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Annie Cordy est morte, le clown est vraiment triste…

Léonie Cooreman, alias Annie Cordy, était belge, là où il fait bon rire – mais dont on rit, hélas, souvent avec une lourdeur pesante et ignorante de l’incommensurable richesse de ce pays né dans le tumulte du XIXe siècle. La Belgique, cette terre où il pousse des génies : Émile Verhaeren ; Georges Rodenbach ; René Magritte ; Georges Remi (Hergé) ; Jacques Brel, etc.

Au cours de sa carrière, Annie Cordy « a enregistré plus de 700 chansons au style enjoué et festif, participé à une vingtaine de comédies musicales et d’opérettes, à une quarantaine de films de cinéma, une trentaine de séries et téléfilms, une dizaine de pièces de théâtre, et surtout, donné près de 10 000 galas à travers l’Europe ».
https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/celebrites/mort-dannie-cordy-qui-%C3%A9tait-fran%C3%A7ois-henri-bruno-lhomme-de-sa-vie/ar-BB18IAlr?li=AAaCKnE

Pour le bientôt cinquantenaire que je suis, Annie Cordy – « Mademoiselle 100 000 Volts », comme en écho à Gilbert Bécaud, « Monsieur 100 000 Volts » – était la femme lumineuse des plateaux de télévision de Michel Drucker et surtout de Maritie et Gilbert Carpentier, ce couple qui demandait à ses invités d’être habillés en tenue de soirée parce qu’ils entraient symboliquement chez les gens et qu’ils leur devaient ça. Autre époque…

100 000 Volts, ça lui va si bien, à Annie Cordy, lorsqu’on voit comment elle occupait la scène, sur laquelle elle donnait tout, comme pour remercier le public d’être là :

https://www.dailymotion.com/video/x1qwl5m

Je me souviens d’un sketch mettant en scène Annie Cordy et Alain Delon, extrait du Bel indifférent, de Jean Cocteau : l’une suppliait l’autre de ne pas la quitter. C’était court mais puissant et cela montrait qu’elle n’était pas que la rigolote interprète de « Tata Yoyo » ou de « La Bonne du curé », même si ces chansons illustraient si bien sa joie de vivre, elle qui avait compris que face à la route cahoteuse – et chaotique – de la vie, pour tenir le coup : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

https://duckduckgo.com/?t=ffab&q=la+bonne+du+cur%C3%A9&atb=v216-1&iax=videos&ia=videos&iai=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DvgrR39Z6ihU

La petite Annie, alors âgée de seize ans, fut un jour remarquée par un certain Maurice Chevalier – excusez du peu ! -, qui lui prédit alors une grande carrière. Effectivement, ce serait une carrière florissante de soixante-dix ans, qui lui ferait rencontrer ce qu’on peut appeler sans exagérer des légendes de la chanson et du cinéma, dont André Raimbourg, alias Bourvil ; le « dynamisme endiablé » de l’une se mêlant à « la malice souriante » de l’autre…

https://www.youtube.com/watch?v=nWrIHZaKco8

Ces deux-là, on les retrouve en 1956 dans un film qui fera date : Le Chanteur de Mexico, de Richard Pottier, avec l’inoubliable Luis Mariano, le « Loulou » d’Annie, avec qui elle chantait ça :

https://www.youtube.com/watch?v=E4QRRGsapAo

Sans jamais sombrer dans l’autosatisfaction délirante ou le nombrilisme bouffi – elle qui se revendiquait chanteuse populaire et sans ostentation particulière –, Annie Cordy pouvait tout de même s’enorgueillir d’avoir été dirigée et d’avoir joué aux côtés de monuments du 7e Art : Sacha Guitry, René Clément, Claude Chabrol, Jean Gabin, Simone Signoret, Michel Serrault, Charles Bronson, etc. Précisons que, dans la plupart des films auxquels elle a participé, Annie Cordy ne faisait pas précisément rire, ce qui démontre son talent protéiforme. « Les gens vous cataloguent. Ce n’est pas parce qu’on fait rire qu’on ne peut pas pleurer », déplorait-elle avec raison. Dans Le Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville, Bourvil – encore lui – ne fait pas rire, mais pas du tout, et il est prodigieux.

Touche-à-tout, Annie Cordy créera, en 1972, la version française de la comédie musicale de Michael Stewart et Jerry Herman, Hello Dolly ! – immortalisée au cinéma par Barbara Streisand, sous la direction de Gene Kelly. Eh bien, là encore, elle rencontrera le succès, recevant même le « Award de la meilleure showwoman européenne » (Le Figaro).

https://youtu.be/ieXrI-XasrE

Annie Cordy – Madame la Baronne, je vous prie, depuis qu’elle avait été anoblie en 2004 par le roi de Belgique – est donc partie rejoindre ses amis qui l’ont précédée et particulièrement son mari, François-Henri Bruno, qui l’attend depuis 1989… son plus grand amour, confiait-elle.

Bon voyage au Paradis, Annie et si « Le clown est triste », nous aussi…

https://www.youtube.com/watch?v=z-5Zh53hQVU

Charles Demassieux