Région lilloise : Amar Lasfar construit, grâce à Martine Aubry, un Etat dans l’Etat

Publié le 19 février 2011 - par - 2 083 vues
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Monsieur Amar Lasfar est, outre un intéressant sujet d’étude pour Riposte Laïque, le recteur de la mosquée de Lille-sud. Cet homme au parler aiguisé, aux phrases lapidaires et aux objectifs bétonnés, supervise ainsi l’observance religieuse d’une bonne partie des 400.000 musulmans de la grosse communauté urbaine nordiste.

Ce chiffre explique à lui seul la fièvre dont semblent frissonner les politiques de tous bords appelés à s’affronter par deux fois dans les treize prochains mois. Il y a là, mitoyen des formations classiques habituées au ronron républicain, un véritable parti surgi d’un long silence, que sa masse désormais mise en cohérence autorise à se montrer et dont personne ne sait encore très bien s’il se constituera officiellement ou s’il négociera avec d’autres son poids électoral (en attendant sans nul doute d’exister tôt ou tard pour lui même). D’où, le fait étant révélé aux aveugles et enfin reconnu par les sourds, l’angoisse, l’affolement, la panique, les sinuosités des discours d’urgence, bref, un joli foutoir de mots, de phrases, de pensées cachées et de gesticulations en tous genres dans le poulailler.

Je me souviens d’un discours de Monsieur Lafsar lors d’une précédente journée islamique lilloise. Et de la très grande jouissance intérieure avec laquelle il fit le pronostic que le calendrier de la République Française s’enrichirait bientôt de deux jours fériés supplémentaires dédiés aux fêtes de l’Aïd. C’était pour lui inéluctable et j’imaginai alors son intense, inexprimable joie à l’heure de l’annonce officielle d’un tel avatar festif.

Cela me rappela la réponse d’un jeune patient d’origine algérienne, né en France, marié à une convertie et devenu papa d’un garçon (j’avais suivi ce jeune homme depuis sa naissance et ne l’ai jamais revu). Je lui dis qu’il nous avait fait un petit français et je le félicitai. Une phrase limpide : « Je me fous qu’il soit français, algérien ou n’importe quoi d’autre, pourvu qu’il soit un bon musulman, et puis on vous a subis pendant cent trente ans, maintenant, on est là », mit fin à l’ébauche de discussion sur le fond du problème.

Superbe synthèse. Monsieur Lafsar pensait-t-il la même chose lorsqu’il pérorait au Zénith de Lille, l’an dernier? Nous nous contenterons de suppositions. En tout cas, je vis aussi, ce jour-là, derrière la détermination de l’homme qui parlait à une foule par avance conquise, la revanche brûlante de l’ancien petit colonisé (ou fils de) assez tenace et habile pour pouvoir envisager de rendre la monnaie de sa pièce à la minorité d’outre-mer qui pesa autrefois sur les destinées des siens et, à travers elle, de rendre aussi cette monnaie aux mânes de Jules Ferry, Lyautey, Nicolle, Calmettes et autres abominables. Tout, dans le geste, la voix, le regard, le choix des mots, exprimait cet aboutissement enfin en vue, ce retour d’Histoire ardemment désiré par Boumedienne (discours à l’ONU, 1974) et porté vers l’Europe par le vent puissant de la vraie croyance. Heureux Monsieur Lafsar, cocouné par les édiles lillois et qui peut désormais, en toute quiétude, river un clou de plus au cercueil des valeurs fondatrices de notre société en déclarant récemment : « L’intégration, c’est terminé, maintenant, c’est le multi-culturalisme ».

Bel aveu en forme de bulletin de victoire et de projet à long terme, annonçant l’offensive politique et tombant le masque de la religion ! Il s’est donc créé, par l’entremise de citoyens hors du commun tels Monsieur Lafsar, une république-bis en France, encore minoritaire mais qui peut maintenant voguer en toute liberté sur la mer communautaire, discuter les choix de la majorité, exiger l’application de ses propres règles à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela s’appelle un Etat dans l’Etat, cela veut dire la fin de toute prétention à la survie d’une quelconque unité nationale.

La venue à Lille (Rencontres annuelles des musulmans du Nord) de tenants de l’absolutisme islamique, de négationnistes rêvant d’une nouvelle Shoah, a obligé (tout de même !), à contre-cœur je suppose, les têtes pensantes de la région à une certaine réserve vis-à-vis des entreprises de Monsieur Lafsar. Pas de problème. Si ces thuriféraires de la Cause passent les bornes, Monsieur Lafsar nous prévient qu’il les remettra gentiment sur les rails de la bienséance en pays hôte. On peut lui faire confiance. Monsieur Lafsar est un médiateur de première catégorie, un parfait démocrate. Il pose d’ailleurs en photo aux côtés de la possible future Présidente de la République et celle-ci le salue tel un pair. C’est dire.

Comme un soutien à la tempête parait-il libératrice qui vient souffler jusque sous les voutes du Zénith de Lille, la condamnation en première instance d’Eric Zemmour boulonne un peu plus serré le cercueil de nos libertés. Il faudra désormais faire bien attention à ce que l’on dira et écrira, sans quoi il ne fait aucun doute, mais alors aucun, que Monsieur Lafsar et ses amis s’engouffreront dans la brèche. Tout, dans le discours que tiennent ces gens, tout, dans l’ahurissante cécité des juges, tout, dans la valse des pantins qui s’agitent autour de l’Islam, annonce une jurisprudence mortifère nourrie de renoncements et de trahisons, une censure impatiente de ravager les esprits les mieux formés à la résistance. Monsieur Lafsar sait cela. Il a bien travaillé pour ce résultat et il a le temps pour lui. On l’y aide, de toutes parts. Alors il s’amuse, marque son territoire, lève haut les poings et tance le peuple qui n’en peut mais.

Il jouit. On le comprend.

À Dieu ne plaise une telle coalition d’intérêts contre la raison. Que l’on croie ou non en lui. Aux démocrates profondément républicains, bien réels, eux, la redoutable mission de continuer à dire la vérité, à appeler un traître un traître, un agent de l’étranger un agent de l’étranger, un crétin utile un crétin utile, etc, etc, avec les risques accrus que cela comportera inévitablement.

Alain Dubos

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