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Amiens : en rencontrant une famille qui refuse nos lois, Valls désavoue encore sa police

Manuel Valls, prenant la posture d’un ministre de l’intérieur, l’œil sombre et sévère pour la circonstance, proclame lors de sa visite à Amiens après l’émeute survenue le 13 août : « Rien ne peut excuser, rien, qu’on tire sur des policiers, qu’on tire sur des forces de l’ordre et qu’on brûle des équipements publics. » « Je ne suis pas venu ici pour reprocher quoique ce soit à la police. » (1)

Et pourtant la visite qu’il effectue auprès d’une famille de la cité résonne comme un désaveu des interventions policières effectuées dans ce quartier.

On en sait plus maintenant sur le point de départ de cette subversion contre les lois républicaines. Une journaliste du Monde donne la parole à des membres d’une famille du quartier de la Briquetterie à Amiens-Nord (2). Ils nous apprennent ainsi qu’un prénommé Nadir, 20 ans, est mort jeudi 9 août dans un accident de moto. Un repas de deuil est organisé dimanche par sa famille, sur la terrasse de la petite maison de la grand-mère au milieu des tours.

En bordure de la maison, dans la rue, des policiers interceptent un irresponsable qui conduisait en sens interdit. Le contrôle, comme souvent avec des zyvas, tourne à l’embrouille et le ton monte. Le père et l’oncle, sortent de la terrasse et vont rajouter leur grain de sel, en demandant aux policiers de partir pour « respecter leur deuil ».

Tout le monde se doute bien, sauf les ostrogoths qui la ramènent, que les forces de l’ordre ne vont pas battre en retraite en s’excusant. La confusion ne fait qu’augmenter, puisqu’à l’imitation de certains animaux qui convergent et se concentrent en masse à l’écoute des cris de leurs congénères apeurés par un animal hostile, un regroupement d’une quarantaine de personnes autour des policiers prend de l’ampleur, avec entre autres femmes et enfants du repas de deuil sortis mettre leur grain de sel, contribuant davantage à hystériser l’atmosphère.

Là encore la suite est prévisible. A partir d’un moment où les policiers vont se sentir trop pressés par l’animosité ambiante, ils recourent à leurs bombes lacrymogènes, avec l’appui de CRS implantés depuis quelques semaines dans le secteur, qui utilisent des flash-balls. Ce qui permettra donc à la mère et à la sœur de plastronner leur indignation victimaire devant une forêt de micros et de caméras (3).

Alors revenons maintenant aux paroles que les membres de cette gentille famille ont accordées à la journaliste du Monde pour mieux saisir leur état d’esprit.

Déjà la sœur du décédé n’apprécie pas que le nombre de CRS ou gendarmes mobiles ait augmenté dans le quartier depuis que le quartier connaît un regain de tensions depuis quelques semaines ; elle assimile les patrouilles des agents du maintien de l’ordre à des rôdeurs ( ?!!!).

Le fils décédé n’était pas un modèle de vertu, puisque connu des tribunaux ; mais la mère bien pressée de passer l’éponge sur ce qu’il est convenu en cette étrange époque de qualifier de « bêtises », pour en banaliser la gravité, nous garantit qu’ ‘il s’était assagi » ; « j’te jure ! ».

Le père et l’oncle du décédé estiment que leur rituel funéraire est au-dessus des lois de la République, et ce sont plutôt eux les cowboys (la mère les ayant qualifiés ainsi) qui vont jouer aux justiciers en décrétant aux policiers que leur contrôle, suite à l’emprunt d’un sens interdit s’il vous plaît, n’est pas pertinent. Ils « sont sortis pour leur demander de partir et de respecter notre deuil ». On croît rêver.

La mère dans le même délire estime qu’il n’y avait pas lieu de faire un tel contrôle ce soir-là. La force publique lui demandera donc l’autorisation la prochaine fois.

Pompon du manège « on vous prend pour des cons » : une amie de la famille ose « Ceux qui ont brûlé la salle de musculation ce ne sont pas nos jeunes. Ils y sont tous abonnés car il n’y a rien d’autre pour eux. ».

