veulent exercer leur libre-arbitre par rapport aux diktats religieux.

Tous les extrémismes religieux, ou prétendu tels, se soutiennent. Ils considèrent l’émancipation de « la » femme comme la cause de tous les fléaux de la société, maux qui disparaîtraient si l’on revenait aux conceptions théocratiques patriarcales de domination des hommes et à l’acceptation par les femmes de leur soumission.

Tous les extrémismes religieux sont englobant, règlent la vie quotidienne dans les moindres détails afin de toujours penser à Dieu (nourriture (repas et achats), vêtements, loisirs, vie sexuelle). Ils nécessitent claustration et crédulité.

La stratégie mise en place par les hommes et les Etats qui utilisent l’islam pour convaincre les femmes de leur soumission leur permet, en plus, de mener le combat contre les principes universels fondamentaux, dénoncés puisque « Occidentaux ». L’attaque se porte sur les esprits, avec la confusion volontaire entre le racisme qui concerne les personnes et la religion qui concerne les idées.

Les extrémistes religieux musulmans combattent en opposant au féminisme « occidental, blanc, colonisateur, voire esclavagiste », un « féminisme islamique ». L’émancipation des femmes viendrait de leur choix personnel, de leur consentement à se soumettre à dieu.

Ce qui permet ensuite à ces extrémistes d’opprimer tranquillement leur coreligionnaires, à commencer par les femmes, avec le soutien des différentialistes occidentaux qui acceptent une différence des droits pour des femmes, au nom de traditions religieuses.

Le scandale est atteint lorsque dans les pays de droit, ceux-ci ne sont pas reconnus à des groupes de personnes, en fonction du sexe, de l’origine ethnique, des croyances religieuses ou des opinions philosophiques. Lorsqu’en France, certains exigent ou acceptent la séparation entre hommes et femmes, le marquage des femmes, au nom d’une religion, c’est bien nier l’égalité en droit et dignité des êtres humains.

Ne soyons ni dupes ni complices. Le relativisme culturel est bien du racisme, puisque cette argutie est utilisée pour interdire à des personnes d’avoir accès aux principes universels de dignité et de droit humain, sous prétexte que dans leur pays de naissance ou d’origine familiale, ces principes ne sont pas reconnus. Il se complait dans la notion de choc de civilisation, alors qu’il s’agit d’une guerre des incultures.

Il est indispensable de distinguer particularismes et universel, cultures et culturalisme. Nous célébrons le 60° anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains, il faut rappeler son sens et son utilité face aux intégrismes qui cultivent le ressentiment, la haine de l’autre et l’exacerbation des différences.
L’universel désigne ce qui est commun à tous les êtres humains, l’aptitude à penser, aimer, souffrir. Il n’est pas la négation du particulier, mais permet d’émanciper chaque personne de toute tutelle oppressive et d’assumer le particulier de façon non fanatique. L’Universel est une référence émancipatrice.

C’est penser les conditions de la concorde, alors que les particularismes, s’ils veulent s’imposer comme identité collective, politique, sont exclusifs : coutume contre coutume, croyance contre croyance
D’autant plus que toutes les opinions ne se valent pas et ne s’équivalent pas, elles n’ont pas la même légitimité. L’esclavage a longtemps été considéré comme une situation normale, dans la bible puis le coran, en Afrique, en Europe et tardivement encore aux Etats-Unis. Les besoins d’un groupe ne justifient jamais la servitude d’autres humains. « Si on ne peut cultiver les Antilles qu’avec des esclaves, il faut renoncer aux Antilles » (Victor Schœlcher)

La République laïque ne doit pas abandonner lâchement ni les femmes migrantes, ni nos compatriotes de filiation ou de confession musulmanes, à la merci de l’islam politique et des obscurantistes. Il faut en finir avec cette tolérance non réciproque qui empêche les femmes d’accéder aux droits universels. Ma tolérance s’arrête où commence l’intolérance de l’autre.

Michèle Vianès

Intervention faite lors du Prix de la laïcité – Comité laïcité République

24 janvier 2009, Hôtel de Ville de Paris

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