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Ahmed Assid : Les grands esprits sont les souffre-douleur des musulmans

Ahmed Assid, écrivain et militant politique marocain amazigh, est bien connu pour son engagement en faveur de la laïcité et des valeurs démocratiques et universelles dans son pays. Ses positions modernistes dérangent beaucoup et vont à l’encontre de la doxa de l’islam. Devenu une cible de haine de la part des islamistes, il subit souvent des menaces de mort. Dans le texte suivant publié en arabe sur ahewar.org le 1.12.2020, il analyse les raisons qui incitent les musulmans à rejeter et même à détester les grands esprits occidentaux ayant contribué au progrès de l’humanité.

Les génies du monde représentent un grand tourment pour les musulmans, non seulement au cours de leur vie riche en réalisations, mais aussi après leur décès. Les croyants musulmans ne les privent pas seulement de leurs « prières miséricordieuses », mais les soumettent à des insultes, voire à des injures hystériques. Les musulmans les haïssent parce qu’ils croient fermement que leur Allah rejettera toutes les grandes conquêtes et inventions que ces génies ont offertes à l’humanité, et qu’il déversera sur eux sa colère uniquement pour plaire à ses fidèles mahométans. Les musulmans croient également que leur Allah n’exauce que leurs prières à eux et ne se soucie jamais des autres. Ils prétendent en effet qu’ils sont les seuls qui ont embrassé « sa vraie religion » tandis que les autres sont égarés et mal avisés.

Ce comportement du musulman nécessite, en effet, une analyse psycho-analytique minutieuse. Toutes les attitudes impulsives le l’homo islamicus sont en effet conditionnées par une force pressante qui le pousse à se venger de son époque.

Deux raisons favorisent à mon avis ce ressentiment. D’une part, le musulman se voit vivre comme un marginal dans ce monde. Et d’autre part, il se sent démuni de tout pouvoir politique comme de toute compétence intellectuelle pour apporter la plus mince contribution au progrès de l’humanité et de la science moderne.

Sa frustration émerge surtout de son incapacité de reconnaître ce qui a été réalisé et qui se réalise toujours sans lui. Englué dans son espace culturellement tribal déjà figé depuis des siècles, il ne parviendra jamais à joindre le cortège de la civilisation. Par conséquent, il se trouve inapte d’imaginer ou de reconnaître que celui qui tient la barre puisse avoir plus de valeur et de compétence que lui.

Donc, les musulmans détestent l’Occident et les grands esprits occidentaux qui ont façonné le progrès de l’humanité, pour la simple raison qu’ils n’appartiennent pas à leur religion, qui est leur unique patrimoine et qui, par conséquent, constitue pour eux la norme et la source fondamentale de tout le reste. Ils se trouvent encore agacés tout particulièrement, puisque les grands esprits de notre monde leur prouvent que l’homme est capable de réaliser d’énormes progrès en faveur de l’humanité sans adhérer à une religion, ni d’en avoir besoin. Cette frustration cependant se manifeste au sein même du monde musulman. Quand un grand esprit émerge parmi eux et tente de faire changer leur façon de penser, il ne tardera pas d’être stigmatisé et attaqué sans pitié. Les milieux islamistes dénigrent la valeur de tous ses efforts et ses réalisations. Les foules se déchaînent contre lui et le diffament. C’est ce qui est exactement arrivé au lauréat du prix Nobel en 1999, le chimiste égyptien Ahmed Zewail. [Ndt. Ahmed Zewail a lancé en 1999 le projet d’un campus technologique en Égypte, portant le nom de « Zewail City of Science and Technology ». Il est décédé en 2016 juste avant d’assister à son inauguration officielle.] Cependant, la faute grave et impardonnable que ce grand savant avait commise aux yeux des musulmans, c’est qu’il a osé critiquer ouvertement leur mentalité de stagnation et de dépendance. Il avait réclamé un investissement sérieux pour promouvoir la recherche scientifique dans les laboratoires et multiplier les centres de recherche au lieu de gaspiller le temps et l’argent dans la construction de mosquées et dans l’évocation permanente et stérile de la prétendue « inimitabilité scientifique du Coran ». [Ndt. La question de « l’inimitabilité scientifique du Coran » (al-I’jâz al-‘ilmî fîl-qur’ân) occupe une importance particulière dans la propagande du mouvement islamique. Grâce à l’argent du pétrole mis à leur disposition, des prétendus « savants » organisent régulièrement des congrès et des colloques dans les universités arabo-musulmanes, notamment en Arabie saoudite et au Pakistan, et publient des livres et des traités à ce propos. Il y a même des universités qui encouragent et subventionnent des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat pour défendre et illustrer cette question. L’Internet vient heureusement démasquer leurs affabulations, puisqu’il contribue aujourd’hui à dévoiler au grand jour leurs impostures et de cette utopique « inimitabilité scientifique du Coran ». C’est le cas du prédicateur égyptien Zaghloul al-Naggar, le chef de file de ce courant et président du Comité des notions scientifiques du Coran au Conseil suprême des Affaires islamiques au Caire. En 2017, lors d’une conférence qu’il prononçait dans une université au Maroc, les étudiants ont dénoncé en public et grâce à Internet ses erreurs, ses balivernes et ses pacotilles infantiles. W. al-Naggar venait de réaffirmer devant eux ce qu’il avait d’ailleurs prétendu dire en 2004, que la NASA avait confirmé en 1978 dans un programme télévisé la division de la lune conformément à ce qui est révélé dans le Coran 45.1. Désavoué, humilié, démasqué, il s’est trouvé aussitôt contraint de plier bagage et de quitter vite le pays. (CNN, édition arabe, 14 avril 2017 : Zaghloul al-Naggar donne des conférences au Maroc sur l’inimitabilité scientifique du Coran. Les questions brûlantes des étudiants l’embarrassent, le réduisent au silence et le poussent à rentrer, disgracié, chez lui.] Le sort d’Ahmed Zewail ne diffère pas, en effet, de celui d’autres grands intellectuels musulmans qui, tout au long de l’histoire de l’islam, avaient subi des épreuves terribles de la part des prétendus dignitaires de l’islam et de leurs présumés savants. La même stratégie demeure toujours en vigueur de nos jours.