On voit donc une famille très honorable… ment connue des services de police (du moins l’un de ses membres) avoir l’ingénue prétention de vouloir faire la loi comme ça l’arrange dans le quartier. Ingénue prétention à revendiquer des excuses du gouvernement, pour ce qu’elle nomme « des provocations » !!! Enfin ce qui serait une ingénuité pour tout citoyen lambda ; car pour eux cela marche.

En effet, qui voit-on jouer leur jeu alors que 16 policiers ont été blessés lors de l’émeute ? Le benêt Valls, qui quoique menton durci pointé en avant pour mettre en scène son rôle de premier représentant de l’ordre en France, fonce écouter les indignes protestations de cette famille. Qu’un ministre s’abaisse à discuter avec de tels vauriens indique l’enlisement moral de nos gouvernants.

Valls, une esbroufe de la sévérité dans la lignée de Sarkozy

Ce faux dur qui élevait la voix pour laisser libre cours à sa colère afin de défendre l’inexcusable DSK se révèle un matamore (5) ; il n’est qu’à voir son profil bas lors de cette visite à Amiens. Plus facile d’adopter une posture courroucée dans un studio de télévision que d’affronter l’ambiance hostile d’une cité, en y affirmant des vérités.

Ce faux dur n’est pas capable de saisir qu’au même titre que « rien ne peut excuser, rien, qu’on tire sur des policiers », rien ne peut excuser qu’on empêche des policiers d’exercer leur fonction lorsqu’ils contrôlent un automobiliste empruntant un sens interdit. En allant voir cette famille au comportement méprisable, Valls donne quitus que l’on peut en certaines circonstances ne pas accepter un contrôle de police. Quel bel encouragement envoyé à tous les voyous qui contestent régulièrement les interventions des forces de l’ordre.

Manuel Valls a achevé sa ballade à Amiens en se rendant à l’hôtel de police d’Amiens, où il a ordonné : « Maintenant, il faut des interpellations, vous êtes suffisamment nombreux pour agir » (4). Cocasse quand on sait qu’une large majorité d’interpellations n’est pas suivie de poursuites judiciaires.

Cocasse également car si Valls voulait réellement s’atteler à la tâche qui lui a été attribuée, il aurait donné des consignes pour interpeller le père et l’oncle de cette famille pour entrave à l’action d’un fonctionnaire de police. Au lieu de quoi, il préfère s’abaisser à rencontrer la mère et la sœur. Tout est dit.

Jean Pavée

(1)    http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/08/15/manuel-valls-a-l-epreuve-des-tensions-dans-les-cites_1746290_3224.html

(2)    http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/08/15/ce-soir-la-ils-sont-venus-nous-provoquer-comme-des-cow-boys_1746292_3224.html

(3)    http://rutube.ru/video/8ad42735eea220dd521d58f4aff13635/

(4)    http://www.marianne2.fr/L-autorite-de-Manuel-Valls-mise-a-l-epreuve-apres-les-emeutes-a-Amiens-Nord_a221692.html

(5)    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=mPQOnG2ydOg#!

Le texte du Monde :

Dans le quartier de la Briquetterie à Amiens-Nord, les stigmates des violences des nuits des 12 et 13 août sont encore visibles. Les cadavres de poubelles fondues collent au bitume. La salle de musculation a été incendiée, tout comme l’école maternelle Balzac, dont les fenêtres sont condamnées par des planches. Ici et là, des voitures calcinées ou du mobilier urbain dégradé. Mardi 14 août, quelques habitants sont réunis autour du kiosque, sous les arbres, et la tension est palpable. Un adolescent trouble ce calme fragile en traversant l’esplanade sur sa mini-moto.

