Ah ! Si le prophète avait été monogame !

On s’est longtemps demandé ce qui serait arrivé si Cléopâtre avait eu le nez moins long, aurait-elle séduit César et Marc Antoine ? Et qu’aurait été alors l’histoire de l’Egypte ? Souvent les romanciers, les historiens, lancent des idées de ce genre : « Si machin n’avait pas envahi tel pays, et si truc- muche n’avait pas perdu la bataille ? » C’est l’un des thèmes que Eric Zemmour développe dans son livre « Mélancolie française ». En fervent admirateur de Napoléon il analyse dans un chapitre les conséquences de la défaite de Waterloo. Si on ne peut pas re-écrire l’histoire on peut toujours, comme lui, faire acte d’imagination, émettre des hypothèses …. Et si .. et si……
En regardant le documentaire du jeudi 6 mai proposé par France 2 sur « la polygamie en France », je me suis, aussi, mise à rêver : « Et si le prophète ? … Et si le prophète Mahomet n’avait pas aimé à ce point les femmes, et les petites filles, s’il avait été profondément amoureux de sa femme Khadija qu’à sa mort il se fût transformé en veuf inconsolable ? ». Inconsolable d’une épouse unique et adorée, est-ce que Dieu lui aurait susurré que la polygamie devait être un art de vivre, symbole absolu d’un pouvoir à l’avantage du sexe dit fort ? Sans doute pas ! Qu’aurait été alors l’histoire ? Qu’aurait été l’islam ?
Il est bon de rappeler ici, qu’au Moyen-Orient, dans l’ère anté-islamique les femmes avaient plusieurs hommes dans leur vie, que souvent elles ignoraient qui était le père de leur enfant et que fines- mouches, elles choisissaient le plus riche, on était donc dans des mœurs de polyandrie, certainement plus douces….
Alors qu’ont gagné les femmes orientales avec l’islam au VII ème siècle ? Rien, si ce n’est l’affirmation d’ un statut d’infériorité qui leur colle encore aux basques quatorze siècles plus tard. Que gagnent-elles aujourd’hui en terre d’islam où la polygamie revient en force (code de la famille de l’Algérie et de l’Iran, et de bien d’autres pays), et que gagnent-elles en France quand cette coutume religieuse, allant à l’encontre de nos propres lois, s’infiltre, se développe subrepticement mais fermement dans notre pays ?
Il n’a pas été facile à Patrice Rolet, le réalisateur de ce documentaire, d’aller filmer les polygames, leurs épouses, et d’enquêter sur ce sujet.
Certains hommes ont cependant accepté de témoigner et d’expliquer leur point de vue qui est très simple : « Ils ne font rien de mal ». Le prophète qu’ils vénèrent a autorisé la polygamie. Ils ne voient pas pourquoi la France les empêcherait de faire venir de leur pays d’origine, souvent le Mali, une seconde, voire une troisième épouse. L’islam le permet, le prophète l’a fait, donc la France n’a pas à s’y opposer : « On est au pays des droits de l’homme » dit l’un d’eux. On a dû lui souffler cela pour justifier cette liberté religieuse là, aussi. Il faut maintenant que la France en fasse plus et que les prestations sociales soulagent les familles, les logements sont vraiment trop petits…. Ça n’est vraiment pas possible !

A aucun moment le journaliste n’aborde le point de vue des moyens financiers nécessaires pour avoir plusieurs femmes, de nombreux enfants, n’a-t-il pas osé ?
Il a cependant réussi a se faire ouvrir les portes d’associations féminines qui regroupent les femmes migrantes, leur proposant cours d’alphabétisation et activités. Ces lieux sont aussi l’endroit où les femmes se retrouvent pour échanger, et la plupart sont, ou ont été, mariées à des polygames, et là on a un tout autre discours que celui des hommes. Le film montre bien à quel point, cette polygamie leur pèse, à quel point elles en sont victimes. Elles sont victimes mais : « c’est dans la religion … c’est dans nos coutumes… on ne m’a pas demandé mon avis.. c’est comme cela ». Quand le journaliste arrive à les faire parler, on comprend combien elles vivent mal la polygamie de leur mari, la jalousie, la rivalité avec l’autre épouse, à quel point il y compétition entre les deux voire trois femmes, le mari jouant la comparaison perfide, le côté : « elle est meilleure épouse que toi » et alors « il pourrait me quitter ». On comprend le problème aussi pour les enfants, la promiscuité, les nombreux enfants quelquefois obligés d’attendre que les autres se réveillent pour venir dormir. On comprend tout cela, mais on a envie de leur dire : « Prenez votre destin en mains, refusez cela, qui d’ autre que vous peut renverser cet usage religieux ? »
C’est ce que tentent les associations de femmes qui leur disent leurs droits, les encouragent à ne pas tout supporter, mais première, seconde ou troisième épouse ces femmes se voient, et sans doute le sont-elles vraiment, uniquement en victimes de pratiques religieuses et culturelles. Certaines divorcent ou divorceront. Une jeune femme responsable, elle-même divorcée, affirme : « c’est la génération de nos filles qui fera changer ces pratiques, elles, elles n’accepteront pas la polygamie »… Espoir donc pour les générations futures, mais en attendant ? Que peut faire la France pour aider ces femmes souvent malmenées quelquefois maltraitées, comme celle-ci qui raconte qu’après qu’elle eût fait une fausse couche, son mari l’a quittée pour aller rejoindre une autre épouse en Afrique, emportant les allocations familiales et la laissant avec ses enfants sans argent ? La France laïque peut-elle laisser des hommes se comporter de la sorte et ramener de leur pays d’origine, en France, une seconde, puis une troisième épouse parce que…. le prophète ?
Elisabeth Badinter intervient à plusieurs moments du film. Fidèle à sa ligne, elle redit que la polygamie est interdite en France car l’une de nos valeurs est l’égalité des sexes. Elle fait aussi un petit retour en arrière rappelant qu’ en 1993, dix sept ans déjà, Charles Pasqua avait exigé des hommes immigrés le respect de cette règle, et qu’elle avait été une des rares à gauche à ne pas crier au scandale.
Donc pour en finir avec mon idée de départ….. Si le prophète avait été monogame, si Dieu lui avait donné l’ordre d’imposer la monogamie…Je vous laisse imaginer la suite de l’histoire et répondre à la question: « Que serait notre monde aujourd’hui ? »
Chantal Crabère

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