Amitié franco-russe : la mémoire escamotée d’Alexandre III à Vladimir Poutine

AMITIÉ FRANCO-RUSSE : LA MÉMOIRE ESCAMOTÉE D’ALEXANDRE III À VLADIMIR POUTINE*

« Ce que nous reprochons à la Russie d’aujourd’hui c’est d’être ce que nous ne sommes plus : un pays fier, conscient de sa force. Un pays qui croit encore à l’instruction, au savoir, à l’éducation et à ses institutions. Un pays qui croit en son destin quand nous confions le nôtre au cours de la Bourse et aux banquiers de Wall Street, de Francfort et de la City. » (blogueur Victorayoli).

« Tandis que chancellent la force et le prestige allemands on voit monter l’astre de la puissance russe, le monde constate que ce peuple de 145 millions d’hommes est digne d’être grand parce qu’il sait combattre, c’est à dire souffrir et frapper, qu’il s’est élevé, armé, organisé lui-même et que les pires épreuves n’ébranlent pas sa cohésion. » (Charles de Gaulle, 1944).

Ce livre* de Jacky Laurent est paru en septembre 2021. Comment en commencer la présentation autrement qu’avec ces deux citations qui lui sont insérées ? Il ne s’agit pas là de prendre parti dans le conflit en cours, qui ne nous concerne pas et dont nous n’avons pas à nous mêler. Le Caucase et ses voisins balkaniques ont été depuis bien des siècles les théâtres de guerres, changements de régimes, revendications territoriales, mélanges de peuples, contestations diverses, invasions, disparitions d’empires… En tout cas il s’agit de peuples slaves ayant leurs propres spécificités qui nous son étrangères à nous Européens de l’Ouest. Ajoutons que si nous prétendons nous occuper d’annexions territoriales à contester, nous devrions avoir résolu l’occupation illégale de Chypre par les Turcs depuis cinquante ans et à propos de laquelle l’OTAN, l’UE et les chancelleries occidentales n’ont rien objecté malgré, souvenons-nous en, une conquête militaire soudaine et brutale, puis une occupation à caractère mahométan dans la plus grande tradition médiévale et barbare. Et que dire de notre trahison envers les Serbes avec le vol de leur Kosovo au profit de musulmans albanais ? Enfonçons le clou en précisant que ce n’est pas un pays dont les Assemblées viennent de voter l’autorisation de l’avortement jusqu’à neuf mois, la création de chimères mi-humaines, la propagande LGBT dans les écoles et autres délires, qui ne protège pas ses enfants, qui vit dans la dictature des minorités et des oligarques mondialistes, qui est bien placé pour faire la morale aux autres et leur expliquer ce que doit être la démocratie.

La France a la mémoire courte, au moins ses dirigeants mais aussi une part grandissante de nos contemporains traités de « consommateurs » par les médias depuis un demi-siècle et qui le sont si bien devenus, avec leur attention fixée sur leur appareil mobile plutôt qu’alentour où vivent leurs semblables. Les livres se vendent de moins en moins, notre roman national a disparu des cours d’Histoire et les nouveaux professeurs ne savent même plus utiliser correctement le français. Belle performance ! Précisément, notre roman national se partage depuis longtemps avec la Russie, notre sœur continentale avec laquelle nous aurions dû bâtir l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » comme l’avait dit Charles de Gaulle. Ce livre est destiné à rendre justice à la Russie en ce sens.

Ainsi l’auteur nous narre-t-il des épisodes fameux d’une amitié franco-russe déjà ancienne. Préalablement, en 1814, entrant dans Paris à la tête des forces coalisées contre Bonaparte, et malgré l’incendie de Moscou, le tsar Alexandre Ier avait fait preuve de beaucoup de magnanimité envers notre pays vaincu. Cette amitié débuta plus précisément avec le tsar Alexandre III (celui dont le plus beau pont de Paris porte le nom) qui n’avait pas hésité à soutenir la France républicaine à laquelle l’Europe entière tournait le dos, vaincue et humiliée qu’elle avait été par les Prussiens en 1870. L’alliance et la coopération militaire ainsi décidées furent maintenues de 1893 à 1918, période où la Russie fut notre seule et unique alliée. Plusieurs fraternisations chaleureuses et démonstratives des marins français et russes sont attestées, notamment lors de revues navales conjointes à Toulon et à Cronstadt. Les chantiers navals de La-Seyne-sur-Mer ont construit plusieurs navires pour la Russie. Précisons que ces échanges furent grandement facilités par le fait que le français était couramment parlé en Russie dans les classes instruites et appris obligatoirement dans le secondaire. Quel honneur pour notre langue d’être ainsi plébiscitée dans ce grand pays ! Notre gratitude et notre reconnaissance devraient s’afficher sans faillir depuis lors, et raisons de plus avec ce qui suit.

La Russie post-communiste ne fut pas facile à redresser. Passée d’un État omniprésent à une économie libérale irraisonnée, anarchique et corrompue, il fallait une homme tel que Vladimir Poutine pour en faire à nouveau un pays droit, fier, crédible et respecté. Bien sûr les Occidentaux critiquèrent ses méthodes musclées pour empêcher de nuire les parasites prêts à installer la mondialisation apatride, les mœurs dégénérées et la subversion des esprits. Il mit à l’honneur ce à quoi les Occidentaux ont renoncé : glorification de la Patrie et de l’armée, retour de la morale, des traditions et de l’esprit de famille, respect de la loi naturelle telle que reconnue par l’humanité depuis des millions d’années.

Ce que nous devons à la Russie lors de la guerre de 14-18 :

L’offensive russe de septembre 1914 fut déterminante car elle mobilisa des troupes allemandes en nombre sur le front de l’Est, qui auraient sinon pu entraver l’offensive de Joffre sur la Marne (et ses célèbres taxis) et toute la guerre en aurait été modifiée.

L’offensive russe sur le lac Narotch en mars 1916 permit probablement à l’armée française de sauver Verdun délestée d’importantes troupes allemandes parties là-bas.

En avril 1916, quatre brigades d’infanterie russes effectuèrent un périple de 30 000 km pour arriver en Méditerranée, deux dans les Balkans et deux à Marseille. Elles participèrent à la bataille du Chemin des Dames (avril 1917) où elles eurent d’énormes pertes. Ce sont elles qui reprirent aux Allemands la ville de Courcy (l’un des rares épisodes victorieux de l’offensive Nivelle) : « Les fantassins russes ont donné un formidable exemple de courage et d’abnégation à leurs camarades français éprouvés… » Parmi leurs blessés graves, le mitrailleur Rodion Malinowski, futur héros de Stalingrad, maréchal et ministre de la Défense de l’URSS.

Ce que nous devons à la Russie lors de la guerre de 39-45 :