[Ndt. Rappelons en ricochet quelques exemples. Avicenne (Ibn Sina, 980-1037), savant et philosophe, fut jugé, jeté en prison et forcé de vivre en clandestinité. Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198), devenu célèbre pour ses commentaires de la philosophie d’Aristote, a dérangé la caste des présumés savants musulmans qui l’ont emprisonné avant de brûler ses livres sur la place publique. Que dire également des hommes de lettres qui ont bouleversé l’ordre établi par l’hégémonie de l’hypocrisie politico-religieuse et culturelle. Les œuvres d’Abou Nouwas (756-815), d’Al-Maarri (973-1057), de Taha Hussein (1889-1973), de Naguib Mahfouz (1922-2006)] et de tant d’autres auteurs anciens et contemporains ont enduré la persécution et la censure religieuse et politique. L’acharnement contre la raison, la diversité et la spiritualité, se trouve à l’origine du handicap socio-politico-culturel dans lequel plonge le monde arabo-musulman.]

Face à cette calamité, nous avons le droit et le devoir de s’interroger : pourquoi les musulmans refusent-ils d’implorer la miséricorde à l’encontre des grands génies du monde, alors qu’ils ne savent absolument pas si leur Allah entend ou non leurs doléances ? Pour cette raison, nous dénonçons avec force ce phénomène honteux et consternant. Nous remarquons toujours que les musulmans continuent à revendiquer la bonté pour eux-mêmes, en même temps que le mal et la destruction pour les autres. Ainsi s’enfoncent-ils dans l’abîme du sous-développement et leurs pays se transforment en modèles de ruine et de chaos. En revanche, la prospérité, l’excellence et le bonheur se développent davantage chez les autres. Si j’ai à diagnostiquer et à décrire cette pathologie mortifère, je dirai : les musulmans n’acceptent pas qu’une action juste soit reconnue, appréciée ou récompensée en dehors du cadre de leur croyance. Ce genre de déni est un refus pathologique inhérent à leur ADN. Leur religiosité superficielle et inhumaine fait avorter toute bonne action et l’empêche de se développer et de s’épanouir. Ils ne connaîtront jamais le mérite ni la valeur des non-musulmans, bien qu’ils profitent à fond de leurs inventions, même avec ingratitude et dédain. Ils oublient que la survie de leurs pays musulmans dépend des produits industriels occidentaux et asiatiques. Leur cécité mentale leur fait même croire que « leur Allah astreint les non-musulmans à la corvée pour les servir ». Faut-il encore une preuve supplémentaire et flagrante pour comprendre les raisons du sous-développement, de la misère et des maladies chroniques qui affectent l’islam, les musulmans et leurs pays !? [Ndt. Rappelons qu’Ahmed Assid n’est pas le premier auteur arabophone à dénoncer cette situation. D’ailleurs, le rationaliste Djemâl Eddine al-Afghânî (1838-1887), un des principaux penseurs du panislamisme et un réformateur qui s’est efforcé de concilier les principes coraniques avec le monde moderne, avait reconnu explicitement, dans une lettre adressée en 1883 à Ernest Renan, que la religion musulmane était un obstacle au développement des sciences et qu’elle a étouffé la science et arrêté les progrès. En bref, les intellectuels comme les politiques de tout bord doivent comprendre que si le monde arabo-musulman ne se réconcilie pas avec le patrimoine universel de la rationalité, il continuera à vivre dans l’obscurantisme, le fanatisme et le charlatanisme.]

Texte traduit et annoté par Maurice Saliba