Le quartier est en ébullition depuis le début du mois d’août. Mais la situation s’est brutalement dégradée après des incidents survenus lors d’un repas de deuil organisé dimanche par la famille de Nadir, 20 ans, mort jeudi 9 août dans un accident de moto. Assise dans le salon familial, la soeur de Nadir, Sabrina, 22 ans, raconte comment cette cérémonie a été troublée par les forces de l’ordre : « Nous étions tous réunis sur la terrasse de la maison de ma grand-mère lorsque les CRS sont arrivés. Tout l’après-midi, ils rôdaient ici, mais nous n’avons pas fait attention à eux. »

Les policiers contrôlaient un jeune homme qui conduisait en sens interdit. « Le contrôle a été très agressif. Mon père et mon oncle sont sortis pour leur demander de partir et de respecter notre deuil. Puis ça a dégénéré, la brigade anticriminalité nous a gazés avec des bombes lacrymogènes alors qu’il y avait des femmes et des enfants. »

L’un des invités montre sa blessure à la tempe, une bosse rouge et bleue, à la suite, assure-t-il, d’un tir de flash-ball. Les allées et venues des amis, de la famille, sont incessantes dans cette maisonnette au milieu des tours. Tous confirment la version de la famille. Fatma Hadji, la mère de Nadir, ne décolère pas. « Avec les gendarmes mobiles, tout se passait très bien. Ce soir-là il n’y avait pas lieu de faire un contrôle. Ils sont venus nous provoquer comme des cow-boys. »

DIALOGUE DE SOURDS

Les quartiers d’Amiens-Nord sont fragiles, ce qui a justifié leur classement dans les quinze zones prioritaires de sécurité, annoncées par Manuel Valls, le 4 août. Amiens-Nord est aussi une zone urbaine sensible (ZUS) et rassemble les critères des quartiers en difficulté : dans les ZUS de la ville le revenu fiscal moyen est inférieur à 9 000 euros, le taux de chômage dépasse 24 %, et la part des ménages non imposables tourne autour de 63 %.

Mme Hadji retrace en quelques phrases la vie de son fils. Il travaillait dans la restauration et aimait passer du temps dans la salle de sport incendiée. Elle reconnaît qu’il a eu affaire à la justice. Mais jure-t-elle, il s’était assagi.

Mardi, Mme Hadji et sa fille ont été reçues par Manuel Valls, le ministre de l’intérieur à l’Atrium, l’antenne de la mairie de quartier au coeur d’Amiens-Nord. Une rencontre décevante et « injuste » : « C’était un dialogue de sourds. Les forces de l’ordre ont commis l’irréparable, mais il n’est pas question pour le ministre d’y toucher. Il oublie la nuit de dimanche. On a été gazés comme des sauvages, comme des bêtes. »

Lors de la visite du ministre de l’intérieur, une centaine de personnes s’est massée aux abords de l’Atrium. Les jeunes sont remontés, peu enclins à parler. L’un d’eux, amer, raconte les contrôles de police incessants, le sentiment de ne pas être respecté, le manque de dialogue avec la police, l’absence de perspectives, le chômage…

Nawel, une amie de la famille qui « considérait Nadir comme son fils », est consternée par les scènes de violence : « Ceux qui ont brûlé la salle de musculation ce ne sont pas nos jeunes. Ils y sont tous abonnés car il n’y a rien d’autre pour eux. »

Les jeunes des quartiers alentours se sont greffés aux affrontements. Amiens-Nord est régulièrement sujet à des pics de tension. En octobre 2010, une dizaine d’habitants avaient caillassé les policiers pendant une nuit, sans raison précise, ou connue. Un an plus tôt, en mai 2009, ce même quartier avait déjà été le théâtre de violences après la mort d’un jeune motard pourchassé par la police. En février, une voiture de la police municipale a été incendiée, puis un second véhicule a subi le même traitement, et une quinzaine d’habitants du quartier ont affronté les policiers à coup de projectiles.

Aujourd’hui, Fatma Hadji ne croit pas que ces troubles vont s’apaiser : « La France va bouger. On n’est rien ici. Les jeunes sont déjà mal dans leur peau, ils n’ont rien à perdre », prophétise-t-elle. Mardi soir, 250 agents étaient déployés sur le terrain pour tenter de ramener le calme à Amiens-Nord.

Faïza Zerouala