Les débarquements américains en France et la libération du territoire national par les armées alliées occidentales ont été utilisés pour occulter le rôle prépondérant de l’Armée rouge soviétique sans laquelle tout cela n’aurait pas été possible. Comme en 14-18, la Russie supporta l’essentiel de l’agression allemande (ces deux guerres ont été faites pour cela) et ses initiatives furent déterminantes dans le déroulement du conflit. C’est bien en Russie que les troupes nazies connurent leur première défaite, en 1941 devant Moscou. Puis en 1942 à Stalingrad, en 1943 à Koursk, batailles décisives concomitantes à celles des Alliés occidentaux dans d’autres parties du monde. Le monde sidéré découvrait alors enfin que la considérable armée allemande n’était ni invincible ni infaillible. On pouvait et on devait la vaincre : les Russes y prirent une part héroïque, déterminante et payée cher. C’est en Russie que les nazis eurent le plus de pertes, et là aussi qu’ils commirent le plus d’atrocités et de dégâts. C’est bien Léningrad qui subit un blocus de 872 jours faisant un million de morts, souvent de faim. C’est bien à Stalingrad que l’on pu compter une moyenne de un mort par mètre carré. L’auteur cite une série de nombres impressionnants, notamment celui des 88 % de pertes militaires alliées en Europe au détriment de l’URSS. Un cas unique entre tous et oublié : l’escadrille Normandie-Niémen**. Une unité combattante franco-soviétique voulue par De Gaulle sur le front de l’Est, acceptée avec enthousiasme par la Russie dont Staline reconnut immédiatement le chef de la France libre comme notre unique représentant – contrairement au Royaume-Uni et aux USA – composée de pilotes français dotée d’avions russes à étoiles rouges et moyeu d’hélice tricolore. Le film éponyme qui lui est consacré connut un vif succès lors de sa parution. À juste titre, en ce temps-là on se souvenait encore de ce que nous devions à la Russie et la glorification de nos héros communs était vécue comme un devoir ordinaire. On projetait ce film dans les écoles. Aujourd’hui en Russie ces héros sont toujours honorés, des lieux portent le nom de Normandie-Niémen, on les cite en exemple et des gens fleurissent encore leurs tombes***.

Extrait : « Nouveau drame le 15 juillet 1944 : à son tour victime d’une fuite de carburant, le lieutenant Maurice de Seynes regagne précipitamment le terrain de Doubrovka d’où il a décollé quelques minutes plus tôt. Aveuglé par les vapeurs d’essence qui envahissent son cockpit, il tente vainement à plusieurs reprises de se poser. Les Soviétiques lui ordonnent de sauter. De Seynes refuse car il ne veut pas abandonner à une mort certaine son mécanicien Vladimir Bielozoub qu’il a embarqué à l’arrière de son avion, comme cela se fait couramment pour les courts trajets d’un terrain à l’autre. Et Bielozoub, lui, n’a pas de parachute… Après plusieurs autres tentatives infructueuses, le Yak 9 s’écrase et explose, tuant ses deux occupants. L’aristocrate parisien et le paysan de la Volga ont été enterrés l’un à côté de l’autre à Doubrovka. Le sacrifice de Maurice de Seynes a un retentissement énorme en URSS et va entrer dans les livres d’Histoire comme symbole de l’amitié indéfectible entre la France et la Russie. »

Rendons hommage aux Russes engagés dans la Résistance sur le sol français, souvent évadés des camps de travail, dont la seule unité entièrement féminine composée de 150 femmes fut active contre l’ennemi nazi jusqu’à la Libération. Enfin rappelons que c’est la chanteuse d’origine russe Anna Marly qui interpréta le Chant des partisans.

Un devoir de gratitude oublié : quelle indignité que cette absence des chefs d’État occidentaux à la commémoration de la Victoire, le 9 Mai 2018 à Moscou, où ils étaient pourtant tous invités ! Quelle indécence que d’avoir exclu le président russe de la commémoration du débarquement en Normandie l’année suivante alors qu’on y avait invité le chef de gouvernement allemand ! Nous avons là l’un des effets de ce que De Gaulle appelait, dès le début des années cinquante, « le rôle néfaste des forces obscures qui, de manière récurrente, s’opposent à l’alliance franco-russe. » Aurait-il pu ou voulu en dire plus ? Ces forces ne sont pas si obscures, j’y reviendrai dans un prochain article, à propos d’un autre livre. Le Royaume-Uni est depuis longtemps l’antenne efficace des intérêts des USA, lesquels s’efforcent d’entraver toute alliance européenne « de l’Atlantique à l’Oural » souhaitée par De Gaulle. L’intérêt des USA est de maintenir la discorde entre les pays européens, de préférence même un chaos organisé. Et surtout pas d’alliance avec la Russie, soviétique ou pas ! Depuis des décennies, nos chefs d’État français corrompus et cyniques se soumettent aux décisions des USA en sacrifiant notre intérêt national et notre avenir commun. Voilà pourquoi nous assistons à cet oubli organisé de notre passé historique avec la Russie, à ces affronts incroyables envers le président Poutine et en fait envers tout le peuple russe, ces navires commandés et non livrés, ces sanctions économiques délirantes, cette incroyable chasse à tout ce qui est russe, musique et musiciens compris, comme si le monde devait être entièrement refait selon les idéologies du moment. Plus encore, comme si l’OTAN et l’UE étaient le camp du Bien contre celui du Mal. Nous y reviendrons.

