Ah! le mauvais genre !

Publié le 13 juin 2011 - par - 760 vues

Le pire ennemi de la raison est le fantasme. La question des sexes est la boite à fantasmes la plus explosive qui soit. Témoin un récent article de RL (1) sur le genre. Cette notion de genre qui occupe depuis des décennies la réflexion sociologique et féministe est toute simple. Il s’agit d’étudier les effets multiples de l’éducation sexuée sur la fabrication des filles comme des garçons. Un livre, entre tant d’autres, évoque cette question « La fabrication des mâles » ( Nadine Lefaucheur et Georges Falconnet) Qu’est-ce aujourd’hui qu’être un homme? Comment les hommes se représentent-ils leur rôle, comment ont-ils acquis leurs idées « personnelles » sur les femmes, sur le sexe, sur la famille, sur « la vie » ?
Questions essentielles pour tous ceux et toutes celles qui ne supportent plus les rapports aliénés des hommes entre eux, des femmes entre elles, des hommes et des femmes, des adultes et des enfants, et qui, sans attendre le Grand Soir censé résoudre tous les problèmes, veulent jeter les bases de rapports humains nouveaux.
Ce qui distingue l’humain de l’animal c’est précisèment cette faculté de retravailler le naturel, de transformer le biologique en fonction des projections et interprétations qu’il suscite. Cette approche du genre a pour but de prendre du recul par rapport à la notion de « nature », qui n’est pas aussi prégnante qu’on veut bien le croire. Le problème est que la référence à la « nature » a été prétexte et l’est toujours à modeler filles et garçons selon un patron le plus souvent réducteur et contraignant pour les deux. A en faire des « caricatures » de ce qu’est le masculin et le féminin. Point barre.
Or que lit on dans l’article cité ? « Le gender a en effet pour but de remettre même en cause l’identité sexuelle et les choix sexuels » . Diantre ! Plus loin le gender serait supposé « crier au scandale de l’hétérosexualité dominante » . Quelle caricature ! Amalgame entre ce que l’auteur projette dans la notion de genre et ce qu’elle est objectivement. Jamais la notion de genre n’ a remis en cause ni l’identité biologique, ni les choix sexuels, quels qu’ils soient. Il propose une autre approche de cette identité et de ces choix. Le raccourci est ici le produit du fantasme et de la projection pures : sous prétexte qu’on propose un autre approche du sexe et du choix sexuel que la stricte détermination biologique, on nierait celle ci . Depuis quand le réel se réduit il à une seule de ses composantes ?
Pour traiter d’un sujet aussi sérieux et sensible, il ne suffit pas d’aller s’informer sur Wikipedia et de prendre comme seule référence Judith Butler, dont on cite des passages sortis de leur contexte et tronqués. Pas très recevable intellectuellement, la démarche. La notion de genre mérité mieux que cette hâtive et fausse mise en pièces. Mais le propos n’était pas de s’informer sur le genre et de proposer une réflexion, mais de s’indigner que l’Education Nat. envisage d’inscrire le gender au programme des Sciences de la vie et de la terre des classes de 1eres. L’auteure de l ’article évoque la probable déstabilisation des pauvres têtes blondes et surtout brunes. On va foutre le bordel dans leurs représentations de sexe , ils ne sauront plus où ils en sont, fille ou garçon ? Or c’est justement ça le problème : ils s’accrochent à leur sexe pour mieux emmerder celui d’en face. Et ce sous l’influence pernicieuse de quelques têtes brunes coranisées qui véhiculent leur idéologie machiste avec une efficacité redoutable. Les relations filles garçons se dégradent dangereusement. La séparation des sexes, qui s’était adoucie, reprend du poil de la bête, les filles se barricadent derrière leur pantalon , la jupe étant perçue comme un appel au viol, des gamins de 13 /14 ans se lancent dans les viols collectifs…
Il y a dans l’article cité une contradiction majeure : comment peut on s’alarmer de la progression de l ’idéologie islamiste et tailler en pièces une notion qui tente de la contrecarrer ? En démontrant aux élèves qu’être fille ou garçon n’est pas un destin immuable « qu’on ne naît pas femme ou homme, mais qu’on le devient » ( Simone de Beauvoir ») , on leur permet de prendre du recul par rapport à cette prison du sexe qu’ils se sont forgés et qui revient à mépriser et maltraiter l’autre ?
Je me félicite que l’E. N mette au programme de certaines classes cette notion de genre, je déplore qu’elle ne la mette pas dans toutes les classes. C’est le rôle de l’Ecole de donner à comprendre le monde dans sa complexité, pas de renforcer les élèves dans leurs préjugés.
Oui, il faut se garder de la passion. Un point de vue différent est recevable s’il est le fruit d’une argumentation raisonnable. Pas s’il est le produit des projections fantasmatiques. On ne peut alors plus discuter, il ne reste plus qu’à se retirer.

Anne Zelensky

(1) https://ripostelaique.com/ils-osent-mettre-le-gender-dans-les-programmes-scolaires.html

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi