Ami, entends-tu, le cri sourd du pays…?

Ri7Révolte des Bonnets rougesDrôle de révolte m’écrit un ami, ne partageant pas le point de vue de mes articles consacrés au mouvement de masse commencé en Bretagne.

Drôle de révolte, drôle d’article, poursuit-il, pour me river le clou.

J’ai envie de lui répondre, en toute amitié : « toi aussi, mon fils ? » Tu es choqué, parce que des portions croissantes du Peuple français réclament le départ immédiat, la démission, de François Hollande ?

Tu établis, à ce propos, un lien avec l’éviction de Morsi, le chef du djihad variante « frères musulmans », parvenu au pouvoir au Caire à la suite d’élections libres. Tu oublies, -au passage-, les quinze millions d’Egyptiens et d’Egyptiennes (les unes dévoilées, les autres voilées) descendus dans les rues de plusieurs villes d’Egypte, pour exiger : « dehors Morsi, dehors les frères musulmans ! »

Tu relies les deux exigences adressées à des hommes élus. Tu les désapprouves, alors que j’en suis solidaire.

Drôle de révolte, un mouvement de masse partis d’élus, d’ouvriers, de paysans, d’artisans et d’employeurs petits et moyens, et d’organisations professionnelles de ces groupes sociaux (MEDEF, FNSEA, syndicats FO) ?

Drôle de révolte, un mouvement social se voulant dans le sillage de la « révolte du papier timbré » et de ses Bonnets rouges opposés à l’administration royale ?

Cet ami s’interroge au passage, pensant donner une estocade politique au mouvement des Bonnets rouges : et demain, -s’interroge-t-il-, en appuyant ce mouvement contre un Président élu, ne viendra-t-il pas quelqu’un qui dissoudra le Peuple ?

Je veux répondre à mon ami : dissoudre politiquement le Peuple, cela veut dire quoi ?

Mais n’est-ce pas précisément ce qui se passe tous les jours, -la dissolution du Peuple souverain-, sous le régime europoïde de la bureaucratie bruxelloise ? On a – Mitterrand-Guigou- obtenu une courte majorité en septembre 1992, pour faire entériner le traité Mitterrand-Kohl.  Ensuite, il y a eu 2005. Là, en 2005, il ne s’est pas agi d’une courte majorité, mais, à l’inverse, d’une franche majorité exprimée contre l’ordre bureaucratique europoïde, en dépit de la campagne assourdissante de tous les partis institutionnels et des médias  enrôlés sous la bannière maastrichtienne.

Le peuple a été considéré mineur et…populiste

Son vote du 29 mai 2005 a été considéré comme nul. Dans d’autres pays, le Peuple a lui aussi voté et refusé ce nouvel ordre contre la Nation. Mais soit on l’a refait voter, soit on a fait comme si il n’avait pas dit « Non ». Et tu m’opposes aujourd’hui le spectre d’une dictature imaginaire dissolvant politiquement le peuple, alors que précisément c’est ce qui se passe tous les jours, parce que nous sommes sous un régime de tyrannie bureaucratique « soft »  qui est une dictature effective des bureaux et des « experts » œuvrant, les uns et les autres, dans les cadres de la MOC (la méthode ouverte de convergence), pour le compte de la caste bureaucratique bruxelloise méprisant l’opinion du Peuple qualifiée de…populisme.

Les Bonnets rouges se dressent contre les effets de cette tyrannie bureaucratique

Drôle de révolte ou mouvement légitime ?

Je voudrai rajouter à cet ami qui se veut socialiste, au sens de la vieille tradition ouvrière, mais fait la moue devant les Bonnets rouges de 2013 : Ami, tu condamnes les hommes et les femmes de 1792. Tu dénonces le Premier amendement de la Constitution américaine. Tu dénonces la « démocratie jusqu’au bout », principe politique soutenu en avril 1917 par Lénine approuvant Trotski, avec le combat pour « tout le pouvoir aux Soviets » de députés élus et révocables d’ouvriers, paysans et soldats.

Drôle de révolte, que l’opposition active à la nouvelle gabelle repeinte aux couleurs trompeuses de l’écologisme.

Drôle de révolte, que ne pas vouloir passer sous les fourches caudines de la « Ferme générale » restaurée au moyen de la collecte privatisée de cette taxe de trop ?

Dimanche 10 novembre, à Jumont les lacs, il y a eu de nouveaux affrontements. Comment peux-tu les assimiler aux exactions de ces « jeunes » brûlant les voitures des voisins, brisant les abris-bus, incendiant des commissariats de police, des écoles et des gymnases, comme à Amiens, la Villeneuve de Grenoble ou Trappes ? Ici, ce sont des ouvriers et des ouvrières, des petits patrons, des paysans, des artisans, tous des producteurs de la richesse sociale, qui refusent de se laisser rançonner et ont des revendications sociales légitimes.

Ecoute ce qu’ils disaient, les ouvriers de Jumont les lacs : « nous disons stop ! Ça suffit ! Nous disons : «écoutez le Peuple, écoutez le Peuple français ! ». Sont-ce les paroles d’une « drôle de révolte » ? Tu crois vraiment cela ?

Les camionneurs de l ‘A55 dénonçaient, eux-aussi, aussi la ruineuse taxe « écologiste » les acculant à la faillite et au chômage.

Flicage, taxation ruineuse, enrichissement d’une nouvelle caste de Fermiers-généraux, où est la réaction sociale ?

De quel côté se trouve la contre-révolution et le retour au vieux monde détruit par la grande révolution française ?

Dans la nuit du 9 novembre, une borne d’écotaxe a été détruite dans le Gard.

Ah, le Gard ! Comme Marignane, c’est loin de Quimper. La drôle de révolte s’étend. C’est un fait. Sur le périphérique parisien, dimanche 10, on a trouvé une banderole disant : « Hollande démission », installée sur une borne écotaxe. Le Gard, faut-il le rappeler, c’est le département de Jean Jaurès, député socialiste porte-parole de la grande grève des mineurs de Carmaux.

À Montauban, ce n’est pas tout près non plus de Quimper ou Saint-Brieuc (Saint-Brieuc, la seule ville qui élira une municipalité PSU- parti socialiste unifié), un autre portique de la gabelle écolo a donné lieu au blocage de la RN12 et à une manifestation de Bonnets rouges locaux.

Décidément, ceux qui accusent les Bonnets rouges d’être des « esclaves des patrons » ne sont guère entendus. À l’inverse, ils se multiplient, les « esclaves des patrons ». Ils ont même tendance à recevoir une écoute plutôt favorable d’équipes de reporter dont la quasi-totalité avait voté pour l’actuelle équipe gouvernementale.

Prenons la « une » de Direct-matin de vendredi. On pouvait y lire : « après le mouvement des Bonnets rouges en Bretagne, la grogne sociale s’étend : la Redoute, Goodyear, France Télévisions, les salariés défient le gouvernement. »

Drôle de révolte, que ce mouvement social de masse qui a dit, dimanche passé, dans cinq manifestations, dans cinq parties du pays :

Ça suffit ! Écoutez le Peuple ! On n’est pas là que pour l’écotaxe ! On est là aussi pour le pouvoir d’achat !

Doit-on être choqué par l’accueil plutôt hostile des quelques centaines d’électeurs (en majorité socialistes), réservé à madame le député Chantal Guillet ? Devaient-ils applaudir, quand son discours leur annonçait : qu’il était « inévitable qu’il y ait de la casse », traduisons : il est inévitable que des dizaines et centaines d’entreprises mettent la clé sous la porte et que de nouveaux milliers de travailleurs se retrouvent chômeurs, chômeurs à vie pour la majorité d’entre eux ?

Il est beau leur socialisme, « socialisme » du mépris…

Question : est-il évitable qu’un déferlement de la société française, toutes classes confondues, emporte au tombeau politique le cadavre déjà beaucoup décomposé de la cinquième république, avec l’actuel Président et tous ceux qui s’y accrochent, y prospèrent, et s’obstinent à refuser de tenir compte du point de vue du peuple ? Hommes et femmes de pouvoir qui ne considèrent le « dialogue social» que comme une partie de bonneteau, dans laquelle le choix de l’électeur, le Peuple, consiste à ne pouvoir choisir que ce qui a été décidé par les bureaux bruxellois et par les politiques qui leurs sont asservis ?

Que répondrais-tu, aux ouvriers et ouvrières de Marine Harvest ? Circulez, résignez-vous ? Patientez !

Viendrais-tu leur tenir le discours de l’élue bretonne, dont je parlais plus haut ?

Aux reporters venus sur leurs lieux d’action, les ouvrières et les ouvriers de Marine Harvest répondront, à l’opposé du discours de la députée « socialiste » : « on ne lâche rien ! » Leur dirais-tu : qu’ils sont enrôlés dans une drôle de révolte et qu’ils ont tort ? Leur opposerais-tu, qu’ils se font manipuler, que leur lutte pour l’outil de travail et l’emploi est une lutte désormais dépassée et illégitime ?

Ami, je te laisse le mot de la fin. Conclus-toi même!

Alain Rubin

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