Daniel Pollett

* Laurent Jacky, Amitié franco-russe : la mémoire escamotée d’Alexandre III à Vladimir Poutine, Éditions Saint-Honoré, Paris, 2021, 116 pages.

** https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-epopee-du-normandie-niemen-193940

*** https://oursmagazine.fr/histoire/anatoly-fetissov-pilote-et-passeur-de-memoire/

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11 Commentaires

  1. Magnifique exposé émouvant de réalisme, attristant de nostalgie où les hommes étaient pétris de l’honneur pour la Patrie. Quel élan d’amour déchirant comparé à la carence de sens aujourd’hui… Excellent Monsieur POLLETT

  2. Le peuple Russe a toujours été droit dans ses coutumes et ses actes, et chez nous à l’époque de vrais hommes dirigeaient la France, maintenant ce sont des PD drogués et des pédophiles pourris qui détournent les fonds publics pour s’enrichir et détruire la France sur ordre des USA. Pat.

  3. Français de 71 ans je prends ma part de la honte qui devrait nous submerger suite au comportement de la France (et surtout de ses responsables) face de la Russie et des Russes.
    Vive la Russie, vive Poutine et tant pis si nous devons le payer cher pourvu que Poutine l’emporte et corrige tous les travers de l’Europe.

  4. D’accord avec Victorayoli concernant la Russie; par contre, concernant le Covid et les vax (qui n’en sont pas), à 180° des contrevérités qu’il écrit sur son blog de Médiapart …

  5. Et surtout l' » oxydant » wokiste déteste le christianisme , cette religion de Lumière qui apporte l’ Amour et le bonheur et nous fait croire à un au delà de la mort !….il faut à tout prix préserver les ténèbres pour tuer tous ces peuples menaçant la pyramide de l’ élite

    • En vérité l’amitié franco-russe n’a pas débuté avec l’empereur Alexandre III. Elle a au moins mille ans, comme en témoigne l’alliance d’Henri 1er petit-fils d’Hugues Capet avec Anne Yaroslavna petite-fille de Saint Vladimir, le fondateur de la Russie par son baptême (à Sébastopol) comme Clovis avait fondé la France par son baptême cinq siècles plus tôt. Cela éclaire la citation de Vladimir Poutine, extraite de sa préface du livre « un choix pour les siècles – Saint Vladimir baptiste de la Russie », que j’ai choisie pour dédicace de mon Onzième Coup de Minuit de l’Avant-Guerre.

  6. poutine ce grand satan qui refuse d’être soumis au dollar, aux lgbt, aux wokistes et surtout qui défend les siens

  7. 1) Vous avez oublié un fait important : En 1815 après Waterloo, le tsar Alexandre I° s’est opposé au démembrement de la France que voulaient nous imposer l’Angleterre, la Prusse et l’Autriche.
    2) Si l’Union Soviétique avait atteint la France en 1945 cela aurait été une totale catastrophe pour notre pays, non pas du fait des russes mais du fait du communisme : il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé en 1944 dans les régions « libérées » par les communistes comme le Limousin où la terreur et de nombreux massacres ont eu lieu avant que l’autorité du gouvernement de Gaulle n’arrive à s’imposer. Les américains avaient certes l’intention de vassaliser la France mais ils ne se sont pas associés aux massacres arbitraires comme les soviétiques l’ont fait dans les pays de l’est.

    • De Gaulle a pris des communistes dans son gouvernement et la France en a gardé la couleur jusqu,à nos jours.

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