Allons-nous, oui ou non, comprendre la dimension vitale de la liberté d’expression ?

Publié le 13 mai 2013 - par - 697 vues
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Celui qui choisit de s’exprimer présuppose deux choses : qu’il est libre de le faire, et que son discours est compréhensible.

Que ce même discours se heurte à l’incompréhension d’autrui est toutefois possible. C’est même normal, puisque les consciences libres ne sont pas superposables. Mais que cette incompréhension engendre la condamnation judiciaire de l’auteur du discours, voilà qui est anormal. Pire : c’est mortel, car c’est supprimer l’esprit !

Que serait, en effet, une société humaine dans laquelle l’expression de chacun n’aurait d’autre but que de réciter je ne sais quel «copier-coller» ambiant ? Que deviendrait notre for intérieur s’il n’avait pas le droit d’extérioriser sa singularité ? En sanctionnant la liberté d’expression, ne sanctionnons-nous pas l’éternelle nécessité de penser ? Mesurer l’acceptation d’une idée au degré de concordance qu’elle aurait  avec l’idée officielle n’est-ce pas contraire à l’idée même d’idée ?

Que penser d’un pays comme le nôtre, qui, par la Constituante (1), a fondé la France moderne, et dans lequel cependant le pouvoir des idées retombe progressivement sous le coup du Pouvoir ? Est-ce cela progresser ? L’Histoire ne nous a-t-elle pas enseigné les horreurs de l’absolutisme étatique ? Le Pouvoir se serait-il de nouveau perdu dans ses bas-fonds ? Aurait-il peur du peuple ? Migrerait-il vers d’autres valeurs ? Si oui, lesquelles ?

En supprimant la liberté d’expression (car il suffit que la liberté d’expression ne soit pas pleinement ce qu’elle est pour n’être plus ce qu’elle est), le Pouvoir ne fait-il pas de tout citoyen un illégal en puissance ? Ne prive-t-il pas la mer de ses plus beaux rivages ? A quoi sert la liberté de penser sinon à poser le pied sur des plages d’accords ? Sans la liberté de penser, que devient l’horizon ? Et quel soleil pour l’éclairer ?

Traîner devant les tribunaux ceux qui pensent par eux-mêmes, ce n’est pas garantir les principes républicains, c’est les affaiblir jusqu’à les faire disparaître. Quand l’argument ultime est le prétoire, la violence n’est pas loin, et la violence est l’ennemie de la démocratie.

Maurice Vidal

(1) L’Assemblée nationale constituante fut la première assemblée législative de la France. Elle siégea du 17 juin 1789 au 30 septembre 1791, et accomplit la Révolution.

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