« Ah ! charia, charia, charia, les aristocrates à la lanterne … »

Pendant ces derniers mois, tous les gouvernants tous les peuples, tous les médias ont eu les yeux fixés sur la Tunisie et la Libye où ils ont découvert  des peuples assoiffés de liberté et d’amour pour les urnes. Des élections ont eu lieu, des autorités de transition se sont mises en place. Voici l’Occident  maintenant rassuré.
Or, se découvre peu à peu un chant révolutionnaire nouveau :
« Ah ! charia, charia, charia,  
Les aristocrates à la lanterne
Ah ! charia, charia, charia,
Les aristocrates on les pendra » 
En Tunisie, les premières élections démocratiques, dont on peut se réjouir, ont eu lieu.  En Libye, avec l’assassinat du dictateur, le Conseil National de Transition (CNT) estime avoir réussi sa tâche : il a d’abord entrainé les Occidentaux à faire chuter un régime  dictatorial de 42 ans. Cette étape a pris fin. En somme :
Finies les rondes des rafales à un million d’euros/jour (mais il y aurait eu 5.000 victimes collatérales)
Fini le parachutage d’armes à destination des révolutionnaires barbus et imbus d’une liberté  brandie à la pointe des fusils
Finies les élucubrations de Kadhafi, les frasques de sa progéniture
Finies les familles Ben Ali/Traboulsi assises sur leurs lingots
Et donc finie pour l’Occident cette tourmente quotidienne vécue pendant de longs mois.

  Jeunes  combattants libyens (2011)

L’Occident se sent maintenant en paix : la démocratie est revenue dans ces deux pays du Maghreb, on est persuadés que les droits de l’homme ne seront plus bafoués, que la femme pourra maintenant sortir librement de chez elle, sans voile, sans tuteur,  ayant retrouvé tous ses droits, bref que le pays va se relever …
Mais progressivement une réalité se révèle avec toute son amertume.  La charia (1) se met en place. Elle sera le garant de la paix sociale : les femmes seront plus vertueuses, les hommes plus fidèles car la polygamie est restaurée,  les voleurs ne voleront plus, les musulmans montreront plus de piété, le paradis d’Allah sera assuré de recruter beaucoup de bons musulmans … Oui, tout cela est bien en ordre de marche, l’ordre nouveau se met en place au sud de la Méditerranée. Réjouissons-nous : l’étendard vert d’Allah va régner maintenant sur la terre de cette Tunisie la verte tant louée par les grands chanteurs égyptiens, l’étendard vert d’Allah flottera sur les édifices publics et sur la pensée. 
Autre réalité : les armes ne se sont pas tues en Libye. Ce sont nos dirigeants et leurs conseillers qui se sont tus pour dissimuler leur manque de jugement et leur aveuglement, eux qui ont jeté la Libye dans le chaos et livré ce pays à des bandes disparates qui tirent à hue et à dia :

  • A Tripoli, le Tripoli Military Council (TMC), sous la houlette d’un membre d’Al-Qaeda, Abd el-Hakim Belhadj, fondateur du Groupe Islamique du Combat en Libye (GICL) est un groupe armé et financé par le Qatar et soutenu par l’OTAN tandis que  le Tripoli Revolutionists Council (TCR) est une milice indépendante berbère.
  • A Benghazi, une multitude de bandes islamistes fait la loi.
  • A Misrata, le Misrata Military Council (MMS) est bien armé grâce aux pillages des arsenaux de Kadhafi.
  • A Zentan, en région berbère, règne un groupe bien encadré par d’anciens officiers de Kadhafi arborant le drapeau amazigh.

Ces factions réparties sur des territoires correspondent à un découpage géographique de fait  de la Libye que Bernard Lugan qualifie de « touches de piano » (2) (accès à la mer au nord et aux champs pétrolifères et gaziers au sud). Cette domination des chefs de guerre intervient au nez et à la barbe de l’Occident qui en porte une grande part de responsabilité, à quelques encablures de l’Europe, et constitue une menace de guerre civile, si elle n’est pas déjà en cours …

La victoire des islamistes en Tunisie (28/10/2011) (Ph. 24herures.ch) 

Le sort de la Tunisie, quant à lui, est plus « enviable » sur le plan sécurité puisque que le parti Ennahda de Ghannouchi (3), apparenté aux Frères Musulmans, a la haute main sur le pays. La couleur du carton est annoncée : elle sera verte. La charia sera la source des lois dans la prochaine Constitution. La langue française, qui semble maintenant « polluer » la langue arabe devra être bannie. La culture française des touristes de l’hexagone sera-t-elle aussi refusée ? …   Mais l’argent n’a pas de couleur …   
L’Occident est actuellement tourné vers la Grèce pour sauver l’euro et l’Europe. L’Afrique du Nord, l’Égypte, le Yémen, la Syrie devront attendre encore un peu avant que l’Occident ne les livre, mains liées, aux adorateurs d’Allah et à ses délégués sur terre. Car c’est de nos mains, à nous les Occidentaux, que nous réalisons progressivement le croissant islamique qui va de « l’Atlantique au Golfe ». Et à notre détriment.
Paradoxalement, les États d’Arabie ne font pas partie de la liste ci-dessus quoiqu’ils soient gouvernés par des despotes, des seigneurs des tribus et des cheikhs autoproclamés ombres d’Allah sur terre, sans constitution, sans alternance, sans délégation de leurs peuples. Ces États (principalement le Qatar et l’Arabie Saoudite) qui se placent en pourfendeurs des autres dictatures et interviennent militairement et financièrement pour déstabiliser ces pays, sans balayer devant leur porte et sans modifier leurs propres institutions archaïques. La politique de l’Occident du « deux poids, deux mesures » risque de se retourner contre lui comme un boomerang. Il est vrai que c’est là que se trouvent argent et pétrole … 
« Ah ! charia, charia, charia … », Charlie hebdo vient d’avoir un avant-goût brûlant de ce qui nous pend tous au nez… 

Bernard Dick 

(1) La charia est un ensemble universel de devoirs religieux, la totalité des commandements d’Allah, qui règlent la vie du musulman sous tous ses aspects, juridiques, sociaux, culturels etc.  …
(2) http://bernardlugan.blogspot.com/  (30/10/2011)
(3) Ghannoucchi Rached, chef du parti Ennahda. Il vécut 20 ans en exil en Angleterre. Il a soutenu le FIS algérien, mouvement terroriste qui fit 60.000 à 150.000 morts au début des années 1990.
 
 
 
 
 
 
 
 

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